Philippe Juvin : « Tous les soignants doivent être vaccinés. Y compris contre la grippe »

EURACTIV France s'est entretenu avec Philippe Juvin, médecin urgentiste à l'hôpital européen Georges Pompidou à Paris et député Les Républicains (LR), afin de faire le point sur les urgences des prochains mois.

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Philippe Juvin est médecin urgentiste à l'hôpital européen Georges Pompidou à Paris et député Les Républicains (LR) des Hauts-de-Seine.  [Victor Joly/Shutterstock]

Soignants non-vaccinés, Covid long, grippe, monkeypox… À l’aune de l’hiver, la santé reprend toute sa place au cœur de l’actualité. EURACTIV France s’est entretenu avec Philippe Juvin, médecin urgentiste à l’hôpital européen Georges Pompidou à Paris et député Les Républicains (LR), afin de faire le point sur les urgences des prochains mois.

Entre la grippe, la bronchiolite et les cas de Covid qui repartent à la hausse, pensez-vous que l’hôpital peut tenir ?

J’ai le sentiment que nous n’allons pas passer l’hiver. Nous avons des malades que nous ne pouvons pas opérer. D’autres ont vu leur chimiothérapie retardée.

En parallèle, des hôpitaux en dehors de Paris ont transféré à l’hôpital Georges Pompidou des appendicites qu’ils n’étaient pas en mesure d’opérer.

Il manque des lits pour hospitaliser les personnes car il n’y a pas assez d’infirmières ou d’aides-soignants.

Comment expliquer cette pénurie de personnel soignant ?

Je vois trois raisons à cela. Tout d’abord, les infirmières et les aides-soignants sont mal payés témoignent tous d’une perte de sens de leur métier.

Enfin nous n’avons tout simplement pas assez formé de personnel qualifié. Il faut trois ans pour former une infirmière, dix pour un médecin. Malheureusement, les hommes politiques sont trop court-termistes et font une politique de santé à effet immédiat, ce qui ne peut aller de pair avec des recrutements sur le temps long.

Face à la pénurie de soignants, certains souhaitent la réintégration de ceux qui ne sont pas vaccinés contre la Covid-19. Cela ne permettrait-il pas de pallier le manque de personnel ? 

Quelque 1 000 infirmières sont aujourd’hui non-vaccinées partout sur le territoire français. Quand bien même la pénurie de personnel est réelle, 1 000 infirmières est loin d’être à la hauteur de nos besoins.

Un aide-soignant vacciné a moins de chances d’attraper la maladie, ce qui réduit de facto les risques de transmission au patient. Il faut donc que tous les soignants soient vaccinés, y compris contre la grippe.

Cela doit aussi être le cas dans les EHPAD, où seuls 35 % des aides-soignants sont vaccinés contre la grippe.

Oui, mais il faut bien commencer quelque part…

C’est à mes yeux une mauvaise solution.

L’idée de ne pas réintégrer les soignants qui ne sont pas vaccinés fait-elle consensus au sein de votre groupe politique ?

Non, je suis minoritaire. Nous sommes tous minoritaires au sein de nos groupes sur cette question-là.

Face à la flambée des cas de Covid, pensez-vous que le port du masque, notamment dans les transports en commun, devrait être à nouveau obligatoire ?

Il devrait l’être mais je doute que le gouvernement soit capable de faire respecter une telle décision. Combien de fois a-t-on entendu que le Covid était fini ? Les gens sont excédés face à une communication gouvernementale terrible et erratique.

La Covid reste grave. On peut en mourir, faire des formes graves, aller en réanimation ou garder des séquelles à vie. La revue scientifique Nature a démontré qu’une forme de Covid grave pouvait même entraîner un vieillissement prématuré des cellules du cerveau.

D’après les estimations de Santé publique France, deux millions de personnes sont atteintes de Covid long en France. Pourtant, les associations de patients dénoncent l’inaction des autorités sanitaires.

Il n’y a pas de consultations spécialisées pour les personnes atteintes de Covid-long à la hauteur des besoins. On ne sait même pas combien de personnes en sont atteintes ! Il faudrait au moins les compter, comme le font les Anglais.

Il faut une stratégie en trois axes : accentuer la recherche, faire de l’épidémiologie et mettre en place des consultations spécialisées.

Lorsqu’un médecin reçoit un patient atteint de Covid long, il ne sait pas vers qui l’envoyer.
De plus, le Covid long n’est pas seulement un problème médical, c’est aussi un problème économique et social : 600 000 personnes en France ne peuvent pas travailler, ou que partiellement.

Un autre virus a frappé la France, et l’Europe, ces derniers mois : le monkeypox, ou variole du singe. Pensez-vous que le gouvernement a su faire face à cette épidémie ?

L’épidémie s’est arrêtée car c’est l’histoire naturelle de la maladie, mais le gouvernement n’y est pour rien. La gestion a été chaotique. En juillet, j’avais demandé au gouvernement combien de doses de vaccins étaient disponibles. Je n’ai jamais eu la réponse.

Le gouvernement a répondu que ce chiffre était classé « secret-défense ». Pourtant, la Commission européenne de son côté a publiquement annoncé le nombre de doses qu’elle avait commandé.

Il y aurait donc un secret-défense en France, mais pas en Europe ?

Dans le Plan variole de 2006, le nombre exact de doses en stock a été annoncé publiquement et est encore aujourd’hui disponible en ligne. Là encore, il y aurait un secret-défense en 2022 mais pas en 2006 ?

Je fais l’hypothèse que nous n’avons pas de vaccins, comme nous n’avions pas de masques. Le secret-défense est un alibi pour cacher nos insuffisances.