Les petits partis allemands pèsent lourd dans la balance au Parlement européen
Les partis marginaux ont bénéficié d’un soutien considérable lors des élections européennes en Allemagne, ce qui leur a conféré une influence considérable dans les négociations post-électorales, leur poids collectif rivalisant avec celui de pays entiers.
Les partis marginaux ont bénéficié d’un soutien considérable lors des élections européennes en Allemagne, ce qui leur a conféré une influence considérable dans les négociations post-électorales, leur poids collectif rivalisant avec celui de pays entiers.
L’Allemagne est l’un des rares pays de l’UE à ne pas avoir de seuil électoral pour les Européennes. Elle dispose de 96 sièges à répartir entre ses partis, et des formations allemandes relativement obscures peuvent entrer au Parlement européen.
Avec 15 eurodéputés au total, les petits partis allemands ont désormais plus d’influence au Parlement que de nombreux États membres, puisqu’un tiers d’entre eux, dont l’Irlande, la Slovénie et la Croatie, disposent de moins de 15 sièges dans l’hémicycle européen.
« L’influence [des “petits” partis allemands] est solide s’ils appartiennent à un groupe parlementaire », a expliqué à Euractiv Engin Eroglu, chef de la délégation des Électeurs libres (Renew).
Son parti, dirigé par un ancien agriculteur et composé de libéraux et de conservateurs, en est un bon exemple. Avec moins de 3 % des voix, ils constituent un groupe de taille moyenne au Parlement en envoyant trois eurodéputés, alors que la taille moyenne des délégations est de 3,5.
« Nous avons actuellement environ 198 partis pour 705 eurodéputés. Avec trois eurodéputés, les Électeurs libres ne constituent pas une “petite” délégation », ajoute-t-il.
Le groupe d’extrême droite des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) a montré mercredi (19 juin) la différence que peuvent faire les petites délégations.
Le groupe a dépassé de justesse Renew pour devenir le troisième plus grand groupe au Parlement européen — avec 83 contre 81 eurodéputés, respectivement — car il a accueilli trois délégations composées d’une seule personne.
La concurrence entre les partis marginaux allemands pour rejoindre les groupes est donc féroce.
La branche allemande du parti paneuropéen Volt est particulièrement sollicitée : elle passe d’un à trois eurodéputés, ce qui porte la délégation de Volt à cinq personnes au total. Après avoir discuté avec Renew et les Verts, ils resteront probablement au sein de ces derniers, suivant la recommandation des eurodéputés de Volt.
Qui en tire profit ?
La présence de petits partis allemands semble surtout nuire aux groupes de centre droit, compte tenu de leurs bons résultats lors des dernières élections allemandes.
À l’heure actuelle, seul un eurodéputé issu des petits partis rejoindra le Parti populaire européen (PPE), groupe de centre droit, alors que les 14 autres devraient rejoindre des groupes centristes ou de gauche, ou encore rester indépendants.
Un calcul approximatif montre que les 15 sièges auraient été répartis à peu près équitablement entre les groupes de gauche et de droite s’il y avait eu un seuil de 5 %.
L’absence de seuil favorise surtout les causes marginales allemandes, étant donné que d’autres États membres importants disposent de seuils électoraux, a analysé Luise Quaritsch, experte en politique européenne au Centre Jacques Delors.
« Dans le système actuel, la répartition des sièges au parlement est faussée par le fait que les petits partis peuvent gagner des sièges en Allemagne […] mais pas en France ou en Italie, par exemple », a-t-elle écrit.
Outre les Électeurs libres et Volt, le Parti de protection des animaux, le Parti des familles, le parti satirique Partei, le parti écologiste ÖDP et le Parti du progrès (PdF), qui n’a rien d’idéologique, ont apporté leur pierre à l’édifice.
En outre, on peut citer le parti progressiste Linke, dont la place parmi les grandes formations de plus de 5 % a été prise par la nouvelle Alliance Sahra Wagenknecht (BSW).
Fini, les petits partis ?
La prochaine législature pourrait être la dernière pour les représentants allemands les plus farfelus.
La Cour constitutionnelle allemande a supprimé les seuils nationaux précédents en 2011 et 2014, estimant que le Parlement européen n’avait pas suffisamment d’importance pour justifier des mesures visant à lutter contre la fragmentation au détriment des petits partis.
Pourtant, anticipant un changement dans la législation européenne qui rendrait les seuils électoraux obligatoires, les députés allemands ont réformé les procédures électorales l’année dernière, ce qui implique un seuil encore à définir entre 2 % et 5 % pour les prochaines élections.
« Étant donné l’évolution du paysage des partis, je considère qu’il est raisonnable de contrecarrer la fragmentation excessive du Parlement européen et de maintenir ainsi sa fonctionnalité », a indiqué à Euractiv Ansgar Heveling, un député de l’Union chrétienne-démocrate (CDU, PPE), un parti d’opposition de centre droit, impliqué dans la rédaction de la législation.
Dans le meilleur des cas, seuls Linke, Volt et les électeurs libres pourraient être élus la prochaine fois ; dans des scénarios plus extrêmes, aucun des huit partis en dessous de 5 % n’entrerait à nouveau au Parlement européen.