L’Ukraine se dit « profondément déçue » par les déclarations du Président croate

Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadrice de Croatie à la suite des commentaires virulents du Président croate sur l’Ukraine.

EURACTIV Croatie
NATO Summit in Brussels
Le Président croate, Zoran Milanovic, lors d’un sommet de l’OTAN au siège de l’OTAN à Bruxelles, le 14 juin 2021. L’alliance espère réaffirmer son unité et discuter des relations de plus en plus tendues avec la Chine et la Russie, au moment où elle retire ses troupes d’Afghanistan après 18 ans de présence dans la région. [Pool/EPA/EFE]

Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadrice de Croatie, Anica Džamić, mercredi 26 janvier, à la suite des commentaires virulents du Président croate Zoran Milanović sur l’Ukraine. Ce dernier a notamment déclaré que le pays était l’un des plus corrompus au monde et qu’il n’avait pas sa place dans l’OTAN.

M. Milanović, un ancien social-démocrate connu pour ses remarques franches et virulentes, a déclaré mardi que la Croatie ne mettrait pas en place une présence militaire en Ukraine en cas d’invasion russe et que les événements survenus en Ukraine en 2014, surnommés « Révolution de la dignité », étaient un coup d’État militaire.

Il a également déclaré que l’Europe n’avait pas fait assez pour aider Kiev, et que les tensions à la frontière entre l’Ukraine et la Russie étaient une conséquence de la politique intérieure des États-Unis.

Dans un communiqué publié mardi soir, le ministère ukrainien a déclaré que les propos de M. Milanović sur les événements de 2014 avaient offensé les Ukrainiens et les ressortissants étrangers qui avaient donné leur vie pour l’avenir européen de l’Ukraine.

« Les déclarations du Président croate sur l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN ainsi que sur la distanciation de la Croatie de l’aide apportée à notre pays lors de l’agression russe ont provoqué une profonde déception », peut-on lire dans le communiqué, ajoutant qu’une telle approche « va à l’encontre des valeurs humaines en général, compte tenu de la douloureuse expérience des guerres de la nation croate ».

« Le Président croate a montré son mépris et son ingratitude pour l’aide que l’Ukraine et les Ukrainiens ont apportée à la Croatie durant sa lutte pour l’indépendance, ainsi que dans la lutte contre les incendies dévastateurs qui ont eu lieu l’année dernière », poursuit le ministère.

La partie ukrainienne a déclaré que Kiev est convaincue que « cette ingratitude est un trait personnel » du Président et n’est pas partagée par le peuple croate, avec lequel « nous sommes unis par l’amitié et le respect mutuel ».

Le ministère ukrainien a également déclaré que les déclarations de M. Milanović « suivent le discours de la propagande russe, ne correspondent pas à la position officielle de la Croatie en faveur de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, nuisent aux relations bilatérales et sapent l’unité au sein de l’UE et de l’OTAN face aux menaces qui pèsent actuellement sur la sécurité en Europe ».

Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a exigé que « les déclarations insultantes du président de la Croatie » soient réfutées publiquement. Il a également demandé que ces déclarations ne se reproduisent pas à l’avenir.

L’ambassadeur d’Ukraine est également censé présenter une démarche similaire à Zagreb.

Dans le même temps, le Premier ministre conservateur croate, Andrej Plenković, a présenté ses excuses à l’Ukraine, « l’un des premiers pays à avoir reconnu la Croatie », après les déclarations de M. Milanović.

Le Premier ministre ukrainien Denys Shmyhal a exprimé sa gratitude envers M. Plenković sur Twitter mercredi en le remerciant « pour son soutien indéfectible à l’Ukraine en ce moment de vérité ».

M. Plenković et M. Milanović sont des adversaires politiques. Au niveau de l’UE, la Croatie est représentée par son Premier ministre, tandis que le rôle du Président est essentiellement protocolaire, outre le fait qu’il est le commandant suprême de l’armée et un co-concepteur de la politique étrangère.