L’inflation, source de difficultés pour le plan de relance de l’UE

L’inflation réduit les budgets des plans de relance post Covid-19 des États membres de l’UE et les retards de mise en œuvre sont aggravés par des appels de plus en plus pressants pour obtenir de nouveaux fonds afin de lutter contre la hausse générale des coûts.

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Les États membres ont jusqu’à la fin de 2026 pour mettre en œuvre la partie la plus importante du plan de relance pour l’Europe, à savoir la Facilité pour la reprise et de résilience (FRR), d’un montant de 672,5 milliards d’euros. [Shutterstock/Viktollio]

L’inflation réduit les budgets des plans de relance post Covid-19 des États membres de l’UE et les retards de mise en œuvre accusés sont encore aggravés par des appels de plus en plus pressants pour obtenir de nouveaux fonds afin de lutter contre la hausse générale des coûts. Les nouveaux gouvernements remettent quant à eux en question les engagements pris par leurs prédécesseurs.

Un porte-parole de l’UE a confié à EURACTIV que si un État membre demande une révision du plan de relance, ce dernier devra démontrer qu’« il ne peut plus mettre en œuvre (une partie) de son plan en raison de circonstances objectives ».

« Cela nécessiterait une évaluation rigoureuse au cas par cas par la Commission avec l’État membre concerné », a déclaré le porte-parole.

Les États membres ont jusqu’à la fin de 2026 pour mettre en œuvre la partie la plus importante du plan de relance pour l’Europe, à savoir la Facilité pour la reprise et de résilience (FRR), qui finance les réformes et les investissements dans les États membres et est dotée de 672,5 milliards d’euros.

« La plupart des États membres accusent un retard d’environ six mois lorsqu’il s’agit de demandes de paiement », explique Christopher Glück, du cabinet de conseil Forefront Advisers.

M. Glück attribue principalement ce retard au délai initial pour convenir des modalités opérationnelles avec la Commission européenne, mais aussi aux États membres qui peinent à faire sortir les investissements.

La hausse générale des prix

Hormis la Hongrie, dont le plan de relance devrait être accepté par l’exécutif européen sous certaines réserves, tous les membres du bloc se sont engagés à mettre en œuvre leurs engagements en matière de réforme. La flambée des prix s’avère toutefois être un obstacle de taille.

« Le problème, c’est que tout ce qui a été décidé dans les plans de relance coûtera désormais beaucoup plus cher que prévu […] pour l’instant, les États membres entendent que leur seule solution est de compléter avec leur propre budget national pour faire le travail. Cette situation ne pourra pas durer éternellement », a confié M. Glück à EURACTIV.

L’Italie est un bon exemple. La Commission européenne a débloqué la deuxième tranche de 21 milliards d’euros pour Rome au début du mois, faisant de du pays l’un des chefs de file du processus après que le précédent gouvernement dirigé par l’ex-président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi a rempli 21 des 55 objectifs à atteindre d’ici la fin de l’année.

Toutefois, la mise en œuvre des 24 étapes restantes est désormais entre les mains du nouveau gouvernement de droite dirigé par Giorgia Meloni, qui continue de réclamer un changement de plan.

Mme Meloni a souligné à plusieurs reprises que les prix élevés de l’énergie, qualifiés d’« épée de Damoclès », drainent des ressources qui pourraient être consacrées à d’autres investissements. Ainsi, les interventions visant à réduire les factures coûtent au gouvernement italien environ 5 milliards d’euros par mois.

« Nous étudions les propositions qui nous sont parvenues, si la Commission européenne n’intervient pas, il sera difficile de faire face à ces coûts », a expliqué Mme Meloni.

Les deux principales incertitudes concernent la faisabilité économique des investissements et le respect des délais. Outre la hausse des prix de l’énergie, la pénurie de certains matériaux, ainsi que les différences de performances entre les administrations publiques, constituent des risques.

« La Commission affirme officiellement que l’inflation entraîne une augmentation des recettes fiscales et que, par conséquent, cet argent peut être utilisé pour combler les lacunes causées par l’inflation en matière de financement des plans de relance », a déclaré une source proche du dossier.

