Pénurie de médicaments : Paris veut peser dans la stratégie européenne
Au Sénat, le Directeur général de la santé Jérôme Salomon a insisté sur l'influence de la France dans la réponse européenne pour lutter contre les pénuries de médicaments qui frappent le continent.
Au Sénat, le Directeur général de la santé Jérôme Salomon a insisté sur l’influence de la France dans la réponse européenne pour lutter contre les pénuries de médicaments qui frappent le continent.
Face à la pénurie de médicaments, il ne peut pas y avoir qu’une simple « réponse nationale », a déclaré le DG de la santé Jérôme Salomon mardi (28 février) lors de son audition par une commission d’enquête sénatoriale, créée en février pour mieux comprendre la réalité des ruptures de stock de cet hiver.
M. Salomon prône une réponse européenne et affirme que la France sera « au rendez-vous » pour « peser » dans les décisions à venir. Il précise à cet effet que plusieurs employés français travaillent déjà dans des agences de santé de l’UE, un avantage de taille pour influencer les décisions européennes.
« La Direction générale de la santé (DGS) et la Direction générale des entreprises (DGE) siègent au Conseil d’administration d’HERA », a précisé M. Salomon, en référence à la nouvelle Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire.
Christelle Ratignier-Carbonneil, la directrice de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a également été élue vice-présidente du conseil d’administration de l’Agence européenne du médicament (EMA) le 20 juin dernier.
Selon M. Salomon, ce poste « très élevé » est « très bien » pour la France.
EMA et les Etats membres ensemble
Les pénuries de médicaments se sont accentuées l’hiver dernier notamment à cause de la recrudescence des virus respiratoires, de la triple épidémie de Covid, grippe et bronchiolite qui a frappé l’Europe, ou encore des difficultés liées aux chaînes d’approvisionnement.
Pour rappel, 80 à 85 % des principes actifs utilisés pour produire des médicaments en Europe sont importés de Chine et d’Inde.
En janvier dernier, le Comité permanent des Médecins Européens avait tiré la sonnette d’alarme, se disant « profondément préoccupé » par les tensions d’approvisionnement et demandant à l’UE de prendre des « mesures urgentes ».
Pour Jérôme Salomon, le rôle des agences santé de l’UE, et notamment d’EMA, est essentiel pour gérer la crise.
« Nous avons des moyens de disposer de mesures incitatives et optionnelles qui permettent à cette agence de stimuler l’arrivée et la mise sur le marché de molécules et notamment d’antimicrobiens », a-t-il déclaré.
La France encourage également le partage de données sur les médicaments entre Etats membres afin que l’EMA puisse établir une cartographie des risques et avoir une visibilité sur les tensions d’approvisionnement selon les pays.
Une position soutenue par Dominique Le Guludec, présidente de la Haute Autorité de santé (HAS) qui avait souligné devant cette même commission d’enquête le 9 février l’importance d’une « collaboration européenne entre les Etats membres ».
Toujours selon Jérôme Salomon, la France est l’un des pays les plus structurés en Europe pour répondre aux enjeux de pénuries de médicaments, « avec des innovations qui intéressent nos voisins européens ».
À ce jour, trois usines, deux en France et une en Autriche, se sont remises à produire des médicaments tels que le paracétamol et l’amoxicilline.
Révision de la législation pharmaceutique
Lors de la pandémie de Covid-19, la Commission européenne a procédé à l’achat conjoint de médicaments, a renforcé le rôle d’EMA et a créé HERA. Ce renforcement de l’Europe de la santé a été un « pas important », a souligné M. Salomon.
Une Europe de la santé qui a permis à la France de bénéficier de fonds européens pour constituer des stocks de médicaments et de vaccins contre les risques NRBC (Nucléaires, Radiologiques, Biologiques, Chimiques).
« Cela tombe très bien car la France est mobilisée sur ces enjeux », a déclaré M. Salomon.
Et pour cause : en septembre 2023, la France accueillera la coupe du monde de rugby et les jeux olympiques à l’été 2024. « Il faut qu’on soit le mieux préparé possible », a-t-il insisté.
Enfin, autre acteur phare de la lutte contre les pénuries de médicaments : la révision de la législation pharmaceutique de l’UE.
Maintes fois repoussée, elle devrait être présentée en 2023. Le futur cadre juridique devrait garantir l’accès à des médicaments de qualité et abordables, rendre le système pharmaceutique plus résistant aux crises et accroître la sécurité de l’approvisionnement.
Un texte attendu avec impatience par la France.