Martin Schulz plaide en faveur de la confiance mutuelle en amont d'un vote sur l'austérité en Grèce
Devant le parlement grec hier (28 février), le président du Parlement européen, Martin Schulz, a affirmé que selon lui l'avenir de la Grèce était au sein de la zone euro. Il a mis en garde l'assemblée contre des divisions dangereuses alimentées par la crise.
Devant le parlement grec hier (28 février), le président du Parlement européen, Martin Schulz, a affirmé que selon lui l'avenir de la Grèce était au sein de la zone euro. Il a mis en garde l'assemblée contre des divisions dangereuses alimentées par la crise.
Devant les députés et les dirigeants des trois principaux partis, George Papandreou, Antonis Samaras et George Karatzaferis, M. Schulz a souligné que la crise de la zone euro était empoisonnée par la suspicion, la méfiance et un manque de solidarité mutuelle.
« Je suis peiné de voir qu'un pays jadis ardemment pro-européen se détourne à présent de l'Union européenne, mû par la déception et la colère. J'ai été profondément bouleversé de voir des personnes brûler, dans leur désespoir, des drapeaux européens dans les rues d'Athènes. Le fait que ce drapeau, symbole d'unité et de paix, de démocratie et de solidarité, soit devenu pour certains le symbole de la domination et de l'égoïsme, doit nous ouvrir les yeux sur le drame qui se joue ici et dans toute l'Europe. »
M. Schulz est le premier leader européen à se rendre en Grèce depuis avril 2011, une période durant laquelle la population a dû subir des réductions massives des salaires et des retraites dans le cadre des réformes exigées par l'UE et le FMI en échange du plan de sauvetage.
Le voyage de M. Schulz, qui est Allemand, a coïncidé avec le vote sur un paquet de mesures visant des réductions strictes des salaires et des retraites qui ont suscité de vifs débats entre les députés grecs. Les députés ont adopté le paquet avec 202 votes en faveur et 80 contre lors d'un vote par appel nominal.
Bien que M. Schulz représente le Parlement européen, il s'est également exprimé en sa qualité d'eurodéputé allemand. Son pays a récemment soutenu le renflouement grec à raison de 496 voix en faveur du plan de sauvetage, mais 62 % de la population allemande est opposée à ce second plan.
« Je suis attristé que cette crise mette progressivement à mal les liens amicaux qui unissent depuis des décennies la Grèce et l'Allemagne. Nos relations n'ont jamais été simples, comme en témoigne la vie de votre président, M. Papoulias: à l'âge de 14 ans, il s'est engagé dans l'armée de libération de la Grèce, dans sa région d'origine, en Épire, pour combattre l'occupant allemand. L'Allemagne hitlérienne avait envahi la Grèce en y causant de terribles ravages. Plus tard, dans les années soixante, M. Papoulias est venu étudier le droit en Allemagne. »
« [Aujourd'hui] mon pays respecte son devoir de solidarité, en se portant garant de la Grèce à hauteur de la moitié de son budget annuel », a-t-il déclaré.
Face aux critiques exprimées par ceux qui pensent que l'Europe est actuellement dirigée par un petit nombre de pays, dont l'Allemagne, M. Schulz a répondu que son pays faisait seulement partie de l'organe de prise de décision du Conseil européen et que chaque décision était prise à l'unanimité. « Pour un socialiste allemand, il est presque incompréhensible de défendre Mme Merkel, mais à ce stade, il est essentiel d'éviter les généralisations et de viser des pays spécifiques. »
« Je souhaite donc de tout cœur que les affronts soient oubliés et que les blessures cicatrisent, que notre relation soit de nouveau empreinte de respect, de dialogue et de collaboration, et que cessent l'arrogance, les jugements à l'emporte-pièce et le dénigrement. Je souhaite que nous soyons des partenaires et non des adversaires au sein de l'Europe. »
Le premier ministre italien, Mario Monti, s'est révélé du même avis et a condamné la dangereuse tendance à la catégorisation des pays en « bons et méchants ».
Retour à la croissance
M. Schulz a souligné qu'il serait essentiel que la Grèce présente des initiatives fondées sur la croissance pour relancer son économie et créer de nouveaux emplois, afin de remettre le pays sur les rails.
« La Grèce a besoin de mesures visant à rebâtir la confiance. Un taux de chômage de 45 % chez les jeunes est inacceptable et nous risquons de perdre une génération si nous n'agissons pas. La détresse de la Grèce est la détresse de l'Europe ; nous sommes tous dans le même bateau », a-t-il déclaré à l'issue d'une réunion avec le président grec, Karolos Papoulias. Le président se demande quant à lui si le peuple grec pourra supporter des réductions supplémentaires.
Dans le même temps, l'agence de notation Standard & Poor's a dégradé la note de la Grèce au niveau de « défaut de paiement sélectif » suite à la conclusion d'un accord sur un échange d'obligations avec les créditeurs privés.
« La Grèce doit rester dans la zone euro – il en va de son intérêt et de celui de l'Europe. En sauvant l'euro, nous sauvons l'idéal européen », a-t-il affirmé.