Parlement européen : Marine Le Pen ferme encore la porte au nez de ses alliés allemands

Marine Le Pen et le reste du groupe d’extrême droite au Parlement européen Identité et Démocratie (ID) se sont opposés mercredi (12 juin) à l’idée de réintégrer le parti Alternative pour l'Allemagne (AfD), ont confirmé plusieurs sources à Euractiv.

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French Parliament debates on security pact with Ukraine
La présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, prononce un discours lors du débat sur l'accord de sécurité franco-ukrainien et la situation en Ukraine, lors de la séance publique de l'Assemblée nationale à Paris, France, le 12 mars 2024. [EPA-EFE/TERESA SUAREZ]

Marine Le Pen et les dirigeants du groupe d’extrême droite Identité et Démocratie (ID) au Parlement européen se sont opposés mercredi (12 juin) à l’idée de réintégrer le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD), ont confirmé plusieurs sources à Euractiv.

Les dirigeants des partis membres d’ID, Marine Le Pen (Rassemblement national, RN), le chef du gouvernement néerlandais Gert Wilders (Parti pour la liberté, PVV), le chef de l’extrême droite portugaise André Ventura (Chega) et l’Italien Matteo Salvini (La Lega) entre autres, se sont rencontrés à Bruxelles le 12 juin pour évaluer les résultats des Européennes et passer en revue les échéances de leur groupe à Strasbourg.

Les discussions avaient pour but de « jeter les bases d’une large alliance de centre droit, sans les socialistes et les éco-extrémistes », avait au préalable indiqué Matteo Salvini, faisant écho aux discussions de ces derniers mois sur une alliance entre ID et le groupe d’extrême droite des Conservateurs et Réformistes Européens (CRE) au Parlement européen.

En sus d’entamer des pourparlers pour façonner une alliance avec les CRE, l’un des principaux points à l’ordre du jour était aussi de savoir s’il fallait réintégrer l’AfD, le parti d’extrême droite allemand, au sein du groupe ID. Un retour qui a, pour le moment, été écarté.

L’expulsion

L’AfD avait été exclu deux semaines avant les élections européennes, suite à de nombreuses prises de bec avec le RN, et après des scandales à répétition impliquant certains des ses membres. La goutte d’eau ? Quand le tête de liste du parti, Maximilian Krah, avait déclaré dans la presse que les paramilitaires nazis SS n’étaient « pas tous des criminels ».

Le RN craignait que son allié allemand devienne un fardeau et ne lui coûte, in fine, des voix. 

Aussi et surtout, la manœuvre permettait au RN d’adoucir l’image de son groupe, auprès des autres groupes de droite et d’extrême droite, le Parti populaire européen (PPE) et les CRE, dans le but de mieux négocier de futures alliances.

L’AfD revient en force

Mais l’AfD n’a pas dit son dernier mot.

Fort d’un score malgré tout important aux élections européennes (15,9 %), les législateurs allemands ont tenté de montrer patte blanche à leurs alliés européens en ne réintégrant pas Maximilan Krah dans leur délégation.

Les dirigeants de l’AfD sont soutenus par leurs alliés autrichiens du FPÖ, un mouvement qui a lui-même réalisé de bons scores lors des européennes. Avant les élections, le parti autrichien avait, comme les autres, voté en faveur de l’exclusion de l’AfD.

Malgré ce soutien, les dirigeants d’ID ont décidé de ne pas laisser l’AfD réintégrer le groupe, comme l’ont confirmé plusieurs sources à Euractiv.

Hégémonie du RN

Pour Maximilian Krah, cette décision n’est pas une surprise. « Je continue de penser que la voie de la renégociation avec ID n’est pas la bonne. Marine Le Pen est manifestement du même avis », a-t-il expliqué à Euractiv.

Une source haut placée de l’AfD a déclaré que « les Français dominent ID, et personne n’ose briser cette domination parce que tout le monde est enchanté par l’hypothèse que le RN gagne les élections présidentielles [2027] ».

Les derniers évènement ont de quoi conforter ces espoirs.

Suite à la victoire de la liste menée par le RN lors des élections européennes (31,5 %) en France, alors que la liste soutenue par le président de la République ne recueillait que 14,6 % des suffrages, Emmanuel Macron a décidé de dissoudre l’Assemblée nationale.

Les Français sont donc appelés à se rendre aux urnes les 30 juin et 7 juillet. La perspective d’une victoire du RN, ou d’une Assemblée nationale où le parti d’extrême droite serait très influent, laisse penser à ses alliés que Marine Le Pen pourrait emporter la présidence du pays en 2027.

*Sofia Sánchez Manzanaro a contribué à la rédaction de cet article.

*Edité par Paul Messad.