L’Espagne se tourne vers le monde arabe pour faire pression en faveur de Gaza à l’ONU

Le Premier ministre espagnol est en Turquie vendredi 23 mai pour renforcer la convergence avec le président turc sur la situation à Gaza, dans le but d’intensifier la pression diplomatique sur Israël via une stratégie coordonnée au sein des instances internationales.

EURACTIV Espagne
Mahmoud Abbas-Pedro Sanchez meeting in Baghdad
34e sommet de la Ligue arabe à Bagdad, en Irak, le 17 mai 2025. [Getty Images/Palestinian Presidency_Anadolu]

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez s’est rendu ce vendredi 23 mai en Turquie pour renforcer la convergence avec le président Recep Tayyip Erdoğan sur la situation à Gaza, dans le but d’intensifier la pression diplomatique sur Israël à travers une stratégie coordonnée au sein des instances internationales.

Ce déplacement s’inscrit dans une démarche plus large de Madrid, qui entend s’imposer comme un pont entre l’Europe et le monde arabe. Forte de liens diplomatiques de longue date avec la région et de sa récente reconnaissance officielle de l’État palestinien — une initiative saluée par le président turc —, l’Espagne entend jouer un rôle dans la recherche d’une solution au conflit israélo-palestinien.

Le week-end dernier, Pedro Sánchez a été le seul dirigeant européen à assister au sommet de la Ligue arabe 2025 à Bagdad, où il a annoncé que l’Espagne soumettrait deux propositions à la prochaine Assemblée générale des Nations unies (ONU) et a appelé à une réponse « euro-arabe » unifiée pour parvenir à la stabilité dans la région.

L’une des propositions, coparrainée par le président palestinien Mahmoud Abbas, appelle à la fin de la « catastrophe humanitaire » à Gaza. La seconde exhorte la Cour internationale de justice de La Haye à veiller à ce qu’Israël respecte le droit international.

Ces propositions « ne pourront aboutir que s’il existe un large consensus arabo-européen débouchant sur une action décisive de l’ensemble de la communauté internationale », a-t-il déclaré, ajoutant que « la priorité est de renforcer le dialogue euro-arabo-islamique afin de résoudre les problèmes de la région ».

L’Espagne en tant que médiateur

« Personne ne fait autant pour la paix au Moyen-Orient que l’Espagne », affirmait le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, devant les députés espagnols lors d’une session plénière consacrée aux efforts de paix de l’Espagne au Moyen-Orient.

Ses propos reflètent les efforts déployés par Madrid pour jouer un « rôle essentiel » dans la diplomatie de la région, une position que le gouvernement Sánchez poursuit activement depuis le début de la guerre qui a éclaté à la suite de l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.

L’ambition de l’Espagne de servir de pont entre l’Europe et le monde arabe n’est toutefois pas nouvelle.

L’orientation du gouvernement actuel s’inscrit dans la continuité de l’initiative « Alliance des civilisations » lancée au début des années 2000 par l’ancien Premier ministre socialiste José Luis Zapatero, mentor de Pedro Sánchez, dans le butde « combler un vide politique » et de « favoriser le dialogue » entre l’Occident et le monde arabo-musulman.

Depuis le début de la guerre à Gaza, José Manuel Albares a effectué quatre tournées diplomatiques au Moyen-Orient et a régulièrement organisé des réunions à Madrid avec ses homologues irakiens, libanais, syriens, saoudiens et qataris. La guerre en Palestine a été au centre de ces discussions, parallèlement à des discussions sur le renforcement des relations bilatérales en matière d’économie et de sécurité.

Pedro Sánchez a également rencontré Mahmoud Abbas à cinq reprises, réaffirmant à chaque fois le soutien diplomatique et humanitaire de l’Espagne à la Palestine.

En revanche, les relations diplomatiques avec Israël sont pratiquement inexistantes.

À la suite de la reconnaissance officielle de l’État palestinien par l’Espagne en mai 2024, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a rappelé l’ambassadrice Rodica Radian-Gordon. Dan Poraz, chargé d’affaires, est depuis lors le seul représentant diplomatique d’Israël à Madrid.

Une distraction

Mais la décision de Pedro Sánchez de se positionner comme un médiateur clé au Moyen-Orient a suscité des réactions à Madrid, où certains accusent le gouvernement d’utiliser Gaza pour détourner l’attention des problèmes nationaux.

Des associations de victimes critiquant la réponse du gouvernement aux inondations meurtrières de Valence, au manque de clarté concernant le black-out massif qui a touché le pays fin avril, en passant par les enquêtes pour corruption visant des membres du cabinet de Sánchez, le gouvernement est sous pression.

L’opposition souligne une défaillance systémique de la gouvernance publique qui paralyse le système social du pays. Jeudi, le leader du Parti populaire (PP) de droite, Alberto Núñez Feijóo, est allé jusqu’à déclarer que Sánchez utilisait la situation à Gaza « à son avantage ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]