Pas de budget pour le projet de stratégie numérique allemande
Berlin doit adopter sa stratégie numérique la semaine prochaine, dont EURACTIV a consulté la version la plus récente. Le document a rendu de nombreux objectifs plus concrets, mais les allocations budgétaires demeurent absentes.
Berlin doit adopter sa stratégie numérique la semaine prochaine, dont EURACTIV a consulté la version la plus récente. Le document a rendu de nombreux objectifs plus concrets et fixé des délais de mise en application, mais les allocations budgétaires demeurent absentes.
La stratégie numérique tant attendue de l’Allemagne doit être adoptée par le gouvernement fédéral lors d’une réunion du cabinet le 31 août, presque un an après l’élection du nouveau gouvernement. Les retards dans la publication de la stratégie et l’imprécision de son contenu ont récemment suscité les critiques des représentants industriels.
« L’Allemagne a besoin d’un réveil numérique complet », peut-on lire dans le projet, qui est nettement plus concret et détaillé que les versions précédentes. Le document actualisé compte désormais 50 pages au lieu des 30 précédentes.
Les principaux changements
La stratégie stipule, comme jusqu’à présent, que la base de tous les projets numériques futurs doit être constituée de trois éléments clés : la fourniture de données et de réseaux gigabit, la mise en place de documents d’identité électroniques sécurisés, ainsi que des normes et des cadres uniformes pour l’interopérabilité et l’extensibilité.
En plus de ces trois points, le nouveau projet formule également les principaux projets de politique numérique sur lesquels les ministères respectifs doivent se concentrer. Pour chaque projet — tel que l’administration numérique, la mobilité, la défense ou la protection de l’environnement — une liste des résultats à atteindre d’ici 2025 est fournie. L’absence de calendrier précis avait déjà été critiquée.
Aucune confirmation n’a encore été apportée quant aux ministères qui seront responsables de l’institut des données, dont l’objectif est de favoriser la disponibilité et la normalisation des données, et qui constitue une pierre angulaire de la réussite globale des efforts de numérisation de l’Allemagne par le ministère du Numérique.
Les informations sur le suivi de la mise en œuvre des projets décrits seront fournies ultérieurement, selon le ministère du Numérique. D’une manière générale, la stratégie numérique doit servir d’objectif minimum pour les questions numériques, mais ses objectifs doivent être constamment ajustés et, si possible, renforcés.
Un autre objectif énoncé dans le nouveau projet est de faire progresser l’Allemagne de sa treizième place actuelle dans l’Indice de l’économie et de la société numériques (DESI), l’indicateur européen qui classe les performances numériques des États membres de l’UE.
« Avec cette stratégie numérique et la mise en œuvre des mesures envisagées, nous voulons entrer dans le TOP 10 du DESI », peut-on lire dans la stratégie.
Le président de l’association numérique Bitkom, Achim Berg, a déclaré à EURACTIV qu’il n’était toutefois pas impressionné par un tel objectif, affirmant que la dixième place ne serait encore que « moyenne ».
La nouvelle stratégie révisée met l’accent sur l’aspect humain de la numérisation, en contextualisant l’objectif de certaines mesures. Par exemple, dans le domaine des communications mobiles, « des services sans fil ininterrompus de voix et transmission de données pour tous les utilisateurs finaux devraient être mis en place à l’échelle nationale d’ici 2026, si possible », est-il écrit.
Le projet accorde également une plus grande attention à la question de la pénurie de travailleurs qualifiés, ainsi qu’à un chapitre supplémentaire sur la cybersécurité, qui prend pour la première fois explicitement en compte la sécurité des infrastructures critiques.
Un retard énorme à rattraper
Bien que les représentants de l’industrie considèrent comme une évolution positive le fait que le gouvernement ait commencé à passer de la phase de planification à celle de la mise en œuvre, ils estiment que le chemin à parcourir est encore long.
« La voie empruntée maintenant est la bonne, mais l’Allemagne a encore un énorme retard à rattraper dans la transformation numérique », indique la Fédération des industries allemandes (BDI) en réaction à la dernière version du projet.
M. Berg de la société Bitkom a déclaré à EURACTIV qu’il fallait accorder plus d’attention à la numérisation. « L’état actuel des discussions n’est toujours pas à la hauteur de la revendication du réveil numérique qui a été promis », a-t-il précisé.
Par ailleurs, le BDI ne voit un « effet de levier décisif pour le progrès numérique » que « si les décideurs politiques le poussent à grande vitesse de concert avec les entreprises ». L’association professionnelle a donc souligné qu’il est nécessaire que le gouvernement fédéral dévoile le budget consacré au numérique et y affecte davantage de fonds que cela n’a été le cas jusqu’à présent.
Le budget toujours absent
C’est le ministère des Finances qui est responsable du budget et le montant du financement pour 2023 devrait être négocié lors des négociations budgétaires cet automne. Aucune date concrète n’a été communiquée en réponse aux demandes de précisions concernant le budget définitif consacré au numérique.
Actuellement, la stratégie indique seulement que le budget numérique prévu dans l’accord de coalition pour la mise en œuvre des projets clés de la stratégie numérique est «en cours d’élaboration par le ministère fédéral des Finances (BMF), le ministère fédéral du Numérique et des Transports (BMDV) et le ministère fédéral de l’Économie et du Climat (BMWK), en étroite coordination avec la Chancellerie fédérale (BKAmt).»
Certains projets de la stratégie numérique ont déjà été inclus dans le budget précédent, car ils sont déjà en cours.
Les ministres des Finances et du Numérique appartiennent tous deux au parti libéral-démocrate (FDP).