Paris et Berlin mettent leurs différends sur l’hydrogène de côté
L’Allemagne et la France semblent avoir mis de côté leurs divergences concernant la réglementation sur l’hydrogène renouvelable et à faible teneur en carbone dans le cadre d’efforts plus larges visant à apaiser les tensions latentes entre les deux pays.
L’Allemagne et la France semblent avoir mis de côté leurs divergences concernant la réglementation sur l’hydrogène renouvelable et à faible teneur en carbone dans le cadre d’efforts plus larges visant à apaiser les tensions latentes entre les deux plus grands États membres de l’UE.
L’hydrogène devrait jouer un rôle essentiel dans la décarbonation de secteurs comme les industries sidérurgique et chimique. La Commission européenne prévoit de produire 10 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable dans l’UE et d’en importer 10 millions de tonnes d’ici 2030 pour remplacer le gaz fossile.
Cependant, la France et l’Allemagne étaient en désaccord concernant les règles européennes qui régiront la future production d’hydrogène renouvelable et à faible teneur en carbone en Europe.
Au cœur du conflit se trouve notamment la définition de l’hydrogène « renouvelable » par rapport à l’hydrogène « à faible teneur en carbone », qui comprend également les carburants produits à partir de l’énergie nucléaire ou du gaz naturel avec une technologie de séquestration du carbone.
Leurs différends semblent désormais réglés. Vendredi (25 novembre), les deux pays ont publié une « déclaration politique » réaffirmant la solidarité franco-allemande sur une série de questions énergétiques, notamment la réglementation sur l’hydrogène.
La déclaration commune indique que les deux parties « s’engagent à respecter les choix technologiques de chaque pays en matière de mix électrique », puis « trouveront ensemble une solution sur la manière de refléter cette compréhension commune dans les dossiers législatifs en cours, y compris dans le paquet gaz [et hydrogène] ».
La présidence tchèque du Conseil de l’UE a profité de cet apaisement pour présenter une proposition de compromis concernant le paquet gaz, qui reflète les intérêts clés de la France et de l’Allemagne dans le débat européen sur l’hydrogène.
Le nouvel article 8a proposé par les Tchèques évoque la « possibilité d’utiliser de l’hydrogène et des carburants à faible teneur en carbone dans les objectifs de décarbonation », reflétant ainsi le souhait de la France de compter l’hydrogène produit à partir du nucléaire dans ses objectifs climatiques.
« Les États membres peuvent prendre en compte les carburants à faible teneur en carbone d’origine non biologique, y compris l’hydrogène à faible teneur en carbone », peut-on lire dans le projet consulté par le site d’information spécialisé Contexte.
🚨Gaz package new draft compromise of the Council🚨
New article added to the directive to allow Member States to take into account low-carbon hydrogen (produced by nuclear energy) in the calculation of the green H2 targets for industry + transport in the Renewable Directive 1/2 pic.twitter.com/N3BcCbnbpn— Anna Hubert 🇪🇺 (@AnnaHbrt) November 25, 2022
L’article prévoit ensuite une disposition permettant à l’hydrogène à faible teneur en carbone d’être compté « en complément » des objectifs nationaux de réduction des gaz à effet de serre (GES) et des carburants renouvelables d’origine non biologique (RFNBO) visés dans la directive révisée de l’UE sur les énergies renouvelables.
Les Tchèques ont également introduit une nouvelle disposition excluant l’hydrogène à faible teneur en carbone de la désignation de source d’énergie « renouvelable », une décision qui devrait plaire à Berlin.
« Les carburants à faible teneur en carbone d’origine non biologique ne doivent pas être étiquetés, ni faire l’objet de publicité, comme carburants renouvelables d’origine non biologique », peut-on lire dans le nouveau paragraphe.
Par ailleurs, cette nouvelle proposition introduit le devoir pour les États membres de veiller à ce que l’étiquetage permette aux consommateurs de choisir en toute connaissance de cause entre un carburant à faible teneur en carbone et un carburant renouvelable.
La France a qualifié cet accord, qui intervient après des mois de tensions, d’avancée décisive.
« Nos deux pays ont besoin l’un de l’autre », a déclaré la Première ministre française Elisabeth Borne vendredi à Berlin.
« Nous voulons faire progresser la production d’énergie décarbonée dans nos pays afin que les investissements dans les vecteurs énergétiques du futur, comme l’hydrogène, soient également accrus », a-t-elle ajouté.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]