Pegasus : l'audition des eurodéputés victimes d'espionnage retardée par des tensions politiques
Les eurodéputés ciblés par des logiciels espions - dont le leader de l’opposition grecque et des séparatistes catalans - ne seront pas invités à s’exprimer lors de l’audition de la commission Pegasus jeudi au Parlement européen.
Les eurodéputés ciblés par des logiciels espions – dont le leader de l’opposition grecque et des séparatistes catalans – ne seront pas invités à s’exprimer lors de l’audition de la commission Pegasus jeudi (8 septembre) au Parlement européen.
Ce retard fait suite à ce que certains responsables européens ont qualifié de « jeux politiques », dans des commentaires adressés à EURACTIV.
La Grèce sera au centre de la prochaine audience de la commission PEGA, prévue jeudi, suite aux révélations selon lesquelles les services de renseignement grecs ont tenté de mettre sur écoute le téléphone du leader du parti d’opposition socialiste et eurodéputé Nikos Androulakis à l’aide d’un logiciel espion.
M. Androulakis ne s’exprimera toutefois pas lors de la séance, mais sera en revanche convié en tant que panéliste à une séance ultérieure de la commission Pegasus, aux côtés d’autres eurodéputés ciblés, le 6 octobre.
Un responsable de l’UE a déclaré à EURACTIV que le Parti populaire européen (PPE) conservateur, auquel le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis est rattaché, a fait pression pour que les eurodéputés séparatistes catalans ciblés par le logiciel espion soient également invités à l’audience de la semaine prochaine.
Le dit « Catalangate », à savoir l’espionnage de plus de 60 figures du mouvement indépendantiste catalan, découvert par Citizen Lab en avril de cette année, n’a jusqu’à présent pas été un élément central des enquêtes du Parlement européen.
« Inclure les eurodéputés catalans […] aurait réduit le temps disponible pour parler de la Grèce », a déclaré le responsable de l’UE à EURACTIV. Selon lui, il était donc compréhensible que le groupe des Socialistes et Démocrates (S&D) souhaite uniquement entendre M. Androulakis, et personne d’autre.
Un autre responsable de l’UE a confirmé à EURACTIV que le groupe S&D, auquel le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez est rattaché, préférerait ne pas entendre les Catalans.
Erika Casajoana i Daunert, représentante adjointe du gouvernement catalan auprès de l’UE, a déclaré à EURACTIV : « Pegasus ou Catalangate est un énorme scandale de politique intérieure, avec le potentiel de déstabiliser encore davantage le gouvernement. »
Il a finalement été décidé, avec le soutien des Verts, qu’il y aurait une audience séparée avec les eurodéputés concernés le 6 octobre et que ni les eurodéputés grecs ni les catalans ne prendraient la parole le 8 septembre.
La raison officielle pour laquelle les eurodéputés grecs et catalans seront entendus plus tard est de « traiter les eurodéputés de manière égale », ont confié diverses sources européennes à EURACTIV.
Le report des audiences sur les scandales catalan et grec impliquant des responsables politiques de l’opposition s’inscrit dans la volonté générale des pays de ne pas enquêter et de ne pas laisser l’UE intervenir.
Alors qu’en Grèce, le directeur des services de renseignement et le secrétaire général du cabinet du Premier ministre ont tous deux démissionné suite à la révélation du scandale des écoutes contre M. Androulakis, M. Mitsotakis a affirmé que la surveillance était « légale », bien que « inappropriée ».
La Grèce cherche également à empêcher l’UE d’interférer, en invoquant les intérêts de la sécurité nationale. Parallèlement, l’UE envisage d’utiliser des lois européennes supposément enfreintes, telles que le règlement général sur la protection des données (RGPD), pour démontrer qu’enquêter sur cette affaire relève de sa compétence.
Slight correction to @vrailas: the spyware scandal is very much European competence. That is why @Europarl_EN @EP_PegaInquiry is investigating. Apart from violating EU laws, ao #GDPR, MEPs and @EU_Commission officials were targeted. And natl gvts are part of the Council. https://t.co/xYhy0CTsl8
— Sophie in 't Veld (@SophieintVeld) August 24, 2022
La rapporteure du Parlement européen sur l’enquête Pegasus, Sophie in ‘t Veld, s’est opposée au représentant permanent de la Grèce auprès de l’UE, Ioannis Vrailas. Ce dernier avait déclaré, le 2 août, qu’il était « hautement discutable » que le cas grec puisse justifier une ingérence de l’UE.
Parallèlement, les révélations sur la surveillance des membres du mouvement indépendant catalan n’ont pas donné lieu à des mesures importantes en Espagne ou dans le cadre de l’enquête Pegasus du Parlement européen. Ainsi, jusqu’à récemment, aucune mission de la commission n’était prévue en Espagne, alors que le scandale avait déjà éclaté en avril.
L’absence de mission en Espagne a provoqué un tollé du côté des Catalans, qui ont accusé l’UE de faire preuve de « deux poids, deux mesures » dans ses relations avec les différents pays concernés.
Sophie in ‘t Veld a toutefois informé EURACTIV cette semaine qu’une mission en Espagne était désormais prévue pour l’année prochaine.