L’OMS/Europe réitère son engagement à lutter contre les effets du changement climatique sur la santé
En signant la Déclaration de Budapest, les ministres de la Santé et de l’Environnement de la Région européenne de l’OMS ont reconnu la nécessité de prendre de nouvelles mesures pour lutter contre le changement climatique et ses répercussions sur la santé humaine.
En signant la Déclaration de Budapest vendredi dernier (7 juillet), les ministres de la Santé et de l’Environnement de la Région européenne de l’Organisation mondiale de la santé (OMS/Europe) ont reconnu la nécessité de prendre de nouvelles mesures pour lutter contre le changement climatique et ses répercussions sur la santé humaine.
Les législateurs ont fait part de leur inquiétude « face à la charge importante et persistante de la mauvaise santé imputable aux facteurs de risque environnementaux » lors de la Septième Conférence ministérielle sur l’environnement et la santé de l’OMS/Europe. Cette conférence, qui s’est tenue à Budapest du 5 au 7 juillet, a permis de définir les engagements futurs et les priorités de la région, en mettant l’accent sur les dimensions sanitaires de la crise environnementale.
Comme le montre le rapport européen de 2022 sur le développement durable (Europe Sustainable Development Report 2022), les progrès accomplis pour atteindre les objectifs du Programme 2030 sont au point mort depuis la pandémie de coronavirus.
Pour encourager la discussion, les ministres ont signé la Déclaration de Budapest, une série d’engagements visant à promouvoir un environnement propre, sûr et sain.
Les législateurs s’engagent notamment à « accélérer la transition juste vers des sociétés résilientes, saines, équitables et durables, en tenant compte des enseignements tirés de la pandémie de Covid-19 ».
Le texte donne la priorité à l’action portant sur les enjeux sanitaires liés au changement climatique. Il souligne la nécessité de renforcer l’engagement du secteur de la santé et de placer les facteurs environnementaux au cœur du programme mondial de la santé.
La Déclaration comprend également des recommandations visant à améliorer les connaissances des professionnels de la santé dans le domaine du changement climatique, à décarboner les systèmes de santé, à mettre en œuvre une gestion appropriée des déchets et à adopter des systèmes de transport à zéro émission.
Nécessité d’agir
« La bonne nouvelle est que nous partageons une même vision mondiale, nous voyons où nous aimerions nous trouver dans sept ans, dix ans, quinze ans, et nous l’avons exprimé sous forme d’accords », explique Csaba Kőrösi, président de l’Assemblée générale de l’ONU, faisant référence aux objectifs de développement durable (ODD) du Programme 2030.
En septembre 2015, tous les pays de l’ONU ont signé le Programme de développement durable à l’horizon 2030 ainsi que les 17 ODD.
Malgré le consensus initial, la mise en œuvre européenne prend plus de temps que prévu.
Selon Hans Kluge, directeur régional de l’OMS pour l’Europe, la région progresse « beaucoup trop lentement vers la réalisation des objectifs de développement durable à l’horizon 2030 ».
Comme le montre déjà le plan européen de lutte contre la résistance aux antimicrobiens (RAM), les législateurs insistent sur la nécessité d’adopter une approche « Une seule santé » dans l’élaboration des politiques, en veillant à inclure la santé humaine, animale et végétale ainsi que leurs interactions avec l’environnement.
Brigit Staatsen, présidente du Groupe de travail européen « Environnement et santé » de l’OMS, a expliqué qu’il était important que les législateurs réfléchissent aux priorités futures en matière d’environnement et de santé dans les différentes régions ainsi qu’aux mesures à prendre dès maintenant.
Des menaces croissantes
« La probabilité d’assister à une pandémie massive aussi dévastatrice que la Covid d’ici vingt-cinq ans avoisine les 52 % », a alerté M. Kőrösi.
Il a ajouté qu’il ne convient pas de savoir aujourd’hui si nous allons ou non être confrontés à des défis similaires dans nos sociétés, mais plutôt de déterminer quand ils surviendront et dans quelle mesure nous y serons préparés.
Ce constat peut sembler catastrophique, mais selon les experts, le changement climatique montre déjà qu’il peut y avoir des répercussions importantes sur la santé humaine.
Les données de l’OMS montrent que chaque année, environ 1,4 million de décès en Europe sont liés à des facteurs de risque environnementaux.
La hausse des températures et le déclin de la biodiversité sont étroitement liés à l’augmentation du risque de maladies zoonotiques, celles qui se transmettent de l’animal à l’Homme, comme le Zika ou la dengue.
Cette hausse des températures stimule la reproduction des agents pathogènes et des vecteurs, les porteurs de la maladie, et la perte de biodiversité menace l’« effet de dilution », un phénomène qui se produit lorsque la diversité d’une communauté écologique contribue à réduire la propagation d’un agent pathogène.
Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a signalé que l’Europe était confrontée à une augmentation massive des moustiques porteurs de maladies dans des pays jusqu’alors épargnés. Les données recueillies montrent que les infections par le virus du Nil occidental et la dengue ont augmenté au cours de l’année écoulée.
En 2022, plus de 1 133 cas d’infection humaine et 92 décès causés par le virus du Nil occidental avaient été signalés dans l’Union. Dans 1 112 cas, la maladie avait été contractée dans 11 pays de l’UE. Il s’agit du nombre de cas le plus élevé depuis 2018, année du pic épidémique.
Au cours de la même période, la dengue était à l’origine de 71 cas contractés localement, soit l’équivalent du nombre total de cas signalés entre 2010 et 2021.
Dans les deux cas, ces maladies sont causées par le moustique, un insecte dont le cycle de vie est étroitement lié à l’environnement. En effet, le changement climatique peut créer des conditions plus favorables à leur reproduction, ainsi qu’à la survie et à la transmission des agents pathogènes dont ils sont porteurs.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]