Les Européens s’interrogent sur le rôle des marchés

Lors d’une conférence à Paris, François Fillon et son homologue grec, George Papandreou, ont présenté leur vision de la sortie de crise pour l’UE.

EURACTIV.fr
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Lors d’une conférence à Paris, François Fillon et son homologue grec, George Papandreou, ont présenté leur vision de la sortie de crise pour l’UE.

Quelles politiques économiques pour le monde à venir? La question a été posée à une série de ministres européens et économistes pour la troisième édition du colloque, « nouveau monde, nouveau capitalisme », organisé, jeudi 6 janvier, par le ministre de l’Industrie, Eric Besson.

Le mythe des marchés

La Grèce, touchée en 2010 par la crise de la dette souveraine, a rappelé les efforts accomplis pour réduire son déficit et critiqué les marchés financiers. “La vraie tâche du gouvernement est une transformation en profondeur, garantir l’égalité pour tous avec une réforme fiscale et une réforme de la transparence”, a déclaré le premier ministre grec Georges Papandreou. Et pour ce faire, il ne faut pas compter sur les marchés. C’est “un mythe” de penser que les marchés “devront résoudre le problème”, estime-t-il. Et d’insister sur l’importance de revoir l’encadrement des agences de notation, de créer des protections contre les marchés pour améliorer les perspectives des citoyens.

Les marchés ne peuvent pas tout, à affirmé le premier ministre français François Fillon. “L’Europe doit parier sur l’industrie, les technologies d’excellence, favoriser la recherche, l’innovation, la compétitivité industrielle”, et “accepter que le marché ne peut pas tout faire”. “Ce n’est pas le marché qui est, en Chine, le moteur de la croissance et de l’innovation.”

L’économiste Jean-Fitoussi, président de l’OFCE a quant à lui regretté la stratégie européenne vis-à-vis des marchés. “L’Europe sabre dans ses dépenses sociales pour plaire aux agences de notation. Mais les torts ne sont pas partagés, le monde sort de l’ornière dans lequel les marchés l’ont mis.” Des places financières toujours aussi riches qu’avant la crise. “Les gouvernements n’ont pas su, pu ou voulu adjoindre une politique fiscale de grande ampleur qui leur aurait permis de reprendre la main sur les marchés”, a également déploré M. Fitoussi. Selon lui, une nouvelle combinaison de mesures, qui rassemblerait des politiques d’activités et de politiques de bien-être doit être mis en place. Tout comme des indicateurs internationaux “fondés sur la connaissance de ce qui détermine le progrès”.

Limiter les dépenses

Autant dire que “je ne suis pas sur la même longueur d’onde que Jean-Paul”, a répondu le ministre des Finances polonais Jacek Rostowski. Et de plaider pour la création de plafonds de dépenses pour chaque poste budgétaire. “Il faut profiter de la situation politique de l’UE non pas pour empêcher l’adoption de nouvelles dépenses sociales mais pour réguler les erreurs de ces 15 dernières années”, a-t-il ajouté. 

Les Britanniques, qui ont entamé une sévère cure d’austérité, ont sans surprise insisté sur l’importance de réduire les dépenses des États, et de concentrer la dépense publique là où elle est la plus efficace, c’est-à-dire dans les nouveaux réseaux de transport, l’éducation. “Nous devons comprendre que le monde ne doit rien à l’Europe et que c’est à l’Europe de faire valoir ses avantages”, a déclaré le chancelier de l’échiquier Georges Osborne. Selon lui, l’Europe doit “nettoyer devant sa porte”. “Au cours des mois qui viennent”, a-t-il déclaré en insistant sur la durée, “la zone euro devra faire la preuve que ses pays sont prêts à soutenir leur monnaie”. Et le Britannique d’insister sur l’importance de définir les contours du fonds européens de stabilité financière. “Nous ne pouvons pas nous permettre une année supplémentaire de crise à répétition et d’instabilité”.

Pour M. Papandreou, il est cependant illusoire de croire que les États membres de l’UE pourront seuls, à coup de cure d’austérité, sortir de la crise. “Nous pouvons résoudre ces problèmes par une forte gouvernance économique et pas en faisant cavaliers seuls”, a-t-il ajouté.

Investissement dans le bien-être social, renforcement de la zone euro et des structures de gouvernance économique de l’UE, harmonisation fiscale et sociale, cure d’austérité, renforcement des instances internationales, régulation de la finance… La variété des points de vue a surtout laissé une impression d’absence de stratégie commune à long terme des Européens pour sortir de la crise.