Menace sur la bière : les producteurs de malt frappés par la crise énergétique

La filière tire la sonnette d’alarme face à l’explosion des coûts de l’énergie. La France est le premier exportateur européen de malt et le deuxième au niveau mondial.

EURACTIV France avec AFP
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La France est le premier exportateur de malte. 85 % de sa production est exportée à l’étranger. [allstars / Shutterstock]

La filière tire la sonnette d’alarme face à l’explosion des coûts de l’énergie. La France est le premier exportateur européen de malt et le deuxième au niveau mondial. 

Après l’appel à l’aide des brasseurs de France asphyxiés par la hausse exceptionnelle des coûts de production (matières premières, emballages, énergie, transports…), les malteurs alertent « contre les conséquences dramatiques de la crise énergétique sur leur profession », fait savoir le syndicat Malteurs de France.

Le malt est l’ingrédient principal de la bière de consommation, celui qui donne son goût sucré et détermine sa couleur. Il est le produit de la germination partielle et du séchage des céréales – l’orge principalement.

La France, premier exportateur européen, consacre 85 % de sa production à l’exportation, vers l’UE, l’Afrique, mais aussi l’Asie et l’Amérique du Sud. Une bière sur cinq consommée dans le monde est composée d’orge malté français.

Mais les procédés de fabrication – le séchage notamment – nécessitent beaucoup d’énergie, en particulier du gaz (à 80 %), « malgré d’importants efforts réalisés ces dernières années pour réduire ses consommations » précise le syndicat.

« Le prix du gaz a doublé, et même triplé cette année en Europe, en l’espace d’un an, confie à EURACTIV Olivier Hautin directeur général de Malteurop, l’un des leaders mondiaux de l’industrie du Malt.

Les professionnels craignent donc des pertes de marché massives de la France liées à une baisse de sa compétitivité sur les marchés internationaux, au profit des malteurs américains notamment.

Malteurs de France demande aux pouvoirs publics de faciliter l’accès aux aides pour ces grosses productions très énergivores.

Pour Olivier Hautin, « l’Etat français n’a pas conscience de la taille de ce secteur et sa fragilisation. Et en Europe, chacun regarde son nombril. L’Espagne s’en sort mieux, car le pays est moins dépendant du gaz russe, l’Allemagne de son côté aide beaucoup ses entreprises, 20 à 30 fois plus que la France. Nous sommes à la ramasse en termes de soutien. »

À plus long terme, la filière compte sur la transition écologique pour ne plus dépendre du gaz russe. Selon le syndicat, l’optimisation et les investissements dans les énergies renouvelables ont déjà réduit de 18 % la consommation de gaz dans les malteries françaises. À Metz, l’une des 14 usines est désormais connectée au réseau de chaleur urbain.

Ces investissements devront être assumés par les pouvoirs publics, estime Olivier Hautin, dont l’Union européenne, mais aussi les industriels et les distributeurs. Avec une ambition : la neutralité carbone d’ici 10-15 ans.

Côté consommateur en revanche, l’augmentation du prix de la bière n’est pas flagrante. « Les brasseurs cherchent à faire passer leurs coûts sur les prix de vente, mais cela ne passe pas. Ou alors très peu. Il y a une barrière qu’impose notamment la grande distribution », explique le directeur général de Malteurop et vice-président de Malteurs de France.

Pour combien de temps encore ?

Selon le syndicat, ce fleuron français n’est pas au bout de ses peines : un doublement des hausses des coûts est prévu en 2023.