Quelle place pour les pesticides dans l’agriculture européenne?
La semaine pour les Alternatives aux pesticides est l’occasion de réfléchir sur leur présence dans la future politique agricole commune.
La semaine pour les Alternatives aux pesticides est l’occasion de réfléchir sur leur présence dans la future politique agricole commune.
Peut-on aujourd’hui se passer des pesticides ? A cette question, la sixième semaine pour les « alternatives aux pesticides » répond par l’affirmative. Organisé par l’association Générations futures et l’ACAP (Association citoyenne pour les alternatives aux pesticides), l’événement aura lieu du 20 au 30 mars en France, dans toute l’Europe ou encore en Afrique.
Des « pesticides durables »
La Commission européenne a présenté, en novembre 2010, une communication sur l’avenir de la politique agricole commune (PAC) après 2013. Le texte insiste sur l’importance de construire une agriculture plus verte. La place des pesticides a déjà été précisée par une série de mesures européennes adoptées en octobre 2009.
Un règlement conditionne la mise sur le marché et l’évaluation des produits phytopharmaceutiques. Une directive, qui entrera en vigueur en décembre 2011, impose « l’utilisation durable » des pesticides.
Selon le directeur général de l’Union des industriels de la protection des plantes (UIPP), Jean-Charles Bocquet, le mot « durable » s’applique aujourd’hui aux pesticides dans l’environnement mais aussi au secteur agricole, à la société et à l’économie.
Dans la pratique, une fois les critères d’évaluation validés, ces pesticides (de synthèse ou naturels) sont reconnus « durables ». Pas question donc pour la PAC de se passer d’eux, un tel scénario serait même « impossible », ajoute le directeur général de l’UIPP. En France, par exemple, pour une production de 7 tonnes de blé par hectare, la suppression des pesticides entrainerait une perte de 40% de ce volume. C’est-à-dire, au total, une perte de 15 millions de tonnes de blé, qui correspond en moyenne à la consommation annuelle française, affirme Jean-Charles Bocquet.
De mauvais critères d’évaluations ?
De son coté, le président de l’association Génération futures, François Veillerette, en appelle à une réduction progressive des pesticides. La PAC sans pesticides ne lui semble pas un pari fou, « mais cela prendra plus temps », explique t-il. Il considère que ce scénario est beaucoup plus réalisable à l’échelle de la France. Le pays étant un important exportateur agricole, une baisse de la production n’aura aucun incident sur la consommation des Français, fait-il valoir.
Limiter l’utilisation des pesticides serait également selon lui, très favorable pour le revenu des agriculteurs. Les paysans pourraient s’affranchir du coût de ces produits, particulièrement onéreux.
Qu’entend la Commission européenne par « pesticides durables »? François Veillerette n’a pas de réponse. Selon lui, les critères d’évaluation des produits phytosanitaires sont biaisés car établis à partir d’études menées par les industries agricoles.
Il regrette que les critères ne prennent pas en compte la nocivité de certains pesticides, comme par exemple les neurotoxiques, qui entraînent des perturbations du système nerveux. Mais il salue l’initiative d’une réforme du système de la PAC. L’agriculture durable sera non seulement dotée du budget de cette politique communautaire, mais son cadre restrictif la rendra plus efficiente.
Une dimension restrictive, qui manque au Grenelle de l’Environnment français proposé en 2007, déplore t-il. Pourtant, en matière d’agriculture durable, le Grenelle, pose dans le Plan Ecophyto l’objectif d’une réduction par deux de l’utilisation des pesticides d’ici 2018.
Le débat sur les pesticides doit donc être mené en parallèle avec celui sur une nouvelle agriculture durable. Une enquête menée par l’Union européenne en 2008 a en effet révélé que 49,5% des fruits et légumes produits en Europe contiennent des traces de produits phytos.