L'UE réfléchit à sa stratégie alors que le Kazakhstan renforce son partenariat avec la Chine
L'UE est le premier partenaire commercial et d'investissement du Kazakhstan, mais elle doit renforcer sa coopération dans les domaines de l'écologie et du numérique.
La nouvelle phase de développement du Kazakhstan, qui redessine la dynamique de l’Asie centrale, et l’approfondissement de son partenariat stratégique avec la Chine soulèvent des questions quant à la place de l’Union européenne dans ce paysage en pleine évolution.
Ce pays enclavé se positionne comme une puissance moyenne montante en Eurasie, se modernisant sur le plan intérieur tout en maintenant et en approfondissant ses liens stratégiques avec de multiples partenaires mondiaux.
Mais cette double trajectoire soulève des questions quant au rôle de l’UE au Kazakhstan, à la fois en tant que premier partenaire commercial du pays et en tant que puissance cherchant à éviter une dépendance excessive, notamment vis-à-vis de la Chine.
« Étoile montante »
Fin août et début septembre, le président Kassym-Jomart Tokayev s’est rendu en Chine pour participer à la réunion de l’Organisation de coopération de Shanghai à Tianjin et à la huitième réunion du Conseil commercial Chine-Kazakhstan à Pékin.
À travers ces plateformes, M. Tokayev a mis en avant le statut du Kazakhstan en tant que pays en plein essor, avec un PIB qui devrait dépasser les 300 milliards de dollars d’ici la fin de l’année et des réformes visant à attirer des investissements à grande échelle.
De multiples initiatives et un régime de visas plus libéral visent à positionner le pays comme un pôle d’attraction pour les capitaux étrangers et un centre d’innovation dans des domaines tels que l’intelligence artificielle et les technologies vertes.
D’importants projets sont en cours pour diversifier l’économie au-delà des hydrocarbures, allant des usines de composants pour éoliennes aux usines de verre, d’automobiles et d’acier, notamment soutenus par des partenaires chinois.
Une coopération remarquable
Le commerce bilatéral avec la Chine a atteint un niveau record de 44 milliards de dollars en 2024.
Plus de 6 000 entreprises soutenues par la Chine opèrent au Kazakhstan, investissant dans des projets pétroliers et gaziers, l’énergie nucléaire, la pétrochimie, les corridors de transport, les pôles logistiques, l’agriculture et les technologies numériques.
Des projets phares tels que la route internationale de transport transcaspienne et la modernisation de la raffinerie de pétrole de Shymkent illustrent la manière dont l’initiative « Belt and Road » continue de façonner le rôle du Kazakhstan en tant que plaque tournante du transit eurasien.
Au niveau diplomatique, le Kazakhstan et la Chine projettent leur partenariat à travers l’Organisation de coopération de Shanghai, que Tokayev a décrite comme une plateforme essentielle pour la stabilité, l’intégration économique et l’innovation numérique.
Double trajectoire
Pour Bruxelles, cette trajectoire présente à la fois des défis et des opportunités.
D’une part, l’expansion rapide de l’empreinte chinoise au Kazakhstan risque de placer le pays dans l’orbite de Pékin à un moment où l’Union européenne ne sait pas trop quoi penser de la Chine, mais cherche à réduire ses vulnérabilités dans des secteurs stratégiques.
D’autre part, Astana a toujours montré sa volonté de mener une diplomatie multivectorielle, en cherchant activement à diversifier ses partenaires, et reste ouverte à l’élargissement de ses relations avec l’Europe.
L’UE est déjà le premier partenaire commercial et d’investissement du Kazakhstan, en particulier dans les domaines des matières premières critiques, de la transition énergétique et de la connectivité des transports, avec un potentiel inexploité d’expansion dans d’autres secteurs également.
Partenaire de choix
Mais si l’Europe veut rester un partenaire important, elle doit agir de manière stratégique.
Cela signifie accélérer la coopération dans le domaine des technologies vertes et numériques, développer la connectivité des infrastructures et soutenir les aspirations du Kazakhstan à développer des industries de transformation plutôt que de rester un simple exportateur de matières premières.
Cela nécessite également une approche lucide de la sécurité en Asie centrale, où la stabilité régionale recoupe les intérêts stratégiques de l’Europe.
Le président chinois Xi Jinping a qualifié la relation entre la Chine et le Kazakhstan de « compagnons de route sur la voie de la modernisation ». Le président kazakh partage ce sentiment.
Pour l’Europe, la question est de savoir si elle peut également accompagner le Kazakhstan, non pas pour concurrencer Pékin, mais pour se forger un rôle de partenaire de choix en matière de croissance durable, d’innovation technologique et d’équilibre géopolitique.