"L’euroscepticisme chez les sympathisants LFI est marginal", selon la Fondation Jean-Jaurès

Une enquête exclusive de la Fondation Jean-Jaurès publiée jeudi souligne l'alignement idéologique, y compris sur l'UE, entre les sympathisants des grands partis membres de la NUPES. Quelle stratégie d’opposition à adopter envers la majorité reste le sujet de désaccord le plus profond.

Euractiv France
Jean-Luc Mélenchon tenant un discours le soir du résultat des élections législatives, le 19 juin 2022 [YOAN VALAT/EPA-EFE]

Une enquête exclusive de la Fondation Jean-Jaurès publiée jeudi (25 août) souligne l’alignement idéologique, y compris sur l’UE, entre les sympathisants des partis membres de la NUPES. Quelle stratégie d’opposition à adopter envers la majorité reste le sujet de désaccord le plus profond.

Les premiers débats parlementaires sur le pouvoir d’achat et le pass sanitaire ont mis en exergue une Assemblée nationale divisée et une opposition de gauche frontale face au gouvernement.

Afin de mieux comprendre et appréhender l’influence au long cours que peut avoir la coalition de gauche sur la scène politique française, la Fondation Jean-Jaurès, en partenariat avec le Centre Emile Durkheim de Sciences Po Bordeaux et le Centre d’études européennes de Sciences Po Paris, est allée enquêter auprès des sympathisants de la France Insoumise (LFI), Europe Ecologie-Les Verts (EELV) et le Parti socialiste (PS).

Créée de toutes pièces en un temps record en amont des élections législatives, alors que les partis de gauche avaient boudé l’union lors des présidentielles, la Nouvelle union populaire écologique et sociale (NUPES) a notamment bénéficié du sursaut électoral en faveur du candidat LFI Jean-Luc Mélenchon, arrivé 3ème avec 21,95 % des voix.

« L’appartenance à l’Union européenne est perçue comme quelque chose de positif »

Fait des plus marquants, l’appartenance à l’Union européenne n’est pas un point de blocage :

« Certes, seulement 58 % des proches de la France insoumise considèrent que l’appartenance à l’Union européenne est une bonne chose (contre 81 % pour les proches du PS et d’EELV). Mais les proches de LFI n’adoptent pas pour autant une position de rejet complet de l’UE : seulement 10 % considèrent que l’appartenance à l’UE est une mauvaise chose, soit à peine plus que les proches du PS (3 %) et d’EELV (7 %) » peut-on lire dans la note.

« Ces résultats sont surprenants », avance Antoine Bristielle, directeur de l’Observatoire de l’opinion de la Fondation Jean-Jaurès. « On avait l’impression pendant la campagne d’avoir une France insoumise très anti-européenne tandis que EELV et le PS étaient en faveur de plus d’Europe. Mais, dans les chiffres, l’euroscepticisme chez les sympathisants LFI est marginal », explique-t-il à EURACTIV.

Le débat sur la « désobéissance » vis-à-vis des règles européennes avait pourtant marqué les esprits tout au long de la campagne et divisé les camps écologistes et socialistes. « N’avez-vous pas honte, camarades d’Europe Ecologie-Les Verts ? » avait lancé l’ancien eurodéputé et membre fondateur d’EELV Daniel Cohn-Bendit dans Le Monde lors des négociations.

La ligne eurosceptique de LFI était au cœur des tensions, alors que M. Mélenchon avait tergiversé sur l’aide que l’UE devait apporter à l’Ukraine assiégée en février. « Il y a un fond idéologique d’opposition à la construction européenne chez Jean-Luc Mélenchon qui est très fort » expliquait à EURACTIV en juin Théo Verdier, co-auteur de l’essai La gauche française et l’Europe (Fondation Jean-Jaurès, 2021).

Et M. Bristielle d’ajouter : « Des différences de fond peuvent émerger, par exemple entre une Europe plus fédérale et une Europe des nations. Mais dans le principe, l’appartenance à l’Union européenne est perçue comme quelque chose de positif. »

La stratégie d’opposition, un caillou dans la chaussure de la NUPES

Si le désaccord le plus profond n’est donc pas relié aux questions européennes, comme la campagne des législatives pouvait le laisser penser, il est ailleurs : la stratégie d’opposition à adopter face à la majorité.

Au PS et chez EELV, l’ambiance est à la négociation avec le gouvernement pour 82 % des sympathisants des deux blocs. Un pourcentage qui tombe à 45 % chez LFI.

L’opposition frontale est assumée dans le parti de gauche radicale, à l’instar d’Éric Coquerel, président de la Commission des finances qui, dans une interview à EURACTIV en juin dernier, disait vouloir se positionner comme « un véritable contre-pouvoir à la politique néolibérale du gouvernement ».

« La question de la stratégie est une problématique très profonde au sein de la NUPES, mais il ne faut pas oublier que nous ne sommes qu’au début de la législature. En fonction de la tonalité des mesures qu’Emmanuel Macron prendra dans les prochains mois, des infléchissements dans les partis de gauche seront nécessaires », ajoute Antoine Bristielle.

Divergences sur le nucléaire et la réforme des retraites

Enfin, derrière des accords de principe entre les sympathisants de toutes les formations, des nuances parfois prononcées subsistent.

Par exemple, 77 % des sympathisants PS sont « tout à fait d’accord » ou « plutôt d’accord » sur la production d’énergie nucléaire. Les chiffres tombent à 47 % pour LFI et 39 % pour EELV.

Des divisions existent aussi sur l’âge de départ à la retraite à 65 ans. Si 68 % des sympathisants LFI y sont très défavorables, seuls 42 % des proches du PS et 37 % des proches d’EELV partagent cet avis. Un proche du PS sur cinq est « plutôt favorable » à une réforme.

Des « différences de degrés dans le positionnement et non des différences de nature », explique la note. De fait, d’autres sujets comme l’ouverture du RSA aux moins de 25 ans, ou les bénéfices relatifs à l’immigration, font consensus.

Quant aux différences socio-démographiques, la différence se situe surtout entre LFI et le PS : si LFI attire surtout des jeunes et moins de 50 ans (71 %), le PS repose sur un socle d’électeurs beaucoup plus vieux : 67 % ont 50 ans ou plus.

« [S]ur le court terme, posséder une base électorale vieillissante peut être intéressant » car elle vote beaucoup, et de manière fiable. « Néanmoins si un parti n’arrive pas à renouveler sa base de soutien, cela peut handicaper sur le moyen terme ses chances de succès et conduire à un étiolement de sa surface électorale », selon l’analyse.