L’industrie sucrière s’insurge contre l’interdiction des pesticides toxiques pour les abeilles
L’industrie du sucre de l’UE conteste une décision de la Cour de justice de l’UE qui interdit aux États membres d’accorder des dérogations temporaires pour les pesticides néonicotinoïdes, toxiques pour les abeilles et donc dangereux pour la biodiversité.
L’industrie du sucre de l’UE conteste une décision de la Cour de justice de l’UE qui interdit aux États membres d’accorder des dérogations temporaires pour les pesticides néonicotinoïdes, alors que d’autres organismes agricoles soutiennent que cette mesure est à la fois réalisable et nécessaire compte tenu de la toxicité de ces produits pour les abeilles.
La décision de la Cour de justice de l’UE (CJUE), rendue jeudi (19 janvier), met effectivement un terme à l’utilisation d’urgence de trois substances interdites — l’imidaclopride, la clothianidine et le thiaméthoxame — qui appartiennent à une classe de pesticides connue sous le nom de néonicotinoïdes.
Les néonicotinoïdes, dont la structure chimique s’apparente à celle de la nicotine, agissent sur un récepteur spécifique du système nerveux des insectes. Ces dernières années, ils ont été critiqués pour avoir contribué au déclin des abeilles en perturbant leur sens de l’orientation, leur mémoire et leur mode de reproduction.
L’industrie s’insurge
Toutefois, la Confédération internationale des betteraviers européens (CIBE), ainsi que l’association des agriculteurs de l’UE COPA-COGECA et le Comité européen des fabricants de sucre (CEFS) ont fait part de leurs préoccupations concernant la décision de la semaine dernière.
« Ces alternatives sont cruciales pour préserver la durabilité d’un secteur qui contribue à la sécurité et souveraineté alimentaires de l’Europe et qui est soumis à une pression croissante », ont indiqué les organisations dans une déclaration commune.
Selon l’industrie du sucre, alors que les instituts de recherche sur la betterave sucrière et les parties prenantes du secteur travaillent intensément à la recherche de solutions, il n’existe actuellement aucune alternative viable aux néonicotinoïdes pour lutter contre le virus phytophage appelé « jaunisse », transporté par les pucerons.
Ce virus représente une menace sérieuse pour le secteur européen de la betterave sucrière. Par exemple, en 2020, les producteurs de betteraves français ont signalé une baisse de rendement de 30 % au niveau national, causée par la jaunisse virale et le manque d’accès aux néonicotinoïdes.
Compte tenu de sa lutte contre ce nuisible, le secteur européen de la betterave sucrière a demandé avec succès de multiples dérogations à l’interdiction de toute utilisation extérieure des néonicotinoïdes en vigueur depuis 2018, une pratique à laquelle l’arrêt de la CJUE va mettre un terme.
Contre la perte de rendements
Soulignant la nécessité de « solutions rapides et efficaces » pour ne pas risquer des pertes de rendement substantielles, Elisabeth Lacoste, directrice de la CIBE, a déploré cette décision « incompréhensible », estimant qu’elle « marque la rupture entre l’interprétation juridique et la réalité agronomique à laquelle sont confrontés les cultivateurs ».
Ainsi, la décision du tribunal de l’UE « place de nombreux [producteurs] dans une situation sans précédent à quelques semaines du début de la saison des semis de betteraves sucrières et entraîne une incertitude extrême et une situation chaotique », a prévenu Mme Lacoste, soulignant « l’urgence de sortir de cette impasse ».
De même, la directrice générale du CEFS, Marie-Christine Ribera, a rappelé que la betterave sucrière est « le seul moyen de produire du sucre en Europe continentale ».
« Si les agriculteurs ne peuvent pas les cultiver, la production de sucre ne sera pas viable. Des usines fermeront et des emplois industriels seront perdus dans certaines des zones rurales les plus vulnérables de l’UE. Et les Européens seront dépendants des importations de sucre moins durable et plus émetteur en provenance d’outre-mer », a-t-elle ajouté.
Cependant, la Confédération paysanne a insisté sur la nécessité d’appliquer « immédiatement » la décision du tribunal.
L’association d’agriculteurs français souligne que les prévisions concernant la jaunisse de la betterave ne sont pas plus alarmantes que les années précédentes et que, par conséquent, « l’utilisation systématique des néonicotinoïdes n’est pas justifiée ».
« Ces produits sont dangereux pour les pollinisateurs et c’est l’une des raisons pour lesquelles ils ont été interdits. Revenir année après année sur cette interdiction est un renoncement clair du gouvernement à protéger les insectes, la biodiversité, notre environnement et notre santé. Cela doit cesser », ont-ils déclaré.
Le marché dérégulé
Au lieu de cela, l’association pointe du doigt la pression du marché et la déréglementation du secteur, affirmant que cela a un effet beaucoup plus néfaste sur l’industrie que le virus.
L’affaire a été portée devant la Cour de Justice de l’UE par Pesticide Action Network Europe (PAN), dont un représentant a déclaré à EURACTIV que les charges intenses de parasites sont une conséquence des « mauvaises pratiques agronomiques de l’agriculture intensive » basées sur une consommation élevée d’engrais et des « monocultures pérennes », ce qui entraîne par conséquent des variétés de plantes non résilientes.
« Les parasites aiment la routine, ce qui conduit ensuite à l’utilisation de pesticides », ont-ils déclaré, soulignant que les agriculteurs qui mettent en œuvre des techniques de lutte intégrée contre les nuisibles (IPM) (voir ci-dessous) ne font état que de « résultats positifs ».
Selon un récent rapport publié par l’association, certains pays, comme Malte, ont évité le recours à toute dérogation au cours des dernières années grâce à de bons systèmes de gestion.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]