Poulet ukrainien : l'interprofession demande plus de transparence sur les produits importés dans l'UE

Alors que les producteurs européens ont dernièrement appelé la Commission à instaurer des seuils d’importation pour les produits agricoles ukrainiens, la filière volaille française demande l'arrêt de l'ouverture totale du marché à l'Ukraine et une  meilleure traçabilité.

Euractiv France
Poultry,Farm,With,Chicken.,Husbandry,,Housing,Business,For,The,Purpose
Poultry,Farm,With,Chicken.,Husbandry,,Housing,Business,For,The,Purpose [AlexanderLipko / Shutterstock]

Alors que les producteurs européens ont dernièrement appelé la Commission à instaurer des seuils d’importation pour les produits agricoles ukrainiens, la filière volaille française demande l’arrêt de l’ouverture totale du marché à l’Ukraine et une meilleure traçabilité.

« Peu de volailles ukrainiennes arrivent directement en France, elles arrivent surtout via d’autres états membres sans traçabilité », déplore Yann Nédélec, directeur de l’Anvol, l’interprofession de la volaille française.

En France, un poulet consommé sur deux vient de l’étranger, à 80 % des pays de l’UE tels que la Pologne, les Pays-Bas ou la Belgique.

Avec un premier accord de libre-échange entre l’UE et l’Ukraine signé en 2016, et plus encore depuis la levée des quotas et des droits de douane en 2022 en solidarité au pays attaqué, les poulets ukrainiens se déversent dans l’hexagone – 75 % de plus sur les 6 premiers mois de 2023.

Mais, si en France les volumes de viande en provenance d’Ukraine augmentent, cela ne représente que la partie émergée de l’iceberg.

« Lorsque l’on importe certains produits issus de pays européens qui exportent plus qu’ils ne produisent, comme les Pays-Bas [l’un des cinq principaux fournisseurs de la France, ndlr], il y a de forte chance que la viande congelée provienne du Brésil, du Chili, et la viande fraîche d’Ukraine« , ajoute le responsable de l’interprofession.

À l’échelle européenne, un quart des poulets consommés proviennent de ces pays tiers. En 2023, 230 000 tonnes ont été importées d’Ukraine, soit une augmentation de 40 % en 2022, autant de viande qui circule ensuite librement sur le marché européen. Et sans que les consommateurs en soient toujours informés.

Si le règlement européen de 2013 impose la mention du lieu d’élevage et d’abattage pour les viandes fraîches, réfrigérées et congelées, cela ne concerne pas les produits transformés à base de viande, comme les plats préparés.

De son côté, la France avait imposé en 2016 la mention de l’origine pour ces produits à base de viande, via dérogation au règlement, mais le Conseil d’État a annulé cette décision après avoir interrogé la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), et déclarant ce procédé « illégal », au regard du droit européen.

Arrêt de l’accord

Pour protéger la filière française et européenne, l’Anvol demande depuis plusieurs mois l’activation de la clause de sauvegarde, inscrite dans le règlement de l’accord de libre-échange avec l’Ukraine. Cette possibilité permet de retirer de façon temporaire un produit du marché, lorsque les importations risquent de « causer un préjudice grave » à une branche d’activité.

Une demande prise en compte par le ministre français de l’Agriculture Marc Fesneau en septembre dernier, lequel avait tout de même averti qu’il ne voulait pas « envoyer de signaux hostiles à l’Ukraine », et que la clause de sauvegarde pourrait être assimilée à un « acte d’hostilité ».

Le 11 décembre dernier, le Commissaire européen à l’Agricuture avait lui-même appelé Bruxelles à adopter « des instruments de sauvegarde appropriés pour réagir si les importations sont trop élevées et perturbent le marché [de l’UE] ». 

Début janvier, cinq associations de producteurs européen ont enjoint la Commission à introduire un mécanisme de plafonnement pour les produits agricoles « critiques », dont la volaille.

Pour Yann Nédélec l’accord temporaire qui supprime les quotas et les droits de douane, censé expirer en juin 2024, ne doit tout simplement pas être reconduit. « Il faut revenir aux volumes initiaux de 2019, lorsqu’il y avait deux à trois fois moins de volumes par an en provenance d’Ukraine », ajoute-t-il.

Pas question, pour autant, de se désolidariser de l’Ukraine. Si les volumes d’avant la guerre, bien au-dessus des quotas en vigueur pour l’Anvol, étaient alors « inacceptables », Yann Nédélec concède qu’ils sont désormais « acceptables au regard de la situation ».

« Le ministre français doit apporter son appui au ministre polonais [qui a mis en place des interdictions unilatérales sur les importations ukrainiennes], et au Commissaire européen, la France doit être solide et forte sur cette question », lance-t-il alors que le sujet sera à l’ordre du jour du Conseil des ministres de l’UE le 23 janvier prochain.

Plus de transparence

En parallèle, le responsable de l’Anvol appelle l’UE à améliorer la traçabilité des produits importés en UE, et à « rendre une bonne fois pour toutes l’étiquetage obligatoire pour tous les produits, que ce soit pour les produits bruts, mais aussi transformés ».

D’autant plus que les normes sanitaires, sociales et environnementales sont bien moins exigeantes en Ukraine qu’au sein de l’UE, ce qui crée un différentiel de compétitivité portant préjudice aux éleveurs, et aux consommateurs de l’UE.

L’Anvol appelle aussi à instaurer des clauses miroirs – réciprocité des normes – pour tous les nouveaux accords de libre-échange, en visant spécifiquement l’accord de l’UE avec le Mercosur, mais à les instaurer aussi dans « les accords en cours ».

« Nous n’avons pas la garantie que les producteurs ukrainiens respectent la même chose que nous sur bien-être animal, les normes sanitaires – salmonelle, antibiotiques, hormones de croissance… Ils doivent, au moins sur ces questions, respecter les mêmes règles que nous », souligne Yann Nédélec.