L'ombre du passé colonial belge pèse sur la coalition gouvernementale
Les députés de la coalition gouvernementale belge membres de la commission spéciale sur le passé colonial de la Belgique ont fait état de leurs divisions lundi quant à la nécessité pour le Royaume de présenter des excuses formelles auprès d'anciennes colonies.
Les députés de la coalition gouvernementale belge membres de la commission spéciale sur le passé colonial de la Belgique ont fait état de leurs divisions lundi quant à la nécessité pour le Royaume de présenter des excuses formelles auprès d’anciennes colonies.
Au terme de deux années de travail et de près de 300 auditions, la commission spéciale est désormais dans la phase finale de ses travaux. Elle devrait rendre son rapport d’ici la fin de l’année, en proposant une série de recommandations, rapporte la RTBF.
En amont d’un débat lundi (17 octobre) à la Chambre des représentants, le député socialiste francophone Christophe Lacroix (PS) déclarait qu’il s’attendait à des débats animés et potentiellement ternis par des accusations mal définies et simplistes de « wokisme » de la part d’opposants politiques. Son parti considère toutefois qu’il est essentiel que « le système colonial, dans sa philosophie même, soit clairement condamné, sinon cette commission aura échoué », a-t-il déclaré au journal Le Soir.
Les débats à la Chambre belge ont en effet été tendus, laissant présager que la marche à suivre ne sera pas évidente. Les ailes gauche et droite de la coalition gouvernementale « Vivaldi » — qui réunit sept partis de l’échiquier politique belge — ont exprimé des positions divergentes sur la question d’éventuelles excuses officielles de la Belgique, ainsi que sur la question de la compensation des anciennes colonies. Parmi elles figurent le Congo (RDC), le Rwanda et le Burundi.
L’empire colonial belge s’est établi de 1885 à 1960 au Congo et de 1916 à 1962 au Ruanda-Urundi (aujourd’hui Rwanda et Burundi).
Bien que le parti socialiste et les Verts aient défendu l’idée d’excuses officielles et la nécessité de réparations, l’aile libérale de la coalition s’est montrée beaucoup plus réticente. Le député de centre droit Benoît Piedboeuf (Mouvement réformateur, MR) a clairement rejeté toute velléité d’un mea culpa officiel : il s’est plutôt déclaré favorable à la position actuelle de la Belgique, qui consiste à exprimer des « regrets ».
Plus tôt cette année, le roi Philippe a exprimé ses « profonds regrets » pour les « blessures du passé », et a noté que le régime colonial belge était basé sur « l’exploitation et la domination », « la discrimination et le racisme ». Il a été le premier monarque belge à condamner le régime — sans toutefois présenter d’excuses officielles.
Au cours du débat de lundi, la députée libérale Goedele Liekens (Open Vld), s’est fermement opposée à toute compensation financière aux anciennes colonies. « On ne peut pas demander aux citoyens belges de payer aujourd’hui pour un passé qu’ils n’ont pas choisi », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’elle était ouverte à d’autres formes de réparations, comme la restitution d’œuvres d’art.
La Chambre des représentants a adopté, en juin dernier, un projet de loi « reconnaissant le caractère aliénable des biens liés au passé colonial de l’État belge et déterminant un cadre juridique pour leur restitution et leur retour ».
Jan Briers (chrétien-démocrate), également membre de la coalition majoritaire, a appelé à une « approche nuancée » dans un débat aussi sensible sur les réparations.
« Ces (trois) pays attendent avant tout de nous des actions concrètes et des partenariats », a déclaré M. Briers, suggérant que ceux-ci soient menés dans les domaines universitaire, scientifique, sécuritaire et de développement.
Il a plaidé pour la création d’une fondation destinée à financer de tels projets, à l’instar de ce qu’avait mis en place l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale pour indemniser les victimes du travail forcé nazi. Les modalités resteraient à préciser, mais les socialistes et les verts ont tous deux exprimé leur soutien.
Du côté de l’opposition, le secrétaire national du Parti du travail, Marc Van Hees, s’est dit favorable à d’éventuelles réparations financières pour les anciennes colonies, mais pas de la part de l’État belge.
« Ce n’est pas à la population de payer, mais plutôt à ceux qui se sont enrichis durant ce passé colonial », a-t-il déclaré, pointant du doigt les grandes entreprises et la monarchie belge. « Ce qui est essentiel en termes de réparation […] c’est vraiment qu’on ait une réflexion autour des structures de domination qui ont existé à l’époque et qui, je pense, existent toujours aujourd’hui », a-t-il ajouté.
Le parti de droite N-VA a rejeté l’idée d’excuses officielles ou de compensation, ce qui reviendrait à « introduire un complexe de honte dans notre société », a déclaré le député Wim Van der Donckt.
Alors que le débat risque d’être tout aussi tendu au cours des prochaines séances de la commission dans les semaines à venir, les députés belges devront s’accorder en vue de rendre un rapport définitif sur la question avant la fin de l’année. « L’objectif demeure toujours un vote définitif avant la fin décembre, mais il ne faudrait pas rendre un rapport a minima juste pour rendre un document », a averti un parlementaire.