Malgré les perplexités, Emmanuel Macron lance le Conseil national de la refondation

Alors que les oppositions boycottent l’initiative et que les corps intermédiaires peinent à cacher leurs doutes sur le « Conseil national de la refondation » (CNR), le président ouvre jeudi une nouvelle instance de dialogue, censée rompre avec la verticalité de la prise de décision.

Euractiv France
French President Macron addresses the media following talks with German Chancellor Scholz via video link
Le président de la République Emmanuel Macron, lors d'une conférence de presse au Palais de l'Elysée le 5 septembre dernier. [EPA-EFE/LUDOVIC MARIN / POOL MAXPPP OUT]

Alors que les oppositions boycottent l’initiative et que les corps intermédiaires peinent à cacher leurs doutes sur le « Conseil national de la refondation » (CNR), le président ouvre jeudi (8 septembre) une nouvelle instance de dialogue, censée rompre avec la verticalité de la prise de décision.

Annoncé entre l’élection présidentielle et les élections législatives d’avril et juin 2022, le but du Conseil national de la refondation est d’inaugurer une méthode nouvelle de débat et de décision par-delà les clivages politiques.

Ainsi, dans la lettre envoyée aux responsables publics invités, le chef de l’État exhorte à « laisser de côté les querelles partisanes pour répondre aux urgences du pays et aux grandes transformations du monde, sociales, énergétiques, écologiques et numériques ».

Une « nouvelle méthode », indique l’Élysée, qui doit introduire davantage d’horizontalité dans la prise de décision, réunissant autant les responsables politiques de tout bord, que le monde associatif et syndical et les représentants des collectivités territoriales.

Une première journée de travail se déroulera à Marcoussis, en Essonne, qui verra ses participants débattre de sujets aussi divers que le plein-emploi et l’industrialisation, l’école, la santé, le « bien vieillir » et la transition écologique, a précisé l’Élysée. Des rencontres destinées à se renouveler dans le temps, pour inscrire le débat dans le temps long.

L’opposition et de nombreux syndicats aux abonnés absents

Malgré la bonne volonté de l’exécutif, cette première pierre d’une refondation du pays est loin d’avoir conquis tous les invités : l’intégralité des partis politiques d’opposition sera absente.

Le patron des socialistes Olivier Faure s’interroge sur l’utilité du CNR et explique l’absence de la gauche autour de la table par le fait que le président se serait montré sourd, selon lui, aux revendications de la NUPES.

A droite, la présidente par intérim des Républicains Annie Genevard dénonçait « une mise en scène » mercredi (7 septembre), arguant que les constats sur l’état du pays sont déjà faits et que « maintenant, il faut agir ».

Même Gérard Larcher, pourtant président du Sénat – deuxième plus haute fonction du pays après le chef de l’État – a décliné l’invitation de M. Macron, en s’inquiétant d’une « confusion des genres entre démocratie participative et démocratie représentative [qui] ne fera pas avancer les choses ».

Chez les Insoumis aussi, par la voix de Thomas Portes, ou encore au Rassemblement national, avec Jordan Bardella, les accusations d’un contournement du Parlement par Emmanuel Macron fusent.

Or François Bayrou, proche du président, assure que « le CNR s’intéresse au long terme » et n’a donc pas vocation à formuler des propositions immédiates, en ce qu’il sert à « conduire du constat à une idée de l’avenir ». Autrement dit, selon le maire de Pau et haut-commissaire au Plan, désormais aussi secrétaire général du CNR, aucune Chambre ne doit craindre d’être « remplacée » par la nouvelle instance.

Autres grands absents, la Confédération générale des travailleurs (CGT) et Force ouvrière (FO), lassées d’un président qui aurait trop méprisé le monde syndical pendant le quinquennat précédent, mais aussi le syndicat des cadres (CFE-CGC).

Ceux qui prendront la peine de se déplacer ne cachent pas mieux leur perplexité. Le président de l’Association des Départements de France François Sauvadet s’est dit « dubitatif » quant à la méthode proposée. Même son de cloche pour le « patron des patrons », Geoffroy Roux de Bézieux, qui a avoué « [douter] de l’efficacité d’une organisation à soixante personnes ». 

Au sein même de la majorité présidentielle, l’enthousiasme n’est pas toujours débordant : Édouard Philippe étant empêché pour des raisons d’agenda, son parti Horizons sera représenté par Stéphanie Guiraud-Chaumeil, maire d’Albi, inconnue du grand public.

Interrogée à l’issue du séminaire de rentrée de l’exécutif le 31 août dernier, la Première ministre Elisabeth Borne s’étonnait d’un refus de discuter de la part des oppositions, jugé paradoxal, pour lesquelles, malgré tout, « la porte reste ouverte ».

La cheffe du gouvernement veut croire que « la qualité des travaux […] permettra peut-être de les convaincre de rejoindre le mouvement ».