L’Italie cherche le dialogue avec l’Irlande à propos de l’étiquetage du vin
Les Italiens n’ont pas renoncé à s’opposer au projet de l’Irlande d’introduire des avertissements relatifs au cancer sur les bouteilles de vin, espérant faire basculer les représentants du gouvernement irlandais vers des positions plus clémentes en les abordant à Bruxelles.
Les Italiens n’ont pas renoncé à s’opposer au projet de l’Irlande d’introduire des avertissements relatifs au cancer sur les bouteilles de vin, espérant faire basculer les représentants du gouvernement irlandais vers des positions plus clémentes en les abordant à Bruxelles.
Au cours des dernières semaines, les politiciens italiens ont réagi avec consternation au projet de règlement irlandais sur l’étiquetage des produits alcoolisés — plus précisément à l’article 12 de la Loi 2018 sur la santé publique (alcool) — qui exige que les étiquettes des produits alcoolisés comportent des avertissements sanitaires similaires à ceux utilisés pour les cigarettes.
« Boire de l’alcool provoque des maladies du foie » en fait partie, ou « Il existe un lien direct entre l’alcool et les cancers mortels », ou encore un symbole informant les consommateurs du danger de la consommation d’alcool pendant la grossesse.
L’inquiétude s’est intensifiée en Italie lorsque la Commission européenne n’a émis aucune réaction officielle à la proposition de loi après la notification officielle, ce qui, du point de vue procédural, équivaut à un consentement tacite au projet.
Lors d’un discours au Sénat, jeudi (26 janvier), le ministre italien de l’Agriculture Francesco Lollobrigida a déclaré que Rome resserrerait les rangs et augmenterait son activité à Bruxelles pour faire changer d’avis Dublin.
« Lundi (30 janvier), dans le cadre du Conseil “Agrifish” [la réunion mensuelle des ministres de l’Agriculture de l’UE] à Bruxelles, je rencontrerai le ministre irlandais de l’Agriculture à qui j’expliquerai nos raisons, persuadé que nous trouverons des points d’accord et surmonterons nos divergences », a-t-il déclaré.
Le ministre a ajouté qu’il offrirait à son homologue irlandais Charlie McConalogue une bouteille de vin « afin qu’il puisse constater que nous n’avons aucune intention de nuire à sa santé ».
En début de semaine, le ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani, également responsable du commerce international, a exprimé un point de vue semblable et favorable à un dialogue plus poussé avec les représentants du gouvernement irlandais, après avoir abordé la question avec son homologue irlandais Micheál Martin.
« J’ai constaté une volonté de confrontation de la part du ministre, et nous mettrons en contact nos ministères de l’Agriculture compétents pour voir si une solution positive peut être trouvée », a-t-il déclaré à la presse après la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Bruxelles lundi dernier (23 janvier).
Ce n’est pas la première fois que le gouvernement italien met en place une sorte de « diplomatie alimentaire » dans les couloirs de Bruxelles. En effet, ces dernières années, il a déployé des efforts sans précédent pour bloquer l’approbation, au niveau de l’UE, de l’étiquetage nutritionnel codé par couleurs Nutri-score, au moyen de plusieurs initiatives, dont des événements au sommet et la formation de coalitions avec d’autres États membres.
Mais selon M. Tajani, la Commission européenne devrait elle aussi intervenir et remettre « les règles de l’Irlande en conformité avec les règles du marché unique ».
La semaine dernière, il a adressé une lettre au commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton, demandant « une intervention de l’UE pour protéger le bon fonctionnement du marché intérieur, conformément à la jurisprudence de l’UE qui interdit les restrictions quantitatives ».
Cependant, un fonctionnaire de la Commission a confirmé à EURACTIV qu’après que le projet de loi n’ait pas reçu un avis négatif de l’exécutif de l’UE, leur rôle est terminé, et la balle est dans le camp des États membres.
Les deux procédures — en vertu de la Directive sur la transparence du marché unique (SMTD) et du règlement européen de 2011 sur l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires — qui auraient pu nécessiter l’intervention de la Commission sont désormais closes, a déclaré le fonctionnaire européen.
La possibilité de commenter les projets de règlements techniques dans un délai de trois mois est « un outil préventif, qui vise à assurer le bon fonctionnement du marché intérieur et à traiter les problèmes potentiels avant l’adoption d’une loi », a poursuivi le fonctionnaire.
En bref, il ne reste plus à l’Irlande qu’à approuver le projet de loi et à mettre en œuvre les règles relatives aux avertissements concernant le cancer sur les étiquettes des produits alcoolisés.
Le conflit irlandais sur l’étiquetage a passionné l’opinion publique italienne, la nouvelle ayant été largement couverte par les médias grand public. Alors que le secteur vitivinicole a violemment réagi contre le projet en se plaignant d’une perte potentielle de milliards de dollars de chiffre d’affaires des exportations italiennes, certains experts de la santé ont soutenu le projet irlandais comme étant la chose la plus judicieuse à faire en matière d’étiquetage des produits alcoolisés.
« Pour nous, un verre de vin rouge, tous les médecins le disent, est aussi bon pour le cœur », a pourtant commenté M. Tajani.
« Personne n’est contre le vin. J’aime le vin. Je pense que nous aimons tous un bon verre de vin. Le plan pour vaincre le cancer de la Commission vise à éviter la consommation nocive d’alcool », lui a fait écho le porte-parole de la Commission, Eric Mamer, lundi dernier.
Cependant, la Fédération mondiale du cœur a officiellement démenti en 2022, en tant que légende urbaine, les prétendus bienfaits du vin pour le système cardiovasculaire, tandis qu’au début de 2023, l’Organisation mondiale de la santé a publié une position affirmant qu’aucun niveau de consommation d’alcool n’est sans danger pour notre santé.