L'Europe cherche des moyens innovants pour soutenir financièrement l'Ukraine

Certains pays souhaitent relancer un projet visant à utiliser 210 milliards d'euros d'avoirs russes gelés

/ EURACTIV.com
Le village de Myla, dans le district de Boutcha, en région de Kiev, trois jours après qu'un camion russe a percuté un dépôt de munitions, faisant au moins 38 morts. [Photo : Ukrinform/NurPhoto via Getty Images)]

Wicklow, IRLANDE – L’Europe cherche activement des solutions pour répondre aux besoins financiers croissants de l’Ukraine, alors que la Russie intensifie son offensive.

Volodymyr Zelenskyy, le président ukrainien, a exhorté l’UE la semaine dernière à aider à combler un déficit budgétaire de 27 milliards de dollars (23 milliards d’euros), alors que Kiev fait face à des attaques de missiles et de drones de plus en plus brutales.

La pression financière a suscité des appels à l’accélération des versements européens à l’Ukraine et relancé un débat houleux sur l’utilisation des avoirs russes gelés, à un moment où les discussions sur les finances de l’UE sont dominées par des demandes de resserrement budgétaire.

Les ministres de la Défense ont convenu mardi que la Commission européenne devrait accélérer le versement du prêt de 90 milliards d’euros accordé par l’Union, actuellement réparti à parts égales entre 2026 et 2027. Cette demande émanait directement de Zelenskyy.

« Il y a un consensus d’avancer le versement de ces fonds si possible  », a déclaré Helen McEntee, ministre irlandaise des Affaires étrangères.

Mais la Commission, qui gère ces fonds, s’y est jusqu’à présent opposée, craignant que des versements plus rapides ne fassent qu’aggraver le déficit budgétaire de Kiev l’année prochaine. Les responsables envisagent plutôt une solution administrative consistant à préaffecter une partie des dépenses de défense devant être financées par le prêt en 2027, ce qui permettrait de débloquer les fonds plus rapidement dès le début de l’année.

Réparer le prêt de réparation

Ce prêt de 90 milliards d’euros était destiné à couvrir environ les deux tiers des besoins de financement prévus de l’Ukraine pour 2026 et 2027. Mais les ministres et les responsables craignent de plus en plus que la part que l’Europe devra fournir ne soit plus importante que prévu, d’autant plus que le soutien des autres alliés occidentaux, notamment des États-Unis, s’amenuise.

Certains pays de l’UE tentent de trouver d’autres moyens – dont certains ne sont pas nouveaux – pour financer l’effort de guerre de Kiev.

Les ministres des Affaires étrangères, qui se réuniront mercredi sur la côte est de l’Irlande, reviendront sur la question de l’utilisation des avoirs souverains russes gelés pour garantir un « prêt de réparation » en faveur de l’Ukraine.

Cette proposition a de nouveau été avancée la semaine dernière par la Suède, les Pays-Bas, l’Espagne et la Pologne. La Belgique, en revanche, y reste fermement opposée.

La Belgique a torpillé ce projet lors d’un sommet décisif en décembre dernier, arguant qu’il exposerait dangereusement le pays à des représailles juridiques de la part de la Russie. Elle accueille en effet Euroclear, le dépositaire de titres détenant la grande majorité des actifs souverains russes gelés situés dans l’UE.

« C’est hors de question », a déclaré Theo Francken, ministre belge de la Défense, aux médias belges le week-end dernier.

Baiba Braže, ministre lettone des Affaires étrangères, a déclaré à Euractiv que seuls des « choix politiques » détermineraient si le « prêt de réparation » fonctionnerait ou non.

Elle a ajouté que les banques centrales des pays baltes et nordiques ont estimé qu’il serait pratiquement impossible pour la Russie de recouvrer cet argent devant les tribunaux.

Derk Boswijk, secrétaire d’État néerlandais à la Défense, a déclaré que l’histoire jugerait sévèrement l’Europe si elle ne parvenait pas à utiliser ces actifs. Il a prédit que le débat reprendrait dans les mois à venir, notamment parce que les gouvernements doivent trouver des moyens de soutenir l’Ukraine sans alourdir davantage la charge pesant sur les contribuables européens.

Lorsqu’on lui a demandé si la Belgique pourrait être convaincue, il a répondu : « Bien sûr, sinon nous ne lancerions pas le débat ! »

D’autres propositions visant à exploiter les 210 milliards d’euros d’avoirs russes gelés détenus dans l’UE ont également peiné à recueillir des soutiens – du moins jusqu’à présent.

L’un de ces projets viserait à répondre aux préoccupations de la Belgique en transférant ces avoirs d’Euroclear vers une nouvelle entité juridique. Il a été présenté par le journaliste britannique Hugo Dixon, la députée européenne française Nathalie Loiseau et Annegret Kramp-Karrenbauer, l’ancienne présidente de l’Union chrétienne-démocrate allemande.

Nathalie Loiseau a déclaré avoir écrit la semaine dernière à Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, pour réitérer cette proposition. « Personne ne se fait d’illusions » sur le fait que le prêt de 90 milliards d’euros suffira, a-t-elle ajouté, laissant entendre que son idée devrait trouver un écho favorable auprès de la Belgique.

Une autre proposition visant à réorienter ces actifs vers des investissements plus risqués mais plus rentables, dont les bénéfices serviraient à soutenir l’Ukraine, s’est également heurtée à la résistance de la Belgique. La Belgique reste méfiante face à toute menace juridique, financière ou de réputation pesant sur Euroclear.

D’autres idées ont, pour l’instant, été mises de côté.

Des responsables de l’UE ont indiqué qu’il n’est pas activement envisagé de renouveler le prêt de 45 milliards d’euros du G7, convenu par les alliés occidentaux de Kiev en 2024 et financé par les bénéfices tirés des avoirs gelés. Environ 44 milliards d’euros ont déjà été versés, le Japon devant fournir le dernier milliard d’euros l’année prochaine.

Des responsables du Fonds monétaire international se trouvent quant à eux à Kiev pour évaluer les besoins de financement de l’Ukraine pour 2027 et suivre les réformes liées au prêt de 8,1 milliards de dollars (7 milliards d’euros) accordé par le Fonds à Kiev. Environ un quart de cette somme a été versé à ce jour.

(bw, cz)