Pascal Canfin veut interroger des fabricants de pesticides à propos d’études de toxicité dissimulées
Pascal Canfin, président de la commission de l’Environnement du Parlement européen, souhaite une audition des géants de l’agrochimie Bayer et Syngenta, accusées par des chercheurs de rétention d’informations sur les risques de neurotoxicité des pesticides.
Pascal Canfin, président de la commission de l’Environnement, de la Santé publique et de la Sécurité alimentaire (ENVI) du Parlement européen, souhaite une audition des géants de l’agrochimie Bayer et Syngenta, deux entreprises accusées par des chercheurs de rétention d’informations sur les risques de neurotoxicité des pesticides.
Dans une étude publiée jeudi (1er juin) dans le magazine Environmental Health, des chercheurs ont constaté que les entreprises n’avaient pas rendu publiques plusieurs études sur la neurotoxicité de certains de leurs pesticides auprès des autorités compétentes de l’Union européenne.
Les évaluations relatives à la sécurité des pesticides et autres produits phytosanitaires dans l’UE reposent en grande partie sur des études commandées par les producteurs des produits. Ces producteurs sont ensuite tenus de transmettre tous les résultats aux agences de l’UE, notamment à l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et à l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA).
Or, les chercheurs ont constaté que sur les 35 études que les entreprises avaient soumises aux autorités américaines, neuf n’avaient pas été communiquées à l’UE, alors que la plupart d’entre elles auraient entraîné « des conséquences réglementaires réelles ou potentielles ».
En réponse à ces accusations, le président de la commission ENVI, Pascal Canfin, a annoncé vendredi (2 juin) qu’il ferait pression sur le Parlement européen pour prendre des mesures.
« Pour répondre à cette tricherie potentielle de Bayer et Syngenta concernant la toxicité de certains pesticides, je proposerai la semaine prochaine d’organiser une audition publique des chercheurs et de ces entreprises devant la commission de l’Environnement du Parlement européen », a déclaré l’eurodéputé libéral français sur Twitter.
Une telle audition devrait être approuvée par les coordinateurs de la commission ENVI, probablement lors d’une réunion jeudi prochain (8 juin).
L’étude conclut que « la non-divulgation des études sur la neurotoxicité développementale aux autorités de l’UE, malgré des exigences légales claires, semble être un phénomène récurrent » et « peut introduire un biais dans l’évaluation règlementaire des risques ».
Par conséquent, les auteurs suggèrent que les agences de l’UE recoupent leurs jeux de données avec ceux des autorités des pays tiers.
Selon les chercheurs, les résultats indiquent également des lacunes dans la façon dont l’UE évalue si les produits phytosanitaires sont sûrs : le processus d’évaluation repose par exemple principalement sur des études réalisées par les producteurs.
« Les règles devraient être modifiées afin que les études futures soient commandées par les autorités plutôt que par les entreprises », écrivent-ils.
La dépendance des agences européennes à l’égard des études réalisées par l’industrie a fait l’objet de critiques par le passé, notamment en ce qui concerne l’évaluation des risques du glyphosate, un herbicide controversé.
Les défenseurs de la santé et de l’environnement ainsi que différents législateurs ont déclaré à plusieurs reprises que l’EFSA et l’ECHA se concentraient trop sur les études commandées par l’industrie agrochimique et ne prenaient pas suffisamment en considération les recherches indépendantes.
Bayer et Syngenta ont quant à eux rejeté les accusations.
Un porte-parole de Bayer a indiqué à l’AFP que l’entreprise avait « toujours soumis les études nécessaires exigées par les réglementations européennes [en vigueur] à l’époque », tandis que Syngenta a affirmé qu’elle s’était « conformée à toutes les demandes de données de l’UE et de la Suisse ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]