Pologne : entre la présidence de l’UE et l’élection présidentielle, l’année 2025 s’annonce chargée
Le gouvernement du Premier ministre polonais Donald Tusk se prépare à un début d’année 2025 riche en évènements, marqué par sa présidence du Conseil de l’Union européenne et l’élection présidentielle, qui pourrait permettre à son camp d’accéder aux pleins pouvoirs dans le pays.
Le gouvernement du Premier ministre polonais Donald Tusk se prépare à un début d’année 2025 riche en évènements, marqué notamment par sa présidence du Conseil de l’Union européenne (UE) et l’élection présidentielle, qui pourrait permettre à son camp politique d’accéder aux pleins pouvoirs dans le pays.
En 2011, alors que Donald Tusk exercait son premier mandat en tant que Premier ministre, la Pologne avait déjà assuré une présidence du Conseil de l’UE, où se réunissent les ministres des États membres du bloc. Cette fois-ci, pour ses six mois à la tête de l’UE (janvier-juin 2025), Varsovie a décidé de faire de la sécurité, y compris la sécurité militaire, intérieure, et énergétique, la priorité.
« Il s’agit des principales conditions nécessaires pour que l’Union européenne retrouve sa pleine compétitivité, pour qu’elle protège les différents groupes de citoyens et qu’elle soit une concurrente honnête avec une vraie chance de gagner face à tous les autres pays du monde », déclarait le responsable politique polonais au début du mois de décembre.
La sécurité, au sens large du terme, est le principal moteur des politiques du gouvernement de Donald Tusk (Plateforme civique, Parti populaire européen) depuis qu’il est revenu au pouvoir fin 2023. Le Premier ministre a augmenté les dépenses de défense de son pays à plus de 4 % du PIB national cette année — bien au-delà de l’objectif de 2 % de l’OTAN —, avec la perspective d’atteindre 4,7 % l’année prochaine.
Il existe un certain consensus politique transpartisan en Pologne sur les priorités de la présidence, le parti d’opposition Droit et Justice (PiS, Conservateurs et Réformistes européens), au pouvoir durant huit ans avant le retour des forces pro-UE emmenées par Donald Tusk, soutenant l’accent mis par la future présidence du Conseil sur la sécurité.
« Il est crucial que le gouvernement ne gaspille pas l’opportunité pour la Pologne, et qu’au lieu d’un soutien technique à l’agenda, il se concentre sur des objectifs spécifiques et ambitieux », a confié l’eurodéputé PiS Bogdan Rzońca, ajoutant qu’il suivrait de près la mise en œuvre des priorités de la présidence.
Relations avec Washington et aide à l’Ukraine
Traditionnellement protransatlantique, Varsovie cherchera également à maintenir des liens forts avec les États-Unis malgré le changement de présidence et d’orientation politique du pays avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche à partir de janvier.
« Si nous nous attendons à certains changements ou à des turbulences dans la géopolitique et la situation internationale, l’Europe et la Pologne devraient veiller à maintenir les meilleures relations transatlantiques possibles », affirmait Donald Tusk le mois dernier.
Bien que le précédent gouvernement mené par le PiS soit plus en phase avec Donald Trump, Donald Tusk a démontré durant son mandat de président du Conseil européen (2014-2019) qu’il ne cédait pas facilement aux pressions du républicain.
Le soutien de l’Union européenne à l’Ukraine devrait également se poursuivre sous la présidence polonaise du Conseil, le pays étant resté l’un des plus fervents soutiens de Kiev depuis le début de l’invasion menée par Moscou en février 2022 — et ce, en dépit de certains différends historiques et commerciaux entre les deux pays.
Un leadership accru au sein de l’UE
Les experts soulignent que les crises politiques qui touchent actuellement l’Allemagne et la France — traditionnel moteur de l’Union européenne — rendent le rôle de la présidence polonaise encore plus important.
« Étant donné que ni l’Allemagne ni la France n’ont de gouvernement pleinement fonctionnel, et qu’il est possible qu’elles n’en aient pas dans les mois à venir, la Pologne a une chance d’être un véritable leader de l’Europe », a récemment expliqué à Euractiv l’expert en marketing politique Mirosław Oczkoś.
