L'UE devrait se soucier davantage de son personnel soignant, selon des députés européens
Les premières réactions à la stratégie européenne en matière de soins, récemment dévoilée par la Commission, laissent entendre que l'Union européenne devrait se préoccuper davantage de son personnel soignant.
Les premières réactions à la stratégie européenne en matière de soins, récemment dévoilée par la Commission, laissent entendre que l’Union européenne devrait se préoccuper davantage de son personnel soignant.
Le discours annuel de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, sur l’état de l’Union, prononcé mercredi 14 septembre, était léger en matière de politique de santé.
Aucune mention sur ce que la Commission envisage de faire dans ce domaine, Ursula von der Leyen ayant simplement évoqué une « approche globale de la santé mentale ».
C’est un changement de cap total par rapport au discours de l’année dernière – présenté en pleine pandémie de Covid-19 – qui était largement axé sur la santé. L’une des initiatives – la stratégie européenne en matière de soins – annoncée l’année dernière à Strasbourg par la présidente de la Commission, a finalement été présentée le 7 septembre.
Cette stratégie vise à aider les États membres à améliorer leurs systèmes de soins et leurs politiques dans ce secteur.
« Il y a beaucoup d’investissements privés dans les soins, ce qui est d’ailleurs nécessaire car, sinon, il y aurait des problèmes en termes de disponibilité », a déclaré le commissaire aux droits sociaux Nicolas Schmitt lors de la présentation de la stratégie.
« Mais cela signifie aussi que, quel que soit le lieu ou la personne qui investit dans les soins, il faut respecter des normes de qualité très strictes », a-t-il ajouté.
La stratégie propose de réviser certains objectifs fixés en 2002, notamment en ce qui concerne les taux de participation à l’éducation et à l’accueil des jeunes enfants. L’objectif, à atteindre d’ici 2030, est passé de 33 % à au moins 50 % pour les enfants de moins de trois ans.
« La proposition ne se limite pas à des objectifs chiffrés : nous incluons également des recommandations politiques complètes à l’intention des États membres », a déclaré la commissaire à l’égalité, Helena Dalli.
Un autre élément clé de la stratégie est l’échange de bonnes pratiques et de modèles innovants entre les États membres.
« Nous savons tous que les soins sont principalement une responsabilité nationale. Mais je pense que l’Union peut apporter une contribution très importante », a déclaré M. Schmitt.
C’est pourquoi la stratégie recommande aux États membres de nommer des coordinateurs nationaux des soins de longue durée, chargés d’organiser et de coordonner les politiques de soins dans leur pays.
« Nous continuerons à aider les États membres à atteindre ces nouveaux objectifs et à mettre en œuvre ces recommandations, notamment par le biais des financements européens existants, du renforcement des capacités et du suivi », a conclu Mme Dalli.
Améliorer les conditions de travail des soignants et des aidants
Les premières réactions à la stratégie ont été globalement positives, avec la réserve cependant qu’il aurait fallu mettre davantage l’accent sur le rôle des aidants.
Les députés européens se sont exprimés sur la stratégie en juillet dernier lorsqu’ils ont présenté un rapport d’initiative appelant la Commission et les gouvernements de l’UE à définir un cadre législatif pour mieux réglementer les conditions de travail des soignants et rendre la profession plus attrayante.
Les législateurs ont recommandé aux États membres de faciliter la formation des soignants formels et informels afin de lutter contre la violence et le harcèlement dans le secteur des soins.
À l’époque, les rapporteurs de l’initiative parlementaire étaient l’eurodéputée finlandaise de centre-droit Sirpa Pietikäinen et le socialiste slovène Milan Brglez, issus à la fois des commissions des droits des femmes (FEMM) et de l’emploi (EMP).
Ils ont tous deux été contactés par EURACTIV pour partager leurs premières réflexions sur la stratégie de la Commission.
« La Commission reconnaît qu’il n’y a pas de soins de bonne qualité si les conditions de travail ne sont pas en ordre et si le personnel n’est pas motivé et ne se sent pas bien », a déclaré Mme Pietikäinen à EURACTIV.
Selon elle, la proposition de la Commission tient compte, par exemple, de la transition vers des soins de proximité, d’une meilleure prise en compte des besoins personnels des bénéficiaires de soins et des soignants, ou encore d’environnements de vie conviviaux pour les personnes âgées.
« Il y a beaucoup de bonnes choses ici. La stratégie est sans aucun doute un pas en avant dans la mesure où nous parlons ensemble des soins au niveau de l’UE », a-t-elle déclaré.
Cependant, elle a ajouté que le soutien aux aidants informels est faible dans la proposition de la Commission, alors que c’était l’un des principaux points de l’initiative du Parlement.
« Le Parlement voulait beaucoup plus d’ambition pour soutenir les soins informels, mais cela n’est pas encore visible dans cette proposition », a-t-elle conclu.
De même, le co-rapporteur M. Brglez a salué la présentation, affirmant qu’elle démontre que la Commission, le Parlement et les parties prenantes ont enfin commencé à parler le même langage lorsqu’il s’agit de reconnaître le droit aux soins et les soins comme un bien public.
« Il est clair, cependant, que le niveau de nos ambitions diffère encore considérablement », a-t-il déclaré, mentionnant que la position du Parlement ne considère la stratégie en matière de soins que comme une première étape vers un accord européen sur les soins.