Pays-Bas : le parti agricole veut faire des préoccupations des agriculteurs la priorité du nouveau gouvernement

La nouvelle coalition de droite au pouvoir aux Pays-Bas s’est engagée à simplifier les règles environnementales de l’UE et rétablir les avantages fiscaux sur les carburants agricoles, grâce aux pressions du Mouvement agriculteur-citoyen dans l’accord de coalition. 

Euractiv.com
Debate on final report by informant Putters in The Hague
« Nous voulons que les agriculteurs, les jardiniers et les pêcheurs aient à nouveau un avenir », peut-on lire dans le texte de compromis de 26 pages, que Caroline van der Plas, cheffe de file du BBB, a décrit, lors de sa présentation, comme « impressionnant » pour le secteur. [EPA/KOEN VAN WEEL]

La nouvelle coalition de droite au pouvoir aux Pays-Bas s’est engagée à agir avec « courage » pour simplifier les règles environnementales de l’UE, s’attaquer à la « crise du fumier » dans le pays et rétablir les avantages fiscaux sur les carburants agricoles, le Mouvement agriculteur-citoyen (BoerBurgerBeweging, BBB) ayant placé l’agriculture parmi les priorités de l’accord de coalition. 

Le BBB a signé jeudi (16 mai) un accord de coalition avec le Parti pour la liberté (PVV) d’extrême droite, le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD) et le nouveau parti anti-corruption Nouveau Contrat social (NSC).

« Nous voulons que les agriculteurs, les jardiniers et les pêcheurs aient à nouveau un avenir », peut-on lire dans le texte de compromis de 26 pages, que Caroline van der Plas, cheffe de file du BBB, a décrit, lors de sa présentation, comme « impressionnant » pour le secteur.

Le parti agricole, fondé en 2019 lors de manifestations d’agriculteurs contre le plan du gouvernement visant à réduire les émissions du secteur, a remporté les élections régionales de mars 2023.

Dans l’accord de jeudi, les trois partis se sont engagés à ne pas approuver des lois nationales plus strictes que la législation de l’UE pour les agriculteurs, mais aussi à faire pression pour obtenir des règles plus réalistes et fonctionnelles de la part de Bruxelles.

La coalition de droite a également adhéré au concept à la mode de « sécurité alimentaire » en renommant le ministère de l’Agriculture « ministère de l’Agriculture, de la Pêche, de la Sécurité alimentaire et de la Nature » et en supprimant la mention de « qualité des denrées alimentaires ».

Le contenu de l’accord sera discuté au parlement néerlandais le 22 mai prochain.

La crise de l’azote

L’un des points centraux du compromis est de fermer la porte à toute réduction obligatoire du nombre de têtes de bétail, une option que le gouvernement précédent avait envisagée afin de réduire les émissions d’azote provenant des effluents d’élevage et des engrais.

Avec la densité de bétail la plus élevée d’Europe, le pays est confronté depuis des années à ce que l’on appelle une « crise de l’azote », ou du fumier, et les groupes environnementaux tirent la sonnette d’alarme sur l’état des écosystèmes des Pays-Bas.

En 2019, cependant, un arrêt de la cour nationale néerlandaise concluait que la stratégie du gouvernement visant à réduire l’excès d’azote dans les zones sensibles était contraire au droit européen.

« Nous voulons nous attaquer à la crise du fumier en menant une lutte acharnée à Bruxelles », a déclaré Mme van der Plas jeudi.

À ce titre, un aspect clé du compromis consiste à demander une autre dérogation pour les Pays-Bas à la directive européenne sur les nitrates, la dérogation actuelle expirant à la fin de l’année 2025.

La directive vise à empêcher les nutriments tels que l’azote de polluer les eaux, et les Pays-Bas, ainsi que d’autres États membres, bénéficient de dérogations qui permettent aux agriculteurs d’épandre des effluents d’élevage au-delà de la limite fixée par l’UE.

La coalition souhaite également réévaluer les zones Natura 2000, des écosystèmes désignés pour les espèces protégées sur l’ensemble du territoire de l’UE.

Diesel agricole

Le parti BBB a également obtenu le retour du « diesel rouge », un type de carburant agricole qui bénéficiait d’un taux d’imposition réduit jusqu’à ce que le gouvernement néerlandais l’abolisse pour des raisons environnementales en 2013.

Mme van der Plas a annoncé que sa réintroduction signifierait un remboursement de 28 centimes par litre pour les agriculteurs à partir de 2027.

Le débat sur les subventions accordées au gazole agricole a pris de l’ampleur dans l’UE ces derniers mois, les manifestations des agriculteurs allemands ayant par exemple poussé le gouvernement à changer de cap et à supprimer progressivement les avantages fiscaux d’ici à 2026 au lieu de 2024.

Clauses miroirs

La nouvelle coalition de droite a souligné la nécessité d’établir des clauses miroirs entre les producteurs des pays tiers et ceux de l’UE.

« Lors de la conclusion d’accords commerciaux internationaux, des conditions de concurrence équitables sont primordiales », est-il indiqué dans l’accord, qui précise que les Pays-Bas ne souhaitent pas importer des marchandises dont la production n’est pas autorisée dans l’UE.

[Édité par Anna Martino]