Les exportations de céréales ukrainiennes ont retrouvé leur niveau de 2023
Les exportations de céréales et d’oléagineux en provenance d’Ukraine sont revenues aux mêmes niveaux qu’en mars 2023, lorsque l’initiative céréalière de la mer Noire lancée des Nations unies sécurisait le commerce alimentaire, selon les données du Conseil international des céréales (CIC).
Les exportations de céréales et d’oléagineux en provenance d’Ukraine sont revenues aux mêmes niveaux qu’en mars 2023, lorsque l’initiative céréalière de la mer Noire lancée par les Nations unies sécurisait le commerce de denrées alimentaires, selon les données du Conseil international des céréales (CIC).
Durant un an, un accord conclu entre l’ONU, la Turquie et la Russie maintenait un corridor maritime sûr en mer Noire pour permettre le transit de denrées alimentaires après que ces exportations ont été interrompues par l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022. En juillet 2023, la Russie a unilatéralement décidé de mettre fin à l’initiative.
Malgré la fin de cette initiative, Kiev est parvenu à exporter ses produits via diverses voies, notamment d’autres corridors maritimes et via les pays de l’UE frontaliers.
En janvier de cette année, l’Ukraine a exporté quelque 7,3 millions de tonnes de produits alimentaires, dont 60 % ont été transportés par voie maritime, soit autant qu’en mars 2023 avec l’initiative céréalière, a noté Arnaud Petit, directeur du CIC, à Euractiv.
Le Conseil international des céréales, une organisation intergouvernementale qui promeut la coopération dans le commerce mondial des céréales, a présenté les données lors du Forum annuel sur les perspectives agricoles, qui s’est tenu à Washington la semaine dernière.
« Depuis le début de la récolte de blé le 20 août, plus de 700 navires ont traversé les corridors maritimes sécurisés par les autorités ukrainiennes», a expliqué M. Petit à Euractiv. Ces navires commerciaux passent principalement par le canal de Suez et la mer Rouge, a-t-il ajouté, malgré les récentes perturbations des routes commerciales de la mer Rouge dues aux attaques des rebelles des Houthis.
Le vice-ministre ukrainien de l’Économie et du Commerce, Taras Kachka, a souligné ce succès lors de sa visite à Bruxelles la semaine dernière : « Grâce à la situation en matière de défense et de sécurité dans la mer Noire, nous pouvons garantir la sécurité de la navigation dans les eaux territoriales ukrainiennes », pointant vers un accroissement des exportations via la mer Noire.
Le fait qu’il n’y ait pas eu d’attaques sur les navires commerciaux transportant des denrées alimentaires depuis la fin de l’initiative céréalière de l’ONU reflète une « sorte d’intérêt commun » entre les Russes et les Ukrainiens, a analysé M. Petit. « Les producteurs de céréales russes, en particulier dans le centre du pays, luttent contre des prix bas, ont des stocks considérables et ont besoin d’exporter. »
Le risque pour les agriculteurs russes est une détérioration des « conditions économiques des producteurs », a ajouté le directeur du CIC, ce qui signifie que les deux parties ont tout intérêt à garantir la sûreté du transport de denrées dans la mer Noire.
Apaiser les tensions
Les blocages en mer Noire ont poussé l’UE à ouvrir des « couloirs de solidarité » pour les produits alimentaires ukrainiens. Depuis juin 2022, Bruxelles a également totalement libéralisé ses échanges commerciaux avec l’Ukraine, en suspendant les droits de douane et les quotas d’importation.
Toutefois, les agriculteurs européens sont descendus dans les rues lorsque l’afflux d’exportations ukrainiennes dans certains secteurs agroalimentaires a fait chuter les prix de leurs produits, ce qui a conduit certains à demander des mesures de protection.
L’augmentation de la quantité de produits pouvant être transportés par la mer Noire pourrait contribuer à apaiser les tensions entre l’Ukraine et les agriculteurs de l’UE, du moins en ce qui concerne les céréales. En effet, l’utilisation de la route de la mer Noire permettrait d’exporter directement dans le pays de destination, sans nécessairement transiter par l’UE.
« La bonne nouvelle est que [grâce au rétablissement du corridor de la mer Noire] l’Ukraine pourrait vendre la même quantité de blé que l’année dernière », a précisé M. Petit.
Problèmes sur le marché intérieur de l’UE
Le risque que les céréales ukrainiennes viennent saturer le marché de l’UE est élevé, en particulier au printemps, lorsque les agriculteurs ukrainiens tendent à « vendre la récolte pour acheter de l’engrais pour la saison suivante », a expliqué M. Petit. Le modèle commercial des produits alimentaires ukrainiens est essentiellement basé sur les « cultures de rente », sans subventions ni boucliers tarifaires pour protéger les revenus des agriculteurs.
« Il serait peut-être bon que l’UE et l’Ukraine discutent de la manière dont les agriculteurs ukrainiens peuvent disposer de liquidités pour éviter qu’ils ne vendent leurs céréales, même sur le marché noir, car cela se produit », a déclaré M. Petit.
« Nous devons garder à l’esprit qu’il y a des agriculteurs dans certains États membres de l’UE comme l’Espagne et l’Italie qui ont besoin des céréales [ukrainiennes], en particulier du maïs, pour nourrir leurs animaux », a-t-il ajouté.
Cependant, l’UE n’est logistiquement pas apte à gérer un tel afflux de céréales au sein du marché unique, a poursuivi M. Petit. « L’UE est bien organisée pour exporter du blé et des céréales vers des pays tiers, grâce aux ports de la mer Baltique, de la côte atlantique ou même de la mer Noire, mais lorsqu’il s’agit de faire circuler le blé au sein du marché intérieur, cela ne fonctionne pas du tout. »
Plus de produits oléagineux, moins de blé
Selon les perspectives du CIC, les agriculteurs ukrainiens produisent moins de blé tout en augmentant leur production d’oléagineux, et cette tendance se poursuivra jusqu’en 2025. Pour la saison prochaine, les analystes du CIC s’attendent à une augmentation de la production du « complexe d’oléagineux comprenant les graines de tournesol, le soja et le colza », et à une diminution de la production de blé, de maïs et d’orge.
« Malheureusement, avec la guerre en Ukraine, il faudra du temps pour reconstruire le secteur du blé en Ukraine », estime M. Petit.
« Le secteur agricole ukrainien ne sera pas le même qu’avant le début de la guerre en Ukraine. C’est certain », conclut le directeur du CIC.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]