Les 27 tentent de renouveler le projet européen
Le jour du 60e anniversaire de l’UE, qui semble dans une très mauvaise passe, les dirigeants européens ont adopté la déclaration de Rome. Une vision à dix ans visant à renouveler le projet des pères fondateurs de l’union.
Le jour du 60e anniversaire de l’UE, qui semble dans une très mauvaise passe, les dirigeants européens ont adopté la déclaration de Rome. Une vision à dix ans visant à renouveler le projet des pères fondateurs de l’union.
Le 25 mars, les 27 États membres, sans le Royaume-Uni, ont adopté la déclaration de Rome, sur la colline du Capitole, là même où le 25 mars 1957 les six membres fondateurs de l’Union européenne signaient le traité de Rome.
« Il y aura un 100e anniversaire de l’Union européenne », a assuré Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, lors d’un entretien avec la télévision allemande avant le sommet.
Le 24 mars, les dirigeants européens avaient rencontré le Pape, qui leur a confié son inquiétude de voir l’UE « mourir » des crises qui l’assaillent s’ils ne la dotaient pas d’une nouvelle vision. Le souverain pontife argentin a donc appelé les représentants des États à utiliser la solidarité comme « antidote » face à la montée en puissance des partis populistes et nationalistes.
La déclaration de Rome, négociée dans le plus grand secret par des diplomates des 27 États, n’admet pas les erreurs du passé et n’explique pas ce qui a mené à la crise existentielle de l’union ou pourquoi les mouvements populistes gagnent du terrain.
Elle souligne pourtant que l’UE est confrontée à des « défis sans précédent » : conflits régionaux, terrorisme, pressions migratoires croissantes, protectionnisme et inégalités sociales et économiques. « Ensemble, nous sommes déterminés à faire face aux défis que présente un monde en mutation rapide et à offrir à nos citoyens à la fois la sécurité et de nouvelles possibilités », continue le texte, assez court, dans lequel le mot « citoyen » apparait cinq fois.
« Unité » est un autre mot-clé de la déclaration. « Nous renforcerons l’Union européenne et la rendrons plus résiliente, en faisant preuve, entre nous, d’une unité et d’une solidarité encore plus fortes et en respectant les règles communes. L’unité est à la fois une nécessité et un choix librement consenti », assurent les 27, qui se sont accordés sur le texte malgré la déception de la Pologne lors du dernier sommet européen, qui a vu Donald Tusk réélu à son poste de président du Conseil.
« Au cours des dix prochaines années, nous voulons une Union qui soit sûre et sécurisée, prospère, compétitive, soucieuse du développement durable et socialement responsable, et qui ait la volonté et la capacité de jouer un rôle de premier plan dans le monde et de peser sur la mondialisation. Nous voulons une Union dans laquelle les citoyens disposent de nouvelles possibilités sur le plan du développement culturel et social et bénéficient de la croissance économique. Nous voulons une Union qui reste ouverte aux pays européens qui respectent nos valeurs et s’engagent à les promouvoir », ont déclaré les dirigeants.
La déclaration identifie quatre objectifs pour les années à venir :
- Une Europe sûre et sécurisée: une Union où tous les citoyens se sentent en sécurité et peuvent se déplacer librement, dont les frontières extérieures sont sécurisées et qui dispose d’une politique migratoire efficace, responsable, s’inscrivant dans la durée et respectant les normes internationales; une Union déterminée à lutter contre le terrorisme et la criminalité organisée.
- Une Europe prospère et soucieuse du développement durable: une Union qui crée de la croissance et des emplois; une Union où un marché unique solide, connecté et qui se développe, en s’adaptant aux transformations technologiques, et où une monnaie unique stable et encore renforcée ouvrent des perspectives sur le plan de la croissance, de la cohésion, de la compétitivité, de l’innovation et des échanges, en particulier pour les petites et moyennes entreprises; une Union qui favorise une croissance soutenue et durable, grâce aux investissements, à des réformes structurelles et à des efforts en vue de l’achèvement de l’Union économique et monétaire; une Union où les économies convergent; une Union où l’énergie est sûre et financièrement abordable, et l’environnement propre et sûr.
