Marine Le Pen présente sa manière de gouverner

Marine Le Pen entend « faire face à une crise démocratique sans précédent », grâce à un recours accru à la démocratie directe au détriment du système représentatif, qu'elle souhaite aussi réformer.

Euractiv France
Marine Le Pen in Vernon
Lors d’une conférence de presse mardi (12 avril) à Vernon, la candidate d'extrême droite à l’élection présidentielle Marine Le Pen, qui affrontera Emmanuel Macron dans les urnes le 24 avril prochain, a présenté celle que serait sa manière de gouverner le pays, si elle était élue. [EPA-EFE/YOAN VALAT]

Lors d’une conférence de presse mardi (12 avril), la candidate à l’élection présidentielle Marine Le Pen, qui affrontera Emmanuel Macron dans les urnes le 24 avril prochain, a présenté quelle serait sa manière de gouverner le pays, si elle était élue.

Par son projet, la candidate entend « faire face à une crise démocratique sans précédent », notamment grâce à un recours accru à la démocratie directe au détriment du système représentatif, qu’elle souhaite aussi réformer.

Mais les mesures qu’elle porte ont aussi pour objectif de contourner un à un les obstacles qui empêchent l’extrême droite française d’accéder au pouvoir.

Une « révolution référendaire »

Parmi les slogans proférés avec insistance avant le premier tour par Marine Le Pen et ses supporters, « si le peuple vote, le peuple gagne » donne un avant-goût de ce que pourrait être une présidence lepéniste.

Non seulement Mme Le Pen propose l’instauration du « referendum d’initiative populaire », elle garantit aussi qu’elle s’en servira de manière massive : « je compte donc consulter le seul expert qu’Emmanuel Macron n’a jamais consulté : le peuple ! », s’est-elle exclamée devant les journalistes, ironisant sur le recours du gouvernement sortant aux cabinets de conseil.

Selon elle, il est aussi « beaucoup plus sain le peuple qui vote [plutôt] que les deux chambres » concernant les révisions constitutionnelles. Un court-circuitage de la démocratie représentative utile pour Mme Le Pen et les partis extrêmes en général, étant donné leur difficulté à faire élire des députés avec le système actuel, et a fortiori à constituer une majorité en cas de victoire à l’élection présidentielle.

Face au risque d’une cohabitation, le referendum évite la nécessaire négociation avec les oppositions, en s’en remettant directement au peuple.

Réforme de la démocratie représentative

Dans le même esprit, l’élection des députés serait réformée : Mme Le Pen souhaite qu’au moins les deux tiers d’entre eux soient élus par un scrutin proportionnel. Automatiquement, le nombre d’élus du Rassemblement national augmenterait, tout comme ceux des autres partis politiques plus radicaux, ce qui permettrait une « juste représentation des sensibilités qui s’expriment dans le pays », selon la candidate.

Pour conjurer le risque d’une instabilité politique au Parlement, le tiers de députés restant constituerait une prime majoritaire pour renforcer le gagnant de l’élection. Aucune réforme de la répartition des pouvoirs n’est envisagée, alors qu’elle est déjà plutôt déséquilibrée au profit de l’exécutif, et au détriment du pouvoir législatif.

Quant à la présidence de la République, Mme Le Pen souhaite instaurer un mandat de sept ans, non renouvelable, à la place du quinquennat renouvelable une fois.

Ces réformes permettraient d’assurer à l’extrême droite un nombre d’élus bien plus important que ceux qui siègent actuellement à l’Assemblée nationale, pouvant rendre le parti de Mme Le Pen majoritaire. Et même si son groupe ne l’était pas, cela lui donnerait une force de négociation indispensable pour les tractations avec les autres groupes afin de former un gouvernement.

En tout état de cause, Mme Le Pen souhaite la constitution d’un « gouvernement d’union nationale », un « rassemblement contre l’européisme forcené d’[Emmanuel] Macron », avait déclaré David Rachline, maire de Fréjus, membre du premier cercle proche de la candidate, à EURACTIV France à la soirée électorale de Marine Le Pen.

Elle ferait ainsi appel à des personnalités de droite et de gauche. Ici aussi, il s’agirait d’une manière de contourner un problème qui lui est fréquemment reproché, qui est de ne pas avoir assez de personnes suffisamment compétentes dans son entourage pour assurer les plus hautes fonctions de l’État.

Pour faciliter la vie démocratique de certaines formations politiques, Marine Le Pen souhaite aussi créer une « banque de la démocratie », idée aussi soutenue par certains membres de la majorité d’Emmanuel Macron et jamais mise en place, malgré un vote favorable sous le quinquennat qui s’écoule.

Cette institution aurait pour but d’aider les partis et les candidats à financer leurs campagnes électorales, lorsque les banques nationales sont réticentes à leur octroyer des prêts. Pour rappel, Marine Le Pen avait dû recourir à des emprunts auprès de banques russes par le passé, et plus récemment, pour l’élection de 2022, elle a été financée par une banque hongroise, à hauteur de 10,6 millions d’euros, comme nous l’avions rapporté il y a déjà plusieurs semaines.

Le rapport aux médias

Dans cette même conférence de presse, Marine Le Pen a été interrogée sur son rapport aux médias, élément essentiel dans un régime démocratique. Elle s’est dite « effarée par la manière dont Emmanuel Macron traite les médias », en référence au refus du président candidat de se rendre dans certaines émissions dans le cadre de la campagne présidentielle. Son entourage justifie ces refus pour des raisons d’agenda.

Elle s’est alors expliquée sur le fait d’avoir écarté systématiquement des journalistes de ses déplacements au motif qu’ils travailleraient pour « des émissions de divertissement », comme Quotidien, diffusé sur la chaîne TMC. Elle assure que c’est elle qui décide qui accréditer, et rappelle qu’elle fait accréditer « y compris des médias qui sont extrêmement hostiles » au Rassemblement national.

Selon son opposant Emmanuel Macron, il s’agirait, avec d’autres mesures de son adversaire, du « début d’une dérive autoritaire », qui montre « le vrai visage de l’extrême droite », malgré les efforts du camp de Mme Le Pen pour le cacher. « Ce qu’elle veut faire, c’est ce qu’on voit en Hongrie » a conclu le candidat centriste.

D’autres médias ont aussi été exclus, comme les journalistes travaillant pour le média en ligne Les Jours, composé d’anciens de Libération, quotidien considéré de gauche.

Mercredi matin (13 avril), lors d’un déplacement surprise dans une usine à Gennevilliers, Le Monde, Libération, l’Obs et l’Express n’avaient pas été conviés.

Le quotidien Le Monde fait aussi état de tractations difficiles pour l’organisation du débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen : cette dernière aurait opposé son véto au choix de plusieurs journalistes de la chaîne du service public France 2 en raison de leur supposée « hostilité » envers la candidate, ainsi qu’au réalisateur de l’émission.

Un comportement déjà tenu pour l’organisation d’autres émissions avant le premier tour. Pour être complet, l’équipe d’Emmanuel Macron a aussi refusé au moins un nom pour le débat de l’entre deux tours.

L’ensemble de ces réformes n’ont pas pour autant vocation à changer de République – comme a pu le proposer M. Mélenchon, candidat de la gauche radicale – selon Mme Le Pen, qui veut « donner la parole au peuple » dans le quinquennat qui vient.