Mise en place d’un plan de solidarité pour les pêcheurs d’anchois
La pêche à l’anchois ne reprendra pas en France en 2007, mais un plan de solidarité pour les professionnels sera mis en place, a annoncé la Commission européenne. Les stocks d’anchois encore trop faibles seraient la cause de cette décision. Furieux, les représentants des pêcheurs français ont été conviés à une réunion de travail au ministère de l’Agriculture.
La pêche à l’anchois ne reprendra pas en France en 2007, mais un plan de solidarité pour les professionnels sera mis en place, a annoncé la Commission européenne. Les stocks d’anchois encore trop faibles seraient la cause de cette décision. Furieux, les représentants des pêcheurs français ont été conviés à une réunion de travail au ministère de l’Agriculture.
Contexte :
Face à la raréfaction des ressources halieutiques et aux difficultés économiques et sociales du secteur de la pêche, l’UE a mis en place des quotas en fonction des espèces. Ils sont ensuite répartis entre les États membres.
Les Espagnols disposent de 90% des droits de pêche à l’anchois dans le Golfe de Gascogne, contre 10% pour les Français.
Depuis 2005, la pêche du poisson bleu est interdite en France. En cause, le stock d’anchois jugé alors trop faible par la Commission européenne.
Principalement basée aux Sables d’Olonne, à la Turballe et à Saint-Gilles-Croix-de-Vie en Vendée, cette pêche a lieu théoriquement à deux périodes de l’année : de janvier à mars et de juin à décembre.
A l’instar de la Commission, les Espagnols estiment que la pêche à l’anchois ne doit pas reprendre, en 2007, dans le Golfe de Gascogne, les ressources étant encore trop faibles. Ils n’ont donc pas octroyé leur soutien au gouvernement français, qui lui a demandé, la semaine dernière, de faire pression sur la Commission afin de permettre la réouverture de la pêche à l’anchois.
Enjeux :
- L’avenir du stock d’anchois
Entre les Français, les Espagnols, et les experts de la Commission, les évaluations du niveau du stock d’anchois diffèrent.
Le « seuil de sécurité biologique » en deçà duquel l’espèce est menacée est estimé à 30 000 tonnes. En 2005, date à laquelle la pêche a été suspendue, le stock était évalué à 15 000 tonnes.
Soutenant que les réserves sont aujourd’hui de 35 000 tonnes, le gouvernement français a proposé, la semaine dernière, à la Commission européenne « le rétablissement d’un quota limité [de pêche], dès le deuxième semestre 2007, pendant une période de trois mois ».
Selon l’institut espagnol Azti, le stock serait cependant aujourd’hui de 25 000 tonnes. De son côté, l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) l’évalue à 30 000 tonnes.
Estimé également à 30 000 tonnes par le Comité scientifique, technique et économique de la Pêche de la Commission européenne (CSTEP), les réserves sont jugées encore insuffisantes par les experts de Bruxelles pour permettre une reproduction de l’anchois et assurer ainsi la pérennité de l’espèce. « Aucune mesure de gestion autre qu’une fermeture complète de la pêcherie en 2007 ne [doit être] considérée », a indiqué le CSTEP dans un rapport rendu fin juin.
Bruxelles a donc décidé, mercredi 18 juillet, de maintenir fermée la pêche à l’anchois dans le Golfe de Gascogne, jusqu’à la fin de l’année 2007.
- Un plan de solidarité pour les pêcheurs
En contrepartie de cette décision, « des experts de la Commission européenne se rendront en France dès la semaine prochaine pour voir comment mettre en oeuvre des aides dans les plus brefs délais », a indiqué le porte parole du commissaire européen à la pêche, Joe Borg, jeudi 19 juillet.
Michel Barnier avait annoncé, la veille, qu’un budget de 15 millions d’euro serait alloué aux pêcheurs de Gascogne, en contrepartie de la perte occasionnée par la non reprise de la pêche. Le porte-parole de la Commission n’a pas confirmé cette somme explicitement.
Le ministre français de l’Agriculture a également demandé aux préfets de « déclencher les dispositifs de prise en compte des situations financières difficiles de certains professionnels ». Ces solutions ne conviennent cependant pas aux pêcheurs, qui ont annoncé leur volonté de bloquer à nouveau l’entrée de certains ports. Michel Barnier a convié les représentants de la pêche aux anchois à une réunion de travail vendredi 20 juillet.
Positions :
« Toute pêche risquerait de faire s’effondrer le stock d’anchois » a précisé Mireille Thom, porte-parole du commissaire européen à la pêche, Joe Borg.
L’Espagne veut « suivre la recommandation scientifique », a indiqué une source proche du ministère de l’agriculture espagnol, mercredi 11 juillet. A l’inverse, le ministre français de l’Agriculture s’est demandé si cette décision n’était pas « plus politique que scientifique ».
L’association écologiste Greenpeace a salué la décision « nécessaire » de Bruxelles de maintenir la fermeture de la pêche à l’anchois.
« Si on avait redémarré là, on aurait jeté aux orties tous les sacrifices consentis au cours des deux dernières années. On est sur un stock en limite totale d’exploitation en permanence » a indiqué Greenpeace à l’AFP. L’organisation craint cependant que les pêcheurs français ne se reportent sur le bar.
« Les pêcheurs ne demandent pas des indemnités, ils demandent à travailler » s’est indigné de son côté le maire de la Turballe, René Leroux, ajoutant que cette décision était « catastrophique pour une région comme la nôtre » et allait avoir des « conséquences humaines dramatiques ».
La décision de la Commission « implique à court terme la disparition de la filière française », a prévenu, jeudi 19 juillet, le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM).
« Le CNPMEM s’interroge sur les réelles intentions de la Commission européenne et se demande si cette dernière n’est pas entrain de déployer une stratégie d’éradication de la flotte française au profit d’une flotte espagnole qui n’est pas exempte de critiques », a indiqué l’organisation dans un communiqué. « En effet, cette flottille en surcapacité de pêche dépasse ses propres quotas, triche en pêchant du poisson sous taille et menace la pérennité de certains stocks », dénonce-t-elle.