Les Grecs proposent un nouveau modèle de marché européen de l’électricité

Alors que les prix de l’électricité battent des records dans l’Union européenne, des dirigeants ont demandé à la Commission européenne de travailler à la réforme d’un système qu’ils qualifient de défaillant afin de découpler les prix du gaz de ceux de l’électricité.

EURACTIV.com
EU-Western Balkans leaders’ meeting
Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis s'adressant aux médias à son arrivée à la réunion des dirigeants de l'UE et des Balkans occidentaux à Bruxelles, le 23 juin 2022. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Alors que les prix de l’électricité battent des records dans l’Union européenne, des dirigeants ont demandé à la Commission européenne de travailler à la réforme d’un système qu’ils qualifient de défaillant afin de découpler les prix du gaz de ceux de l’électricité.

Le marché européen de l’électricité fixe le prix de l’électricité en fonction de la source d’électricité la plus chère du bouquet. La flambée des prix du gaz a entraîné celle des prix de l’électricité, ce qui a suscité des appels à la réforme.

En mai, les dirigeants européens ont chargé l’exécutif européen de travailler «  rapidement  » à l’optimisation des marchés de l’électricité.

Lors de la réunion d’urgence mardi (26 juillet), la Grèce a présenté sa proposition visant à scinder les marchés de l’électricité en deux, en mettant dans un premier panier les énergies renouvelables, le nucléaire et l’hydroélectricité, et dans un second les combustibles fossiles.

«  Le mécanisme que je propose serait plus vaste, couvrant des réductions de la demande pendant plusieurs mois plutôt que des heures ou des jours  », a déclaré le Premier ministre grec Kyrios Mitsotakis dans une lettre envoyée à la présidente de la Commission Ursula von der Leyen.

« Pour fonctionner, cet outil devrait combiner des éléments de la conception du marché de l’énergie — quand, combien, pendant combien de temps — et un moyen de rétribuer équitablement l’industrie », a-t-il poursuivi.

Mais la proposition grecque a été vivement contestée par les experts.

« La proposition consiste à revenir sur l’idée même des marchés de l’électricité sur lesquels nous avons travaillé ces 25 dernières années en Europe », a déclaré Lion Hirth, professeur d’économie de l’énergie à la Hertie School de Berlin.

« Les signaux de prix du côté de la demande seraient fortement dilués, alors oubliez la flexibilité du côté de la demande », a-t-il confié à EURACTIV.

Partisans d’une refonte contre orthodoxie du libre marché

Un représentant de la Roumanie a déclaré que son pays était en faveur d’une optimisation de la conception du marché de l’UE « afin de limiter les retombées [de la hausse] des prix du gaz sur l’électricité ».

La proposition grecque a rapidement été soutenue par l’Italie. « Nous soutenons totalement l’idée, en particulier ce type de découplage », a affirmé Roberto Cingolani, ministre italien de la Transition écologique. Pour Chypre, la solution grecque « mérite d’être prise en considération ».

La ministre française de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, s’est dite « très intéressée par cette proposition », promettant une future proposition sous la forme d’un document informel. Le ministre allemand de l’Économie et de l’Action climatique, Robert Habeck, a remercié les Grecs pour cette proposition « intéressante » qui « mérite d’être discutée ».

Teresa Ribera, ministre espagnole de la Transition écologique, a déclaré que « la manière de faire fonctionner le marché dans des circonstances exceptionnelles et le débat sur l’évolution du marché sont deux questions très importantes ».

D’autres étaient beaucoup moins enthousiastes à l’idée d’une refonte du marché de l’électricité.

« Si seuls les partisans du plafonnement des prix dans la salle s’expriment, il faut tout de même comprendre qu’il y a un groupe de pays qui ont toujours défendu le marché intérieur de l’électricité et qui en connaissent la valeur », a expliqué Claude Turmes, ministre luxembourgeois de l’Énergie.

Selon ce dernier, le marché intérieur de l’électricité est un atout considérable et il ne faut pas « jeter le bébé avec l’eau du bain ».

Le Danemark a également critiqué la proposition. « Nous devons vraiment nous assurer que nous ne prenons pas de décisions qui auront des conséquences négatives à long terme et qui ruineront un système qui est crucial pour la transition écologique », a expliqué Dan Jorgensen, ministre danois de l’Énergie.

Le fardeau de la Commission

« Je peux vous assurer que la Commission est très désireuse d’avoir une discussion ouverte et approfondie avec toutes les parties prenantes et les États membres sur toute suggestion pour améliorer le marché de l’électricité de l’UE », a déclaré la commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson.

Grâce au mandat du Conseil européen, la Commission « réalisera une analyse d’impact complète de toutes les options », a-t-elle poursuivi.

Toutefois, le rapport d’avril de l’Agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie (ACER) ayant conclu que le marché fonctionnait comme prévu, les options à évaluer « seront beaucoup plus vastes que ce que Kostas [Skrekas, le ministre grec  de l’Énergie] a présenté ici », a déclaré la responsable de l’exécutif européen.

Elle a mentionné explicitement les contrats d’écart compensatoire, qui plafonnent les revenus en échange de la stabilité des prix, d’autres types de contrats à long terme, des contrats directs avec les producteurs de services qui pourraient bénéficier à certaines catégories de consommateurs et l’évolution vers un modèle de « tarification locale plus granulaire », entendons « plus précis ».

Selon ce modèle de tarification, le coût de l’électricité dans une zone donnée serait lié à sa disponibilité au niveau local.

En Allemagne, par exemple, où il n’existe actuellement qu’une seule zone d’appel d’offres pour l’électricité, bien que l’électricité soit beaucoup moins chère à produire dans le nord que dans le sud en raison de l’abondance des capacités renouvelables, le marché serait divisé, ce qui signifie que les résidents du nord du pays pourraient payer la moitié de ce que ceux du sud paient pour les mêmes unités.

La commissaire européenne a déclaré que l’analyse d’impact des options sera présentée en octobre prochain, tandis qu’une proposition législative devrait être présentée l’année prochaine.