Pour Emmanuel Macron, il n'y a pas besoin de relancer le projet de gazoduc MidCat entre la France et l'Espagne
À l'heure où les interconnexions énergétiques européennes sont plus que cruciales, Emmanuel Macron confirme qu'il ne relancera pas le projet MidCat d'interconnexion gazière entre la France et l'Espagne. Il invite ses homologues espagnols, allemands et portugais à le convaincre du contraire.
À l’heure où les interconnexions énergétiques européennes sont plus que cruciales, Emmanuel Macron confirme qu’il ne relancera pas le projet MidCat d’interconnexion gazière entre la France et l’Espagne. Il invite toutefois ses homologues espagnols, allemands et portugais à le convaincre du contraire.
En conférence de presse à l’Élysée lundi (5 septembre), faisant suite à une discussion avec le chancelier allemand Olaf Scholz, le président de la République a profité de l’attention des journalistes pour clarifier les positions communes entre Paris et Berlin.
De la mise en place d’un plafond sur le prix du gaz, à la construction d’une plateforme d’achat commun de gaz, Emmanuel Macron ne boude pas le micro pour signaler son entière « solidarité » avec l’Allemagne, pour l’Europe.
En revanche, côté relance du projet d’interconnexion gazière MidCat entre l’Espagne et la France farouchement soutenu par les dirigeants espagnols, portugais et allemands, le chef de l’État « ne comprend pas le problème ». Pour lui, « il n’y a pas d’évidence de besoin ».
La situation n’est plus la même
Ce projet de gazoduc lancé en 2013 sous la présidence de François Hollande avec le soutien de la Commission européenne, se devait d’être un pont énergétique majeur entre la péninsule ibérique et le reste du continent européen, d’ordinaire mal connectés.
Mais du déboire des premières études au raccourcissement des ambitions du projet renommé South Transit East Pyrénées, et à la vue des coûts qu’il engendrait pour le maigre résultat calculé, le projet fut abandonné en 2019 par les autorités françaises.
La situation n’est plus la même aujourd’hui. La guerre en Ukraine a fait exploser les prix du gaz et, par ricochet, ceux de l’électricité du fait de la règle du marché européen de l’électricité basé sur le prix du MegaWatt-heure le plus cher de toutes les énergies, soit en ce moment, celui du gaz.
La majorité des dirigeants européens se dit d’ailleurs prête à reformer ce système. Le conseil des 27 ministres de l’Énergie européen attendu vendredi prochain (9 septembre) devrait apporter des réponses.
Ainsi, pour atténuer en partie les effets prévus de la crise énergétique, les besoins d’une interconnexion se font ressentir. Mais si Emmanuel Macron assure que « la France soutient les interconnexions énergétiques en Europe », il ajoute qu’il ne soutiendra que « celles qui ont du sens ».
Lorsque le chancelier Olaf Scholz déclarait mi-août que la remise en route de ce projet manquait « drastiquement » à l’Europe, le président français rappelle que « aujourd’hui, entre la France et l’Espagne, il y a deux gazoducs […] qui sont utilisés à 53 % de leur capacité » depuis février.
Quand la ministre de l’Écologie espagnole, Teresa Ribera, répondait pendant l’été que les derniers travaux pouvaient être terminés en « huit à neuf mois », Emmanuel Macron rétorque que « les travaux ne seraient pas sans mal, parce qu’il y a beaucoup d’oppositions, en particulier environnementales ».
Au Premier ministre portugais, Antonio Costa, qui commentait il y a peu que ce projet était une « priorité » pour le continent, le chef de l’État français fait remarquer que « lorsqu[‘il] regarde le sens de la marche, la France exporte du gaz vers l’Espagne ».
Enfin, concernant la possibilité de transporter de l’hydrogène à travers ce gazoduc, « tous les experts me disent qu’il est faux d’imaginer qu’un gazoduc d’aujourd’hui transportera demain de l’hydrogène », insiste le président.
Constance française
Contactées plusieurs fois par EURACTIV France, les autorités françaises ont toujours signalé le mauvais équilibre coût-bénéfice de ce projet.
Suite aux propositions faites par Teresa Ribera de relancer le projet au plus vite, la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, avait ainsi fait savoir au média espagnol Ara, que le projet n’avait pas d’intérêt. Qu’en plus, il mettrait des années avant d’être opérationnel.
Néanmoins, à la question qui lui était posée de savoir si ce projet était « définitivement enterré par la France », Emmanuel Macron inverse la charge de la preuve : les faits rapportant la cohérence d’un tel projet reviennent aux autorités espagnoles, portugaises et allemandes. Pour l’heure, le chef du gouvernement allemand n’a pas su convaincre le chef d’État français.