Les pays européens membres de l'OTAN durcissent leur position à l'égard de la Chine

Les membres européens de l’OTAN vont s’engager à adopter une position plus ferme à l’égard de la Chine, mais la volonté des Anglo-Saxons de placer Pékin dans le collimateur de l’alliance suscite toujours des doutes.

/ / / / / / EFE avec EURACTIV.com / Euractiv France / EURACTIV Grèce / EURACTIV République tchèque / EURACTIV Slovaquie
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Si la plupart des membres d’Europe de l’Est, tels que la Pologne, soulignent que la Russie et la défense collective du flanc oriental devraient constituer la tâche centrale de l’OTAN, ceux-ci ont récemment adopté une attitude plus sévère à l’égard de Pékin. [Shutterstock/Lee Snider Photo Images/EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Les membres européens de l’OTAN vont s’engager à adopter une position plus ferme à l’égard de la Chine, mais la volonté des Anglo-Saxons de placer Pékin dans le collimateur de l’alliance suscite toujours des doutes.

Les membres de l’OTAN ont adopté l’année dernière une approche plus modérée, atténuant la nécessité de se concentrer trop intensément sur la Chine. Toutefois, une récente enquête de l’OTAN portant sur l’ensemble des États membres a révélé que Pékin était considéré comme une menace pour la sécurité par 52 % des personnes interrogées, soit une augmentation de 11 points de pourcentage par rapport à 2021.

Alors que l’alliance est sur le point d’adopter une nouvelle stratégie pour la prochaine décennie, le concept stratégique, elle devrait désigner la Chine comme un «  défi de sécurité  », après ne pas l’avoir mentionnée dans les documents précédents.

Si la plupart des membres d’Europe de l’Est, tels que la Pologne, soulignent que la Russie et la défense collective du flanc oriental devraient constituer la tâche centrale de l’OTAN, ceux-ci ont récemment adopté une attitude plus sévère à l’égard de Pékin.

«  Il est essentiel de surveiller les activités de la Chine, notamment dans le cyberespace, les nouvelles technologies et les chaînes d’approvisionnement. Ces domaines nécessitent une attention non seulement d’un point de vue économique, mais aussi sécuritaire  », a déclaré Jakub Fajnor, du ministère tchèque de la Défense, à EURACTIV République tchèque.

«  Si la Chine représente un type de défi différent de celui de la Russie pour l’OTAN, il est nécessaire de tenir compte de ce défi dans l’orientation future de l’Alliance  », a-t-il ajouté.

Le ministère tchèque de la Défense considère la défense collective comme la priorité de l’OTAN, la gestion des crises et la sécurité coopérative étant des conditions préalables.

M. Fajnor a ajouté que la République tchèque considère qu’un lien transatlantique fort, la coopération avec l’UE, le financement de la défense et, en particulier, l’investissement dans la modernisation des forces armées sont des conditions essentielles à l’accomplissement de ces tâches.

L’expert tchèque en sécurité, Petr Boháček, de l’Association des affaires internationales, a souligné la nécessité d’une approche équilibrée au sein de l’OTAN concernant les menaces russe et chinoise.

«  Sans la guerre en Ukraine, la Chine serait le principal défi de l’OTAN dans son prochain concept stratégique. Cependant, les deux pays représentent une menace partagée à plusieurs degrés  », a déclaré M. Boháček à EURACTIV République tchèque.

«  La Chine sert de catalyseur à l’agression russe, atténue les tentatives d’isolement diplomatique et économique, et fournit un pouvoir de protection sur Moscou grâce auquel elle peut obtenir le soutien d’autres pays en dehors de l’Occident  », a-t-il déclaré.

Il a ajouté que si la Russie est la principale menace pour l’Europe, la menace de la Chine plane sur les États-Unis. Pour que l’alliance reste forte, unie et mutuellement bénéfique, un équilibre est nécessaire.

Le ministère slovaque de la Défense a abondé dans ce sens, ajoutant que la Chine présente des «  implications  » pour la sécurité de la zone euro-atlantique, notamment en termes de fiabilité de la chaîne d’approvisionnement et d’investissements dans les infrastructures critiques.

