Les eurodéputés français votent majoritairement pour l'introduction du gaz et du nucléaire dans la taxonomie verte de l'UE

Le Parlement européen vient d'entériner sa position en faveur de l'introduction du gaz et du nucléaire dans la taxonomie verte : la gauche et les écologistes accusent le centre de complaisance envers la droite et l'extrême-droite.

Euractiv France
European Parliament in Strasbourg
Sur les 79 eurodéputés français au Parlement européen, 43 ont voté ce mercredi (6 juillet) contre l'objection à l'acte délégué complémentaire (ADC) prévoyant l'introduction du gaz et du nucléaire dans la taxonomie sur la finance durable de l'Union européenne (UE). [EPA-EFE/JULIEN WARNAND]

Le Parlement européen vient d’entériner sa position en faveur de l’introduction du gaz et du nucléaire dans la taxonomie verte. Coté français, les réactions affluent : la gauche et les écologistes accusent le centre de complaisance envers la droite et l’extrême droite.

Sur les 79 eurodéputés français au Parlement européen, 43 ont voté ce mercredi (6 juillet) contre l’objection à l’acte délégué complémentaire (ADC) prévoyant l’introduction du gaz et du nucléaire dans la taxonomie sur la finance durable de l’Union européenne (UE).

22 ont voté pour l’objection, 2 se sont abstenus, tandis que 12 étaient absents, dont certains ont rejoint les bancs de l’Assemblée nationale.

En d’autres termes, les parlementaires français ont voté à une large majorité pour l’introduction du gaz et du nucléaire dans la taxonomie.

« Pour que la raison finisse par prévaloir » clame la droite

Honneur aux vainqueurs : François-Xavier Bellamy, président la délégation française au Parti populaire européen (PPE), salue sur Twitter l’introduction d’un « levier essentiel pour investir dans cette énergie [le nucléaire] décarbonée, indispensable pour notre avenir », notant qu’il « aura fallu deux ans de bataille pour obtenir que la raison finisse par prévaloir ».

L’eurodéputée PPE Agnès Evren, référente française sur le sujet, a invité, par communiqué de presse, à regarder « ce qui se passe en Allemagne », qui, « pour sortir de sa dépendance au gaz russe […] envisage de réactiver 15 centrales à charbon.« 

Une « dualité mortifère » entre le charbon et le gaz que « le nucléaire permet justement » de dépasser, affirme-t-elle.

À noter tout de même que sur les 145 membres que compte le PPE, une trentaine ont voté contre l’introduction du gaz et du nucléaire dans la taxonomie. L’ensemble de la délégation française a voté pour.

Conditions strictes d’inclusion rappelle le centre

Les centristes de Renew, emmenés par la délégation française, ont également massivement voté pour l’introduction du gaz et du nucléaire dans la taxonomie.

L’eurodéputé Renew et président de la commission Environnement (ENVI) du Parlement européen Pascal Canfin justifie son vote sur Twitter par le fait que « les craintes exprimées sur cet acte délégué ne sont pas justifiées : [le gaz et le nucléaire] ne sont pas [mis] au même niveau que les renouvelables et des conditions strictes sont incluses ».

Un argumentaire qui abonde dans le sens du PPE, mais aussi des groupes d’extrême droite Identité et Démocratie (ID) et Conservateurs et réformistes européens (ECR).

Le nucléaire, énergie d’avenir maintient l’extrême droite

À quelques eurodéputés près, les deux groupes ont voté d’un seul bloc pour l’introduction du gaz et du nucléaire dans la taxonomie.

Aurélia Beigneux, eurodéputée Rassemblement National (RN), siégeant au sein d’ID, s’en explique pour EURACTIV : avec ce vote, « l’Europe a gagné » jubile-t-elle.

Le nucléaire « nous rend indépendant des importations des pays-tiers comme la Russie ».

Ainsi, « face à des députés européens qui se disent écologistes et prêts à sacrifier notre filière énergétique […] nous avons respecté les recommandations du GIEC », assène-t-elle.

« La honte » signent les verts et les sociaux-démocrates

De l’autre coté de l’hémicycle, la gauche et les écologistes ont également voté en bloc, mais contre l’introduction du gaz et du nucléaire dans la taxonomie.

« La honte », signe sobrement l’eurodéputée social-démocrate (S&D) Aurore Lalucq.

« Si l’idée est […] de dire qu’une énergie fossile est ‘verte’… alors franchement, allons y clairement et laissons tomber toute la taxonomie, car elle n’aura plus de sens » proclame-t-elle sur Twitter.

Pour les Verts aussi « ce vote est une honte, […] une réelle défaite » avance l’eurodéputée écologiste et présidente de la Commission transport et tourisme (TRAN) Karima Delli sur Twitter.

Damien Carême, eurodéputé du même groupe fait part également d’un « triste moment pour l’Europe », accusant le Parlement de s’être écroulé « sous le poids des lobbies et d’un accord abject du président de la République avec les dictatures de l’Est ».

Un « front qui va des libéraux à l’extrême droite » s’alarme la gauche

Constat similaire dans les rangs du groupe de la Gauche au Parlement européen. 

« C’est un énorme cadeau fait à Vladimir Poutine » et « la porte ouverte au financement du gaz russe » s’alarme l’eurodéputée et co-présidente du groupe Manon Aubry contactée par EURACTIV.

Néanmoins, « on avance » consent-elle, à la vue des quelques votes contre l’introduction de ces deux énergies du côté du PPE et de Renew, notamment des deux eurodéputés français Catherine Chabaud et Pascal Durand.

À noter par ailleurs que sur les six eurodéputés français du groupe de gauche, seulement deux ont voté pour l’objection. Trois furent absents, dont Manuel Bompard devenu député de l’Assemblée nationale. Emmanuel Maurel s’est abstenu.

« Ce qui me choque, c’est ce front qui va des libéraux à l’extrême droite […] parce que ça fait plusieurs fois qu’ils se répètent sur les questions climatiques » déclare Mme Aubry.

Cet évènement est donc « lourd de sens », notamment « pour les prochaines échéances et le prochain vote sur les questions climatiques » conclut-elle.

La France veut nationaliser EDF

Dans la foulée du vote, la Première ministre Elisabeth Borne a profité de son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale pour confirmer « l’intention de l’État de détenir à 100% le capital d’EDF ».

Sans préciser les modalités de cette nationalisation, la chef du Gouvernement déclare que « cela permettra à EDF de renforcer sa capacité à mener dans les meilleurs délais des projets ambitieux et indispensable pour notre avenir énergétique ».