La Roumanie passe à côté de fonds européens de relance post-pandémique

La controverse politique autour de lois anti-corruption draconiennes a également déclenché un différend avec Bruxelles concernant les financements européens accordés à la Roumanie

EURACTIV.com
[Photo : Giannis Alexopoulos/NurPhoto via Getty Images]

BUCAREST – La Roumanie s’apprête à perdre environ 770 millions d’euros de fonds de relance de l’UE, son gouvernement d’intérim et son parlement n’ayant pas réussi à adopter une réforme clé avant la date butoir du 31 août.

Cette réforme, qui s’inscrit dans le cadre du Plan national de relance et de résilience (PNRR) de la Roumanie, visait à réformer la grille salariale du secteur public et est liée aux derniers jalons à franchir par le pays pour obtenir les fonds de relance. Des désaccords politiques ont empêché le Parlement de l’adopter à temps, a confirmé vendredi la présidence roumaine.

Le non-respect de cette échéance signifie que ces fonds devraient être perdus, alors même que le gouvernement avait déjà intégré ces sommes dans ses budgets et ses projets en cours. Ces coûts pèseront désormais sur les finances publiques roumaines, déjà mises à rude épreuve.

Le ministre chargé des Fonds européens, Dragoș Pîslaru, a estimé que la Roumanie absorberait tout de même plus de 90 % des subventions disponibles au titre du fonds de relance post-pandémique de l’UE.

Un ensemble de mesures d’intégrité distinct, lié au PNRR et adopté cette semaine, a également suscité la controverse au niveau européen, car il permet d’exclure des élus de leurs fonctions en raison de cas passés d’incompatibilité ou de conflits d’intérêts. Le Premier ministre par intérim, Ilie Bolojan, a soutenu cette mesure bien qu’il ait qualifié l’une de ses dispositions d’« immorale ».

Des personnalités du PPE (conservateurs) et de Renew Europe (libéraux) ont affirmé que l’« amendement Fritz » vise le maire de Timișoara, Dominic Fritz, par le biais d’une disposition rétroactive susceptible de le démettre de ses fonctions en raison d’une incompatibilité administrative désormais résolue. Le PPE et Renew Europe ont tous deux exhorté la Commission européenne à suspendre ce versement en raison de cette disposition.

La Commission a toutefois refusé de commenter, indiquant que le paquet d’intégrité serait évalué dans le cadre de la sixième demande de versement de la Roumanie, qui n’a pas encore été soumise.

L’ancien Premier ministre et ministre des Finances Florin Cîțu, qui a négocié le plan de relance de la Roumanie, a déclaré à Euractiv que 9 milliards d’euros supplémentaires de subventions auraient pu être obtenus pour les infrastructures si les gouvernements qui lui ont succédé avaient accepté de poursuivre dans la voie qu’il leur avait tracée : « un État plus petit et plus léger, doté d’une économie plus compétitive et plus efficace ».

Il a accusé la classe politique actuelle de « faire passer les intérêts partisans et personnels avant ceux de la Roumanie ».

Le président Nicușor Dan subit des pressions pour nommer un Premier ministre capable d’obtenir une majorité parlementaire depuis qu’une motion de censure a fait tomber le gouvernement précédent en mai.

Lors d’une conférence de presse en Moldavie jeudi, il a de nouveau refusé de nommer un candidat, affirmant que les consultations reprendraient en septembre.

Dan a également essuyé des critiques cette semaine pour avoir continué à soutenir le général Lucian Pahonțu, chef des services de sécurité chargés de protéger les responsables roumains, après qu’une enquête médiatique a révélé qu’il avait pris part à la répression violente des manifestants lors de la révolution de 1989 qui a renversé le régime communiste.

(cs, bw)