Il est toutefois peu probable que cette réponse puisse satisfaire les capitales européennes, où les changements de gouvernements et la nécessité toujours plus pressante de s’éloigner de l’énergie russe réorientent les priorités politiques.

Désaccords avec les gouvernements précédents

En République tchèque par exemple, la nouvelle coalition est mécontente de certains des projets élaborés par l’ancien gouvernement populiste dans le cadre du plan de relance tchèque.

L’actuel ministre de la Santé, Vlastimil Válek, par exemple, n’apprécie pas les projets élaborés par son prédécesseur, mais il se dit prêt à les faire avancer pour éviter de perdre les investissements.

Par conséquent, malgré les réserves exprimées précédemment et un démarrage lent, le pays met à présent en œuvre le plan étape par étape et a demandé, vendredi dernier (25 novembre), le premier versement des fonds.

« Certaines tâches sont derrière nous, mais il y a encore un grand nombre de défis associés à ce plan », a déclaré le ministre de l’Industrie et du Commerce, Jozef Síkela.

Les États membres du bloc peuvent également utiliser le chapitre additionnel des plans de relance, le plan REPowerEU, pour se détacher des combustibles fossiles russes. Ils pourront ainsi bénéficier de 20 milliards d’euros de subventions et de 225 milliards d’euros de prêts supplémentaires issus de fonds existants non utilisés dans la FRR.

La Commission a proposé d’apporter au règlement sur la FRR des « modifications ciblées » accompagnées de conseils sur la manière de procéder, et ce dans le but d’intégrer les chapitres du plan REPowerEU. C’est ce qu’a indiqué une source européenne à EURACTIV.

L’approche générale (AG) du Conseil sur la proposition de la Commission relative au plan REPowerEU a été décidée le 4 octobre, tandis que le Parlement européen a adopté son propre mandat de négociation le 10 novembre.

« La Commission en prend note et espère voir des progrès rapides dans la procédure législative afin que le plan REPowerEU puisse apporter des avantages concrets aux États membres, aux citoyens et aux entreprises », a déclaré un porte-parole de l’UE.

La Commission évaluera les besoins du plan REPowerEU pour permettre d’accélérer la transition vers une énergie propre et éviter la fragmentation du marché unique. Cela permettra de soumettre des propositions visant à renforcer la puissance financière de l’UE pour le plan REPowerEU, a ajouté le porte-parole de l’UE.

« De telles propositions donneront à chaque État membre la même opportunité de préparer l’avenir. Il ne s’agit pas seulement d’énergie, mais aussi de notre compétitivité mondiale et de notre souveraineté », a conclu le responsable européen.

Cependant, pour certains, cela pourrait ne pas se révéler suffisamment attractif.

En Bulgarie, le gouvernement intérimaire à la tête du pays pendant les querelles entre les partis politiques à la suite des élections législatives d’octobre, les quatrièmes en 18 mois, envisage de revenir sur un engagement pris par l’exécutif précédent. En effet, celui-ci prévoyait initialement une réduction de 40 % des émissions de carbone du secteur de l’énergie d’ici à 2026 compte tenu de l’augmentation des revenus de la combustion d’énergie fossile.

Toutefois, « dans la situation actuelle, bon nombre des engagements qui semblaient avoir du sens auparavant n’en ont plus. Par exemple, les centrales électriques au charbon rapportent actuellement de gros bénéfices à l’État. Sur le plan financier, il n’y a pas de raison majeure pour qu’elles soient fermées », a commenté le vice-premier ministre bulgare Atanas Pekanov, samedi (26 novembre) sur la chaîne Nova TV.

Dans la pratique, cela peut impliquer un éloignement des projets respectueux de l’environnement. Le gouvernement intérimaire bulgare a indiqué qu’il souhaitait remplacer la plus grande batterie au monde pour le stockage de 6  600 MWh d’électricité, mise au point par le précédent gouvernement, par des installations de stockage souterraines pour le gaz naturel, l’hydrogène et éventuellement le dioxyde de carbone.

Il est également fort probable que la Bulgarie renonce à étudier la capacité géothermique pour la production d’électricité, et que les 175 millions d’euros prévus soient plutôt consacrés au chauffage par géothermie des établissements sanitaires et administratifs pour enfants.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]