- Une Europe sociale: une Union qui, en s’appuyant sur une croissance durable, favorise le progrès économique et social ainsi que la cohésion et la convergence, tout en veillant à l’intégrité du marché intérieur; une Union qui prenne en compte la diversité des systèmes nationaux et le rôle essentiel des partenaires sociaux; une Union qui promeuve l’égalité entre les femmes et les hommes et qui œuvre en faveur de droits et de l’égalité des chances pour tous; une Union qui lutte contre le chômage, les discriminations, l’exclusion sociale et la pauvreté; une Union où les jeunes bénéficient du meilleur niveau d’éducation et de formation et peuvent étudier et trouver un emploi sur tout le continent; une Union qui préserve notre patrimoine culturel et favorise la diversité culturelle.
- Une Europe plus forte sur la scène mondiale: une Union qui continue à développer les partenariats existants, qui en instaure de nouveaux et qui œuvre à la stabilité et à la prospérité dans son voisinage immédiat, à l’est et au sud, mais aussi au Proche-Orient, dans toute l’Afrique et dans le reste du monde; une Union prête à assumer davantage de responsabilités et à contribuer à la mise en place d’une industrie de la défense plus compétitive et plus intégrée; une Union déterminée à renforcer sa sécurité et sa défense communes, et ce également en coopération avec l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord et en complément de celle-ci, en tenant compte des situations nationales et des engagements juridiques; une Union jouant un rôle actif aux Nations unies et défendant un système multilatéral fondé sur des règles, qui soit fière de ses valeurs et assure la protection de sa population, et qui favorise le commerce libre équitable et une politique climatique mondiale constructive.
Les États membres assurent en outre considérer que l’UE est le « meilleur instrument » possible pour atteindre ces objectifs. « Nous nous engageons à écouter les préoccupations exprimées par nos citoyens et à y répondre, et nous travaillerons avec nos parlements nationaux », promettent-ils.
En ce qui concerne les propositions très controversées d’une Europe à plusieurs vitesses, la déclaration dit seulement : « Nous assurerons la marge de manœuvre nécessaire aux différents niveaux pour renforcer le potentiel d’innovation et de croissance de l’Europe. Nous voulons que l’Union joue un rôle majeur dans les dossiers de première importance et s’investisse moins dans les dossiers de moindre importance. Nous œuvrerons en faveur d’un processus décisionnel démocratique, efficace et transparent, qui donne déclaration de Rome une Europe à des « rythmes différents ». Les 27 s’engagent à « agir de concert, si nécessaire à des rythmes différents et avec une intensité différente, tout en avançant dans la même direction, comme nous l’avons fait par le passé, conformément aux traités et en laissant la porte ouverte à ceux qui souhaitent se joindre à nous plus tard ».
Un paragraphe minutieusement rédigé pour tenter de rassurer la Pologne et les autres pays réticents, qui redoutent d’être exclus du « club » en raison de leur opposition récurrente aux projets de Bruxelles, en ce qui concerne par exemple les politiques migratoires.
« Une Europe à plusieurs vitesses ne signifie nullement qu’il n’y a pas une Europe commune à tous », a pourtant assuré la chancelière allemande, Angela Merkel.
Lors de la conférence de presse, Jean-Claude Juncker a estimé que la déclaration était le début d’un « sentiment de changement ». Le redémarrage de l’UE devrait en effet durer jusqu’en décembre. Le président de la Commission a en outre indiqué qu’il n’y avait pas eu de désaccord majeur lors de la négociation du texte.
« Il y a des signatures qui durent », a-t-il également affirmé en paraphant ce document, avec le même stylo utilisé il y a 60 ans par son prédécesseur luxembourgeois.
Dans un communiqué de presse, la Maison-Blanche a félicité l’UE pour son 60e anniversaire, un changement de ton de l’administration Trump, qui a parfois fait preuve d’un scepticisme alarmant vis-à-vis de l’Union européenne. « Nos deux continents partagent les mêmes valeurs et, avant tout, le même engagement de promotion de la paix et de la prospérité grâce à la liberté, la démocratie et l’État de droit », a déclaré Washington.