Marc Fesneau dévoile un calendrier pour sortir l'agriculture de l'ornière

Le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau a fait un bilan des mesures françaises et européennes en cours et à venir lors du congrès annuel de la FNSEA, le principal syndicat agricole, afin de répondre à la colère des agriculteurs.

Euractiv France
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Près de deux mois après les l’annonce de 62 propositions françaises et européennes par le gouvernement, le syndicat attendait le ministre de pied ferme pour éviter un nouvel embrasement. [Alexandros Michailidis / Shutterstock]

Le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, a fait un bilan des mesures françaises et européennes en cours et à venir lors du congrès annuel de la FNSEA, le principal syndicat agricole, afin de répondre à la colère des agriculteurs.

Marc Fesneau était attendu au tournant. Lors de son discours de clôture du Congrès annuel de la FNSEA, le syndicat majoritaire, le ministre de l’Agriculture est venu avec des mesures « concrètes » et un calendrier précis pour rassurer les agriculteurs.

« En deux mois seulement, nous avons avancé comme jamais et […] nous avons accéléré pour changer de logiciel au niveau national comme au niveau européen », a-t-il assuré devant les militants.

La veille, le président de la FNSEA Arnaud Rousseau avait affirmé sur France bleu que la crise agricole n’était « pas encore derrière nous ».

Près de deux mois après les l’annonce de 62 propositions françaises et européennes par le gouvernement, le syndicat attendait le ministre de pied ferme pour éviter un nouvel embrasement.

Loi d’orientation agricole

Lors de son discours, M. Fesneau a égrainé les mesures déjà prises, comme les soutiens fiscaux – sur le gazole notamment -, les aides financières – événements climatiques, maladie hémorragique épizootique (MHE) pour les éleveurs, etc.

Une série de simplifications seront également inscrites dans la loi d’orientation agricole qui sera présentée mercredi 3 avril au gouvernement et examinées par le Parlement début mai.

Le but : sécuriser la profession, faciliter le travail des agriculteurs et améliorer l’attractivité du métier. Devraient par exemple figurer dans la loi des délais supplémentaires pour la construction d’ouvrages agricoles ou encore des facilitations sur l’accès à l’eau ou la taille des haies.

Le ministre espère un vote de la loi courant juin pour que les applications concrètes puissent se ressentir dans les fermes dès l’automne.

« Je le dis devant les parlementaires qui sont présents, il faudra que le débat permette d’aller plus loin et de simplifier tout ce qui peut l’être », a-t-il insisté.

Le texte inscrit par ailleurs l’agriculture en tant qu’« intérêt général majeur » pour notre pays, ce qui permettra à plus long terme de faire de l’agriculture une priorité des actions du pays.

Simplification de la PAC

Le ministre est longuement revenu sur les travaux de simplifications menés à Bruxelles.

Outre les dérogations obtenues sur l’obligation des 4 % de jachères (BCAE8) ou la protection des prairies permanentes (BCAE1), il a salué la révision de la PAC validée mardi (26 mars) en Conseil des ministres.

Les 27 se sont en effet mis d’accord sur de nouvelles souplesses sur presque toutes les conditionnalités de paiement.

« Vous l’attendiez, il s’agit d’une simplification majeure », s’est félicité Marc Fesneau, qui promet une application de ces mesures pour 2024 et « pour toute la période de l’actuelle PAC ».

« La priorité politique, désormais, c’est de faire en sorte que le parlement européen adopte à son tour ces nouvelles mesures d’ici la fin du mois d’avril et je suis totalement mobilisé pour qu’on y arrive », a-t-il ajouté.

Politique commerciale

Il a aussi insisté sur la recherche du « bon équilibre » entre la « vocation exportatrice » de la France et de l’UE, et la « nécessité de protéger » les producteurs de la concurrence déloyale.

C’est la raison pour laquelle il s’est opposé aux accords commerciaux entre l’UE et le Mercosur d’une part et l’Australie d’autre part, afin de ne pas importer des pratiques que l’UE interdit sur son sol, a-t-il martelé.

Sur les exportations ukrainiennes, il a renouvelé la volonté de la France de soutenir le pays, bien que cette solidarité ait, selon lui, des « limites ». Raison pour laquelle il a encouragé des freins d’urgences, obtenus auprès de la Commission européenne, pour la volaille, le sucre et les œufs.

« Je travaille à la prise en compte d’une période de référence qui englobe 2021 et à l’intégration dans le frein d’urgence des céréales, en particulier le blé tendre de moyenne et basse qualité et l’orge », a-t-il ajouté.

« Je veux que la Commission européenne se mette immédiatement en capacité de prendre les mesures de sauvegarde d’ici au nouveau règlement, en cas d’augmentation massive des importations ukrainiennes ».

Egalim européen

Pour que l’agriculture européenne retrouve sa « puissance », le ministre a enfin plaidé pour une plus forte harmonisation des règles au sein de l’Union.

Un Egalim européen – du nom des lois françaises – fait notamment partie des leviers proposés par la France afin de garantir un revenu pour les agriculteurs européens et rééquilibrer les négociations commerciales avec les grandes surfaces et industriels.

La veille de son discours, sur France Inter, il s’est dit « satisfait » de voir que cette proposition faisait son chemin à Bruxelles. Il a annoncé en avoir discuté avec son collègue allemand, Cem Özdemir, et le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski, qui s’est dit « intéressé » par cette initiative.

Un travail qui sera réalisé cette année, assure Marc Fesneau.