PAC : le commissaire à l’Agriculture veut augmenter le budget pour faire face à l’inflation
Selon le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, la part du budget de l’UE consacrée à la Politique agricole commune (PAC) devrait être augmentée à partir de 2028 pour faire face à l’inflation galopante.
Selon le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, la part du budget de l’UE consacrée à la Politique agricole commune (PAC) devrait être augmentée à partir de 2028 pour faire face à l’inflation galopante qui se fait sentir dans le secteur agroalimentaire de l’UE.
L’UE dispose de l’un des programmes de subventions agricoles les plus importants au monde, qui s’élève à 270 milliards d’euros, soit environ un tiers du budget du bloc.
Le programme pour la période 2021-2027 est également censé soutenir la transition vers un avenir plus durable, comme le prévoit la politique alimentaire phare de l’UE, la stratégie « de la ferme à la table » (Farm to Fork).
Pourtant, ce budget a été mis à rude épreuve ces derniers mois à cause de l’inflation, qui dépasse les 10 % dans certains États membres et est accompagnée d’une flambée des prix des principaux intrants, notamment des engrais et des aliments pour animaux. L’invasion de l’Ukraine par la Russie a également porté un coup à ce budget.
Par conséquent, le commissaire a insisté sur la nécessité d’augmenter le budget de la PAC pour les années à venir au cours d’une réunion de la commission de l’Agriculture du Parlement européen (AGRI), lundi (9 janvier).
« Il est extrêmement important que les aides de la PAC permettent aux producteurs de rester en conformité avec des obligations de plus en plus nombreuses et coûteuses », a-t-il déclaré, soulignant qu’un budget plus élevé est nécessaire pour préserver « la sécurité alimentaire, les communautés agricoles et rurales et la protection de l’environnement ».
Selon le commissaire, il ne reste qu’à reconsidérer la part du secteur dans le budget de l’UE, le cadre financier pluriannuel (CFP), puisque toutes les mesures de flexibilité présentes dans le cadre actuel qui visent à minimiser l’impact d’une inflation élevée ont déjà été mises en œuvre.
Le débat sur la prochaine période du programme de l’UE pour 2028-2034 a déjà commencé, trois ans après la proposition de la Commission sur le sujet.
L’exécutif européen a également prévu une révision du CFP pour le deuxième trimestre de 2023, qui prendra probablement en compte aussi la PAC, car celle-ci représente une part importante du budget du bloc.
« Si nous voulons une agriculture respectueuse du climat [et] de l’environnement, si nous voulons un développement durable de notre agriculture en Europe, au lieu d’une agriculture industrielle intensive, nous devons examiner à nouveau le budget et nous avons besoin d’un accord politique sur le montant du budget », a-t-il déclaré.
En effet, ce n’est pas la première fois que le commissaire se prononce en faveur de la révision du budget : lors d’un entretien en novembre 2022, le commissaire avait confié à EURACTIV qu’il serait « impossible de garantir la sécurité alimentaire avec un budget aussi faible » sur le long terme.
Le CFP devrait être révisé fin 2023. Même si le commissaire estime que les chances de modifier l’accord sont plutôt faibles, il a promis de faire bouger les choses pour pouvoir influencer les prochaines négociations.
« Je vais essayer de faire en sorte que, avant la fin de notre mandat, des propositions ambitieuses concernant l’avenir de la PAC, y compris le budget, soient proposées », a-t-il promis.
Le commissaire européen a cependant ajouté qu’il était nécessaire de « réfléchir aux changements qui pourraient être introduits dans le cadre du CFP dès maintenant ».
« Pour trouver une réponse commune et significative dans cet environnement, il est nécessaire de bien réfléchir à l’avenir du budget de l’UE et à nos efforts communs en tant qu’Européens », a-t-il déclaré.
Les eurodéputés, qui ont remarqué que le secteur agricole avait été mis à rude épreuve au cours de ces 12 derniers mois, soutiennent une augmentation du budget consacré à l’agriculture.
Mettant l’accent sur l’impact de l’inflation sur le secteur, l’eurodéputé de centre droit Daniel Buda (Parti populaire européen, PPE) estime qu’une augmentation budgétaire est logique.
« Je ne comprends pas la logique de la Commission qui trouve tout un tas de fonds dans différents domaines, mais ne peut pas trouver assez d’argent pour l’agriculture », a-t-il déclaré.
Pour sa part, Elsi Katainen (Renew Europe) a souligné qu’une « aide au revenu de valeur réelle » est nécessaire pour garantir la sécurité alimentaire, tandis que l’eurodéputée sociale-démocrate espagnole Clara Aguilera (S&D) a déclaré qu’elle considérait le CFP comme « le seul moyen d’avoir un impact » face au problème de l’inflation.
En revanche, l’eurodéputé écologiste Martin Häusling (Verts/ALE) a constaté que l’impact des derniers mois avait été ressenti différemment à travers l’UE. Il a notamment cité l’exemple de l’Allemagne, où les agriculteurs ont vu leurs revenus augmenter de 50 %.
« Comment pouvez-vous expliquer cela aux contribuables alors que la situation de certaines de ces exploitations agricoles s’est en réalité améliorée ? » a-t-il déclaré. M. Häusling s’interroge sur la manière dont on pourrait résoudre la situation en adoptant une approche « différenciée ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]