Pedro Sánchez affirme que l'amnistie des séparatistes catalans est le seul moyen de regagner le pouvoir

L’amnistie des séparatistes catalans est le seul moyen pour le parti socialiste PSOE (S&D) du Premier ministre espagnol par intérim Pedro Sánchez d’obtenir une majorité et de former un gouvernement stable, a insisté ce dernier.

EFE avec EURACTIV.com
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« Au nom de l’Espagne, dans l’intérêt de l’Espagne, pour défendre la cohabitation entre les Espagnols, je défends aujourd’hui l’amnistie en Catalogne pour les événements de la dernière décennie [le mouvement indépendantiste de la région] », a déclaré le dirigeant socialiste devant le comité fédéral du PSOE. [EPA-EFE/Kiko Huesca]

Le Premier ministre espagnol par intérim Pedro Sánchez a insisté samedi (26 octobre) sur le fait que l’adoption d’une loi d’amnistie pour les personnes impliquées dans la tentative sécessionniste de 2017 en Catalogne était la clé de son retour au pouvoir. 

Samedi, M. Sánchez s’est adressé aux membres du PSOE (parti socialiste espagnol) à Madrid au sujet des négociations de coalition en cours avec les partis régionaux, y compris les groupes indépendantistes de Catalogne et du Pays basque.

« Au nom de l’Espagne, dans l’intérêt de l’Espagne, pour défendre la cohabitation entre les Espagnols, je défends aujourd’hui l’amnistie en Catalogne pour les événements de la dernière décennie [le mouvement indépendantiste de la région] », a déclaré le dirigeant socialiste devant le comité fédéral du PSOE.

« Je comprends parfaitement ceux qui, à cause de la douleur des souvenirs, se sentent tiraillés, mais il est de notre responsabilité de faire le pas parce que nous ne pouvons pas permettre que le passé ferme les portes de l’avenir », a-t-il ajouté.

Le projet de M. Sánchez de former un gouvernement de coalition avec le soutien parlementaire des forces indépendantistes catalanes et basques est très controversé et a suscité de vives critiques de la part du Partido Popular (PP – droite), principale force d’opposition au parlement. Le parti d’extrême droite Vox, le troisième plus grand parti de la chambre, s’est également opposé à ce projet.

Dimanche, quelque 100  000 partisans de Vox ont manifesté sur la Plaza de Colón, dans le centre de Madrid, contre une éventuelle loi d’amnistie, qu’ils considèrent comme un « coup d’état » de M. Sánchez.

La décision du PSOE d’aller de l’avant avec la loi d’amnistie a également été déplorée par le dirigeant du PP, Alberto Núñez Feijóo, lors d’un rassemblement du parti à Málaga dimanche (27 octobre), qui a qualifié cette loi de « monnaie d’échange » pour le Premier ministre en exercice afin de rester au pouvoir.

« Une amnistie ne vise pas la réconciliation, mais découle de la réconciliation, qui elle-même découle de la volonté de réconciliation. Il n’y a pas de volonté si ceux [les séparatistes catalans] qui ont enfreint la loi disent qu’ils recommenceront », a déclaré M. Núñez Feijóo à l’agence de presse EFE.

Des critiques ne venant pas que de la droite

Les critiques féroces ne sont pas uniquement venues des partis de droite.

La « vieille garde » du PSOE, dirigée par l’ancien Premier ministre Felipe González, s’y est également mise, dont certains présidents régionaux du PSOE, dont Emiliano García-Page en Castille-La Manche.

L’ancien président régional catalan et dirigeant d’Ensemble pour la Catalogne, Carles Puigdemont (JxCat), a déclaré qu’il n’envisagerait de soutenir le Premier ministre par intérim que si les accusations portées contre lui et d’autres dirigeants séparatistes du mouvement indépendantiste catalan, appelés « procés » (le processus) par les séparatistes, étaient abandonnées.

Lorsque le roi Felipe VI a nommé M. Sánchez pour former un gouvernement au début du mois, ce dernier a appelé à la « générosité », à l’« engagement », à la « capacité de diriger » et à la « politique » pour résoudre la question de la Catalogne et sortir de la longue impasse politique du « conflit catalan », comme le décrivent les forces indépendantistes.

Le Premier ministre par intérim a également défendu la décision « difficile » qu’il a prise en juin 2021 lorsqu’il a gracié neuf dirigeants séparatistes condamnés pour avoir déclaré l’« indépendance » de la Catalogne en 2017, insistant sur le fait que « cette décision était juste » et qu’elle avait été prise dans l’intérêt du pays.

Cette semaine, le PSOE s’est assuré le soutien de la plateforme de gauche Sumar, un groupe de 15 formations progressistes, dont Unidas Podemos, dirigée par la vice-Première ministre et ministre du Travail par intérim Yolanda Díaz.

M. Sánchez veut avoir les « mains libres » pour négocier

Les prochains jours seront décisifs dans la « feuille de route » de M. Sánchez et Mme Díaz visant à former un gouvernement et à éviter au pays de devoir voter à nouveau lors d’élections anticipées, très probablement en janvier 2024.

Ces derniers jours, les messages optimistes se sont multipliés au sein du PSOE et du Sumar quant à l’annonce imminente de l’accord avec les séparatistes catalans et basques, non seulement pour une nouvelle investiture, mais aussi pour un accord législatif complet, qui inclut l’approbation du budget du pays.

Cependant, M. Sánchez, dont la capacité à diriger est contestée par de nombreuses voix critiques au sein de son parti, souhaite avoir « carte blanche » dans le processus de négociation.

Pour ouvrir la voie à l’accord, le PSOE soumettra au vote de ses membres le pacte avec Sumar et les orientations stratégiques du futur accord avec JxCat (centre droit), Esquerra Republicana de Catalunya (Gauche républicaine de Catalogne ou ERC) et le Parti nationaliste basque (PNV, modéré et indépendantiste), entre autres.

La consultation interne se déroulera en ligne du lundi au vendredi et ne se tiendra en personne que le samedi, ont confirmé des sources du parti.

Samedi, le comité fédéral du PSOE a approuvé la question à poser à ses militants, qui ne mentionne pas expressément une éventuelle loi d’amnistie.

La formulation de la question est la suivante : « Soutenez-vous l’accord visant à former un gouvernement avec Sumar et à obtenir le soutien d’autres formations politiques afin d’atteindre la majorité requise ? »