L’intégration des marchés de capitaux de l’UE pourrait régresser, avertit la Commission

L’intégration des marchés de capitaux européens stagne et pourrait même être en train de régresser, a averti un haut fonctionnaire de la Commission européenne mardi 19 novembre, faisant écho aux mises en garde de l’industrie.

/ EURACTIV.com
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« Les marchés de capitaux de l’UE restent confrontés à des défis structurels majeurs, […] et sont en retard par rapport à d’autres régions dans la plupart des domaines clés », selon Adam Farkas, directeur de l’AFME. [GettyImages/Jean-Luc Ichard]

L’intégration des marchés de capitaux européens stagne et pourrait même être en train de régresser, a averti un haut fonctionnaire de la Commission européenne mardi 19 novembre, faisant écho aux mises en garde de l’industrie.

« L’intégration […] est peut-être un peu en veilleuse [ou] en régression », a déclaré Jan Ceyssens, chef de l’unité des marchés de capitaux à la direction générale de la Stabilité financière, des Services financiers et de l’Union des marchés de capitaux (DG FISMA) de la Commission européenne lors d’un évènement mardi 19 novembre.

L’évènement était organisé à Bruxelles à l’occasion de la publication du rapport annuel de l’Association for Financial Markets in Europe (AFME) sur l’Union des marchés de capitaux (UMC) de l’Union européenne (UE),

Ce rapport, qui affirme que la fragmentation « grandissante » présente des risques critiques pour la stabilité financière de l’UE, est une représentation exacte, bien que largement négative, du contexte actuel pour les capitaux, a souligné le chef d’unité.

Pour Adam Farkas, directeur de l’AFME qui a rejoint le secteur privé en 2020 après avoir passé près de dix ans à l’Autorité bancaire européenne (ABE), la situation est également plutôt mauvaise.

« Les marchés de capitaux de l’UE restent confrontés à des défis structurels majeurs, […] et sont en retard par rapport à d’autres régions dans la plupart des domaines clés », a-t-il indiqué lors de l’évènement de mardi, faisant notamment référence à l’accès au financement pour les entreprises et les PME, aux technologies financières et à la liquidité du marché.

Ces avertissements interviennent alors que les fonctionnaires européens redoublent d’efforts pour stimuler la contribution des marchés de capitaux européens aux besoins d’investissement massifs de l’UE — que l’AFME voit tourner autour des 800 milliards d’euros par an prévus par l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi.

L’association estime que 450 milliards d’euros sont nécessaires pour atteindre les objectifs de durabilité, 50 milliards d’euros pour la stratégie de défense renforcée de l’Union et 150 milliards d’euros pour les « investissements visant à améliorer la productivité ».

Le rapport publié mardi constate la persistance d’un « déficit de financement important » par rapport aux autres pays du monde, le volume annuel de capital-risque de l’UE représentant 15 % de celui des États-Unis.

Plus précisément, l’étude souligne que l’écart avec les conditions du marché américain a conduit plus de 100 entreprises européennes à s’introduire en bourse à l’étranger, ce qui « a permis aux entreprises de l’UE d’accumuler 1 000 milliards d’euros de capitalisation boursière sur les places boursières étrangères ».

« Un marché européen des capitaux plus développé aurait pu encourager ces entreprises à s’inscrire en bourse au sein de l’UE et contribuer à développer la compétitivité de l’UE », a ajouté l’association.

Quelles perspectives ?

En avril, avant sa reconduction à la tête de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a déclaré qu’une Union des marchés de capitaux (UMC) pleinement intégrée pourrait générer 470 milliards d’euros par an — un scénario qui, d’après le rapport de l’AFME, semble de moins en moins tangible.

En effet, l’étude met en évidence une « détérioration de l’intégration financière intra-UE », principalement due à une baisse des fusions-acquisitions transfrontalières et des émissions d’actions par des entreprises transfrontalières sur les places boursières locales.

Plus précisément, l’étude révèle que les bourses européennes connaissaient une migration croissante des entreprises européennes et des introductions en bourse vers les bourses étrangères, ce qui érode encore davantage la densité et la liquidité des marchés européens.

Les radiations de la plus grande bourse de l’Union, Euronext, ont représenté à elles seules une perte de 2 300 milliards d’euros de capitalisation boursière depuis 2015, soit l’équivalent d’environ 17 % des actions nationales cotées en bourse dans l’UE, note le rapport. La tendance à la radiation s’est temporairement inversée pendant et après la pandémie de Covid, mais a récemment repris, avertit l’association.

Julio Suarez, directeur de la recherche de l’AFME, a averti que la récente « détérioration » de l’intégration financière représentait un risque pour la stabilité financière de la zone euro et retardait la transmission de la politique monétaire.

« C’est un domaine dans lequel non seulement nous ne progressons pas vers la création d’une UMC, mais où nous allons peut-être dans la mauvaise direction », a-t-il souligné.

Ce constat va dans le sens des récentes conclusions de la Banque centrale européenne, qui a averti que l’intégration des marchés financiers de la zone euro avait été « globalement décevante », « les indicateurs d’intégration financière basés sur les prix et les quantités ayant considérablement diminué au cours des deux dernières années ».

L’AFME a également constaté une « aggravation des disparités de marché » en Europe, les entreprises basées dans les pays d’Europe du Nord, dont le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Irlande et les pays nordiques bénéficiant de marchés de capitaux plus développés et d’un meilleur accès au financement, alors que les pays d’Europe de l’Est restent à la traîne.

Parallèlement, les pays d’Europe centrale et orientale se sont révélés soit à la traîne en matière de financement par le marché, soit dépendants, « dans une bien plus large mesure », des prêts bancaires.

« Cette disparité pose un défi important à l’ambition de l’UE de créer un marché des capitaux intégré », a également mis en garde l’association.

En revanche, Adam Farkas, directeur de l’AFME, a indiqué que l’élan politique autour de l’UMC « n’a peut-être jamais été aussi fort », exhortant ainsi les décideurs politiques de l’UE à agir rapidement « pour éviter d’être encore plus à la traîne dans le paysage mondial des marchés de capitaux ».

Lors de l’évènement de mardi, Jan Ceyssens a réagi lorsqu’au cours d’une session de questions et réponses, il a été suggéré que les fonctionnaires de l’UE avaient trop mis l’accent sur la supervision des marchés financiers, alimentant un débat en cours sur la question de savoir si elle devrait être centralisée — un point qui a rencontré une forte résistance de la part de plusieurs États membres.

« Nous voyons beaucoup de bonne volonté de la part de tous les États membres […] pour ne pas limiter la discussion sur l’UMC à la seule supervision », a-t-il répondu.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]