Montebourg favorable à un « pacte de coproduction » avec la Méditerranée

Le gouvernement veut expérimenter une voie alternative aux délocalisations dans les pays de la rive sud de la Méditerranée. Les contours restent vagues, mais un rapport sera rendu en janvier.

EURACTIV.fr

Le gouvernement veut expérimenter une voie alternative aux délocalisations dans les pays de la rive sud de la Méditerranée. Les contours restent vagues, mais un rapport sera rendu en janvier.

En venant s’exprimer le 6 décembre devant un parterre de chefs d’entreprises, de banquiers et d’économistes portés sur la question euro-méditerranéenne, Arnaud Montebourg avait pour ordre de ne pas réveiller les démons économiques. L’acier est un « sujet qui m’est interdit depuis quelques heures », lance-t-il, goguenard. Le feuilleton de Florange mis en pause, le ministre du Redressement productif, dont la filiation avec l’Algérie est connue, se dit prêt à développer des « alliances visibles » avec la Méditerranée.

En Europe, le sujet nourrit autant d’espoirs que de déceptions. A grand renfort de communication, l’Union pour la Méditerranée est montée en puissance sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Mais s’est dégonflée aussi vite, laissant derrière elle le souvenir d’un sommet fastueux au Grand Palais et d’un refroidissement des relations avec l’Allemagne, initialement exclue du projet, à l’instar des autres économies du Nord.

« Limiter le bilatéralisme »

Egalement présent au débat organisé par l’Institut de prospective du monde méditerranéen, l’Allemand Martin Schulz ne baisse pas la garde. Développer les relations économiques avec la rive sud de la Méditerranée implique de « limiter le bilatéralisme ». Dans le cas contraire, l’Europe ne sera « pas comprise comme une région mondiale », signale le président du Parlement européen, pour qui la coopération euro-méditerranéenne doit porter en priorité sur l’agriculture, les infrastructures et l’accès à l’eau.

En janvier 2013, un groupe d’experts mandatés par Arnaud Montebourg et la ministre du Commerce extérieur Nicole Bricq rendront leurs conclusions sur l’avenir des relations économiques entre la France et le Maghreb. « Nous cherchons les filières » pour avoir un partenariat « gagnant-gagnant », relève Arnaud Montebourg.

Plus précisément, le gouvernement explore la voie de la coproduction. Une méthode alternative à la délocalisation, inspirée de ce qu’ont pu faire le Japon avec les dragons asiatiques ou l’Allemagne avec les pays de l’Est. Dans ce dernier cas, la fabrication de biens intermédiaires a pu être transférée, mais l’assemblage industriel est resté implanté outre-Rhin.

« Partir à la conquête de marchés ensemble »

Un « pacte de coproduction » avec les pays du Sud permettrait d’intensifier les échanges commerciaux mais pas seulement, estime Arnaud Montebourg. Le but est également de « partir à la conquête de marchés ensemble ».

Un renversement de perspective, qui reposerait sur des relations plus « égalitaires ». Les investisseurs du Sud à la rescousse du Nord ? On y est presque. Après avoir été aidée par le Fonds monétaire international, «l’Algérie vient de prêter 5 milliards de dollars » à l’institution internationale, rappelle à dessein Nassim Kerdjoudj, vice-président du forum algérien des chefs d’entreprises. 

Un scénario qu’Arnaud Montebourg complète d’un « rêve » : qu’une « grande compagnie pétrolière maghrébine ouvre des stations-service en France pendant que Total s’en va et ferme ses raffineries, et que Shell déserte l’Europe parce que les marges ne sont pas suffisantes. »