Première visite de Lucas Papademos à Bruxelles

Le nouveau premier ministre grec, Lucas Papademos, s’est rendu à Bruxelles hier (20 novembre) afin de réclamer le versement de l'aide nécessaire à Athènes pour éviter la faillite, même si l’un des principaux membres de sa coalition a refusé de s'engager par écrit quant aux réformes demandées par l’UE en échange du renflouement.

EURACTIV.fr / Reuters
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Le nouveau premier ministre grec, Lucas Papademos, s’est rendu à Bruxelles hier (20 novembre) afin de réclamer le versement de l'aide nécessaire à Athènes pour éviter la faillite, même si l’un des principaux membres de sa coalition a refusé de s'engager par écrit quant aux réformes demandées par l’UE en échange du renflouement.

Lucas Papademos doit convaincre le Fonds monétaire international et l'Union européenne de verser à la Grèce les 8 milliards d'euros nécessaires pour éviter un défaut de paiement qui surviendrait mi-décembre. Le parti conservateur Nouvelle démocratie a cependant refusé les conditions posées par les deux bailleurs de fonds.

Les représentants de la fameuse « troïka », l'UE, le FMI et la Banque centrale européenne, ont conclu les premières négociations avec le parti conservateur et ses partenaires, les socialistes de l'ancien premier ministre George Papandreou et le parti d'extrême-droite LAOS.

Mais pendant cette rencontre, le leader de Nouvelle démocratie, Antonis Samaras, a refusé de fournir une garantie écrite de son engagement à continuer de prendre les mesures nécessaires pour respecter les termes du renflouement, quelle que soit l'issue du vote provisoirement prévu pour le 19 février.

Selon le dirigeant du parti LAOS, George Karatzaferis, qui a rencontré les représentants de la troïka dimanche, les prêteurs internationaux ne verseront pas la sixième tranche d'aide à Athènes sans ces garanties écrites.

« Je pense que nous ne bénéficions d'aucune marge de manoeuvre, et que nous devons trouver un accord afin que cette tranche d'aide soit versée à temps pour couvrir les besoins pressants du pays », a déclaré à la presse M. Karatzaferis, en ajoutant qu'il signerait cet engagement écrit.

Dimanche dernier, M. Samaras a déclaré aux représentants de la troïka qu'un engagement oral de ne pas s'opposer aux réformes actuelles devrait suffire.

Toutefois, dans une approche que les analystes qualifient de tentative de prendre ses distances par rapport aux difficiles mesures d'austérité, afin de remporter des voix en amont des élections, il a également fait part, la semaine dernière, de sa volonté de remporter une large majorité dans le but de contrer les réformes qu'il rejette.

M. Samaras, un économiste diplômé d'Harvard, s'est longtemps opposé à la hausse des impôts et à la réduction des dépenses soutenues par son rival principal (et ancien compagnon d'université) M. Papandreou, en assurant que des mesures en faveur de la croissance seraient plus efficaces.

Ces évènements ont suscité la colère de la communauté internationale, qui a vu la Grèce échouer dans sa tentative d'atteindre les objectifs fixés pour assurer le renflouement. Cela a entraîné la contagion de la crise dans d'autres Etats de la zone euro et la hausse des rendements obligataires en Italie, en France et même en Allemagne.

Selon une source proche de la troïka, les représentants devaient quitter Athènes dimanche. Ils devraient s'y rendre à nouveau pour annoncer leur décision quant au versement de la tranche d'aide de 8 milliards d'euros, sans laquelle Athènes affichera un défaut de paiement à la mi-décembre.

Le renflouement, une opération risquée

En plus du versement de la prochaine tranche d'aide prévue en décembre, la troïka doit également décider si la Grèce mérite le renflouement de 130 milliards d'euros, décidé le mois dernier, et qui remplace le paquet d'aide original de 110 milliards d'euros.

M. Papademos, un ancien vice-président de la BCE, devrait rencontrer aujourd'hui (21 novembre) les dirigeants de l'EU, José Manuel Barroso et Herman Van Rompuy, et mardi le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker.

Mais le gouvernement de M. Papademos est confronté à de nombreux obstacles relatifs à la mise en oeuvre des réformes, notamment l'opposition farouche des syndicats et la colère de la population frappée par des années d'austérité, qui ont entraîné l'économie du pays dans une récession pour la quatrième année consécutive.

Dimanche dernier, le syndicat de la plus grande société grecque de production d'électricité, PPC, a menacé d'appeler à une série de grèves contre le projet visant à diminuer l'emprise de l'entreprise sur les réserves de charbon du pays.

Dans le cadre du renflouement, Athènes doit mettre fin au monopole de facto de PPC, une entreprise contrôlée par l'Etat, sur la production de lignite, le pilier de la production d'électricité du pays. Les autorités grecques doivent également tenter de vendre les parts de l'Etat dans ce générateur.

Mais le syndicat ouvrier de PPC, GENOP, a déclaré qu'il lancerait un mouvement de grève si tel était le cas.

« Ce gouvernement d'intérêts particuliers, qui a été imposé au peuple grec contre sa volonté, doit comprendre qu'il devra faire face à de nombreux obstacles avant de réussir à vendre les propriétés du peuple grec », a déclaré le syndicat dans un communiqué.

Les médias grecs, souvent divisés selon leurs affinités politiques, sont également partagés quant à la prise de position de M. Samaras. L'hebdomadaire pro-Nouvelle démocratie Typos Tis Kyriakis a affirmé que M. Samaras trouverait un compromis avec les prêteurs extérieurs et ne devrait pas avoir à reculer.

« Les représentants de Nouvelle démocratie sont satisfaits, car M. Samaras est en train de gagner son combat contre les Européens à propos des garanties écrites », peut-on lire dans ce journal.

Mais pour le journal de gauche Eleftherotypia, M. Samaras essaye d'apaiser la  « faction populiste » de son parti qui a désapprouvé son projet de rejoindre la coalition ces deux dernières semaines. Cette initiative pourrait mettre en péril le versement de la prochaine tranche d'aide, selon le quotidien.

« Le refus de M. Samaras de signer cet engagement met en péril le versement de la tranche d'aide et pourrait ruiner toutes les initiatives qu'il a prises ces 15 derniers jours », explique le journal.