L’Europe est loin d’atteindre ses objectifs d’interconnexion des réseaux électriques, selon l’ACER
L’organisme de surveillance du marché de l’électricité de l’UE a prévenu que les connexions principales du réseau européen ne sont pas adéquatement utilisées pour le commerce d’électricité entre pays voisins, alors que les ministres de l’Énergie de l’UE se réunissent à Bruxelles.
L’organisme de surveillance du marché de l’électricité de l’UE ACER a prévenu vendredi (12 avril) que les connexions principales du réseau européen ne sont pas adéquatement utilisées pour le commerce d’électricité entre pays voisins, alors que les ministres de l’Énergie de l’UE se réunissent à Bruxelles pour discuter de l’expansion du réseau.
Le futur réseau électrique de l’UE devrait faciliter le transport d’énergie en fonction des besoins, permettant par exemple le transfert d’énergie solaire de l’Espagne vers l’Allemagne ou d’énergie hydroélectrique de la Norvège vers la Slovaquie. À cette fin, l’UE a adopté en 2018 la « règle des 70 » : au moins 70 % de la capacité de transport « d’interconnexion » doit être réservée aux échanges transfrontaliers d’électricité.
Les interconnexions sont des câbles qui relient des zones du réseau européen qui seraient autrement isolées, se situant souvent aux frontières d’un pays ou entre plusieurs pays. Chaque zone connectée possède son propre marché de l’électricité et est appelée de « zone d’enchères ».
À partir de 2026, la règle des 70 % sera obligatoire, mais l’ACER a prévenu le Parlement européen et la Commission que les pays de l’UE sont loin de respecter cette exigence.
Le chef de l’agence a insisté sur la nécessité de trouver des « solutions structurelles qui permettraient de répondre à cette exigence de manière rentable et dans les délais requis ».
L’organisme a suggéré une « reconfiguration potentielle des zones d’enchères », des sanctions supplémentaires, ainsi que des « développements ciblés du réseau ».
Dans le cas contraire, l’Union européenne « compromettrait les mesures prises pour passer à un système électrique neutre en carbone », a ajouté l’agence.
Selon les données de l’ACER, l’Allemagne représente le principal goulet d’étranglement du réseau électrique d’Europe centrale.
Alors que l’Autriche atteint un cinquième du temps l’objectif de 70 % de capacité d’interconnexion utilisée pour les échanges transfrontaliers, l’Allemagne, quant à elle, n’a pas réussi à respecter cet objectif une seule fois pendant la période observée. Au contraire, la capacité mise à disposition pour les flux transfrontaliers est inférieure à 20 % plus d’un tiers du temps.
L’avis de l’ACER — un signal d’alarme sans précédent — survient en plein cœur d’une intense bataille politique sur la structure du marché de l’électricité en Allemagne : un tarif unique pour l’électricité est-il adapté pour un grand pays ?
Alors que l’Italie et la Suède appliquent des tarifs électriques variables selon la région, en Allemagne, les consommateurs du nord, où la production d’énergies renouvelables est élevée, paient le même prix par kilowattheure que ceux du sud, qui consomment beaucoup plus d’énergie.
La capacité de transport limitée entre le nord et le sud du pays signifie que la division de l’Allemagne en « zones d’enchères » distinctes pourrait potentiellement améliorer l’efficacité du réseau.
Compte tenu de l’étendue et de la capacité du réseau électrique allemand, une telle décision aurait également des répercussions importantes sur les réseaux des pays voisins.
Une étude clé par les quatre opérateurs de transport d’électricité du pays est attendue cet été, il est donc probable que le débat déjà existant soit relancé. Cette fois, cependant, c’est l’intégration du réseau électrique européen dans son ensemble qui est en jeu.
[Édité par Anna Martino]