Selon l’expert, le charisme de Donald Tusk et la réputation de dirigeant fort et fiable qu’il a bâtie à travers les capitales de l’UE en tant que président du Conseil européen pourraient également s’avérer utiles.
Mirosław Oczkoś, qui avait indiqué à Euractiv Pologne en début d’année qu’il pensait que Donald Tusk avait toutes les qualités pour devenir un homme politique clé en Europe, a réitéré cette analyse.
Scrutin présidentiel
Le deuxième évènement majeur qui attend la Pologne en 2025 sera l’élection présidentielle, qui devrait se tenir aux alentours du mois de mai.
Le président sortant, Andrzej Duda, anciennement membre du PiS resté proche du parti, arrive au terme de son deuxième mandat et, en vertu de la législation polonaise, il ne peut se représenter.
Le PiS a désigné Karol Nawrocki, directeur de l’Institut polonais de la mémoire nationale (IPN) et relativement peu connu, comme candidat pour lui succéder. Officiellement, Karol Nawrocki se présente en tant que candidat indépendant — son poste actuel lui interdisant tout engagement partisan —, mais il est ouvertement soutenu par le parti d’extrême droite.
Cependant, c’est le candidat désigné par Donald Tusk, Rafał Trzaskowski, maire de Varsovie, qui est actuellement en tête des sondages. Le responsable politique s’est déjà présenté à l’élection présidentielle de 2020, perdant de peu face à Andrzej Duda au second tour.
La précédente présidentielle a montré que, malgré l’objectif commun d’éloigner le parti Droit et Justice du pouvoir, les disparités persistent au sein de la coalition au pouvoir, la Coalition civique (KO).
Alors que la Coalition civique de Donald Tusk souhaitait désigner un candidat commun, seuls deux des quatre partis de la coalition ont approuvé Rafał Trzaskowski.
Le dirigeant du parti Pologne 2050 (Renew) et président du parlement, Szymon Hołownia, a annoncé sa candidature le mois dernier, et le Parti paysan polonais (Parti populaire européen) a décidé de le soutenir. La Gauche (Socialistes et Démocrates européens) a pour sa part désigné sa sénatrice, Magdalena Biejat, comme candidate. Il s’agit de la seule femme en lice.
Donald Tusk aura-t-il les pleins pouvoirs ?
Pour le Premier ministre, l’élection présidentielle de mai est cruciale, car elle peut lui donner les pleins pouvoirs en Pologne — ce dont il a bénéficié pendant la majeure partie de son précédent mandat de Premier ministre, lorsque Bronisław Komorowski (Plateforme civique) était président entre 2010 et 2015.
Depuis que la coalition dirigée par Donald Tusk est arrivée à la tête de l’exécutif il y a un an, le président Andrzej Duda, qui a souvent été accusé de favoriser le PiS, s’est opposé à des politiques gouvernementales clés, notamment celles visant à restaurer l’indépendance du système judiciaire du pays. Il a opposé son veto à des lois ou les a renvoyées au tribunal constitutionnel — dominé par le parti d’opposition. Un président du camp politique de Donald Tusk pourrait donc faciliter l’approbation de ce type de politiques.
Le scrutin est également important pour le PiS, qui défend son dernier bastion, à savoir la présidence du pays, face au camp de Donald Tusk.
Une victoire de Karol Nawrock — bien que peu probable — prouverait non seulement que le parti est toujours capable de gagner, mais préparerait également le terrain pour sa lutte en vue de reprendre le pouvoir en Pologne lors des élections générales de 2027.
« L’élection de 2025 serait la plus importante pour la Pologne depuis la chute du communisme en 1989 », a affirmé Mirosław Oczkoś.
Selon l’expert, le scrutin présidentiel décidera de l’avenir des deux principaux poids lourds politiques du pays : Donald Tusk et le président du parti Droit et Justice, Jarosław Kaczyński, dont les partis ont dominé la scène politique polonaise au cours des deux dernières décennies.
Cependant, malgré les sondages actuels, « personne ne devrait supposer que ces élections sont gagnées d’avance », avertit l’expert, qui souligne que Karol Nawrocki a encore une chance de l’emporter.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]