«  Il est dans l’intérêt de l’OTAN de s’engager de manière constructive avec la Chine tout en préservant l’unité des alliés, afin de protéger les intérêts de l’alliance  », a-t-il ajouté, faisant référence à l’influence politique et économique croissante de Pékin dans certaines parties de l’Europe.

Cette semaine, les membres de l’OTAN vont également chercher à améliorer leur coopération avec l’Australie, le Japon, la Nouvelle-Zélande et la Corée du Sud, qui participeront au sommet en tant que pays «  partenaires  » afin de discuter de la sécurité dans la région de l’Asie-Pacifique.

Le renforcement de la sécurité de l’Europe après l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la promesse d’augmenter les dépenses de défense «  en feront également de meilleurs partenaires pour la coopération en matière de sécurité avec l’Asie  », a déclaré la ministre néerlandaise de la Défense, Kajsa Ollongren, lors du récent dialogue de Shangri-la à Singapour.

Le ministère néerlandais de la Défense a déclaré dans des remarques adressées à EURACTIV : «  Pour le moment, nous ne prévoyons pas de menace militaire directe (par exemple cinétique) de la part de la Chine, mais nous suivons avec inquiétude le développement militaire rapide de la Chine. »

Ils ont ajouté qu’il fallait être prudent face à l’expansion militaire accrue du pays et à sa posture de plus en plus affirmée dans la région indo-pacifique.

Le durcissement de la position de l’OTAN et de l’UE reflète une tendance similaire en Allemagne et en France.

«  L’approche du gouvernement français à l’égard de la Chine est celle de la réduction des risques, surtout lorsqu’il s’agit de transferts de technologie et d’investissements directs à l’étranger  », a déclaré Mathieu Duchâtel, directeur du programme Asie à l’Institut Montaigne, à EURACTIV France.

«  La position de la France n’a jamais été rendue publique, mais elle a des intérêts économiques considérables dans la région indo-pacifique, notamment en protégeant l’intégrité souveraine de ses zones économiques exclusives  », a-t-il ajouté.

Toutefois, des voix plus dubitatives alertent sur le fait que les alliés américains de l’Europe projetteraient largement leur perception de la menace sur les Européens.

Des sources proches du ministère grec de la Défense estiment que l’OTAN devrait suivre la politique américaine à l’égard de Pékin, accompagnée d’une augmentation des dépenses de défense et de la création d’un mur semblable à celui de la «  guerre froide  » vis-à-vis de la Chine et de la Russie.

Selon un officier grec à la retraite qui a souhaité garder l’anonymat, l’Europe, y compris la Grèce, serait ainsi enfermée dans la voie des intérêts anglo-saxons, augmentant sa dépendance à l’égard des États-Unis et de la Grande-Bretagne.

«  L’OTAN est l’axe anglo-saxon et n’a plus rien à offrir à l’UE  », a-t-il ajouté.

En Espagne, «  la priorité n’est pas la Chine ni même la Russie  », a déclaré à EuroEFE Mario Esteban, chercheur à l’Institut Elcano, ajoutant que Pékin ne constitue pas une «  menace existentielle  » pour l’Europe et l’OTAN, comme l’avait affirmé l’ancien président américain Donald Trump.

«  Ce qui inquiète le plus les États-Unis au sujet de la Chine, ce sont les implications (de la politique de Pékin) pour la sécurité de l’Asie de l’Est dans son ensemble, et les menaces qui peuvent peser sur l’hégémonie américaine dans le monde  », a-t-il déclaré.

«  Nous nous concentrons davantage sur des questions telles que les menaces terroristes et la pression des flux migratoires qui sont liés à notre position géographique, très proche de l’Afrique du Nord et du Maghreb  », a-t-il déclaré à propos de la perception de la menace par l’Espagne et a laissé entendre que Madrid ne sera probablement pas particulièrement proactive vis-à-vis de la Chine.