Questions de forme

Également dans l'édition de vendredi : budget européen, Chine, Meloni contre Sánchez

/ EURACTIV.com

DEUXIÈME MANCHE : Les dirigeants européens remettent aujourd’hui l’ouvrage sur le métier pour la deuxième grande bataille de ce sommet européen : le prochain budget pluriannuel de l’UE. Nous suivrons chaque rebondissement depuis Bruxelles. Retrouvez notre couverture en direct tout au long de la journée.

Vous lisez Rapporteur du vendredi 19 juin. Ici Nicoletta Ionta à Bruxelles, avec Eddy Wax.

À retenir :

🟢 Les dirigeants de l’UE cherchent un format commun pour les discussions avec la Russie

🟢 Le bras de fer budgétaire entre dans une nouvelle phase

🟢 Meloni s’en prend au plan migratoire de l’Espagne


L’Europe, vue de Bruxelles


Les dirigeants européens sont arrivés à Bruxelles dans l’idée de consacrer l’essentiel de leurs discussions à la relation de plus en plus délicate entre l’Union européenne et la Chine, après un sommet du G7 marqué par un relatif regain d’unité entre alliés occidentaux.

Ils ont finalement été rattrapés par un sujet plus familier : la Russie.

Au cœur des échanges figurait la question du rôle que l’UE devrait jouer dans d’éventuelles négociations visant à mettre fin à la guerre en Ukraine, ainsi que celle de savoir qui parlerait au nom du bloc lorsqu’il s’agira, le moment venu, d’engager un dialogue avec Moscou.

La récente initiative d’António Costa visant à établir un canal de communication discret avec le Kremlin a suscité des réserves chez plusieurs dirigeants baltes et nordiques.

La démarche e a immédiatement alimenté les spéculations. Certains diplomates y ont vu une première tentative du président du Conseil européen de se positionner comme futur interlocuteur de l’Union auprès de Moscou dans l’hypothèse où de véritables pourparlers de paix viendraient à s’ouvrir.

Cette initiative a toutefois été présentée comme un exercice de diplomatie exploratoire plutôt que comme le prélude à un processus de négociation formel.

À ce stade, de telles discussions demeurent largement théoriques. « Il n’y a pas encore de table autour de laquelle s’asseoir », résume un diplomate. L’épisode a néanmoins suscité des interrogations chez plusieurs dirigeants, qui se sont étonnés à la fois du calendrier de cette prise de contact et de l’absence de concertation préalable.

Dans les faits, toutefois, le sujet n’a guère occupé les débats. Quatre diplomates et un responsable européen l’ont décrit comme un épisode anecdotique plutôt que comme une véritable source de tension.

Selon un autre diplomate, l’initiative a reçu un accueil mitigé. Plusieurs de ses homologues soulignent néanmoins qu’une nette majorité des dirigeants y était favorable. Les réserves les plus marquées sont venues des États baltes, du Danemark et de plusieurs pays nordiques, qui estimaient ne pas avoir été suffisamment associés à la démarche. Lire l’article d’Eddy Wax et Magnus Lund Nielsen consacré à la première journée du sommet.

Le débat de fond, lui, n’a rien de nouveau. Depuis des mois, dans les couloirs des institutions européennes comme dans les capitales, la question de savoir qui pourrait, le moment venu, engager un dialogue avec Moscou revient régulièrement. Les spéculations sur le rôle que pourraient jouer certains dirigeants actuels ou anciens n’ont jamais vraiment cessé.

Parmi ceux qui ont relancé le sujet figure Giorgia Meloni. Selon deux diplomates, la présidente du Conseil italien a de nouveau plaidé pour la nomination d’un envoyé spécial de l’Union chargé d’ouvrir un dialogue structuré avec la Russie. Mme Meloni s’agace depuis longtemps de la place prépondérante occupée par le trio formé par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, ainsi que des initiatives diplomatiques menées en dehors d’un cadre véritablement européen.

António Costa lui-même s’est pourtant efforcé à plusieurs reprises de tempérer les attentes. Le mois dernier encore, il jugeait prématuré d’envisager des discussions avec Moscou, affirmant que l’Union ne s’adresserait à Vladimir Poutine qu’au « moment opportun ».

Sa prudente tentative de prise de contact l’a néanmoins propulsé au centre d’un débat qui ne devrait pas disparaître de sitôt.

La nuit a toutefois offert une parenthèse plus légère. Vers deux heures du matin, António Costa est passé devant le Premier ministre belge Bart De Wever, alors que celui-ci répondait aux questions des journalistes.

« Je parlais justement de vous, António, et en des termes très élogieux ! J’expliquais que vous êtes le seul capable de nous représenter et que nous devrions vous envoyer à Moscou le plus vite possible », a plaisanté M. De Wever.

« C’est parce que vous ne voulez plus de moi à Bruxelles », lui a répondu M. Costa.

Bataille budgétaire à l’horizon

Le bras de fer autour du prochain budget pluriannuel de l’Union européenne entre aujourd’hui dans une nouvelle phase. Les dirigeants se retrouvent pour leur première discussion depuis que la présidence chypriote du Conseil a dévoilé sa première proposition de compromis, la fameuse « négobox ».

Les positions restent très éloignées et les chiffres actuellement sur la table ont peu de chances de survivre intacts aux négociations. L’adoption du budget 2028-2034 est régulièrement décrite comme l’exercice politique le plus ardu de l’Union, un marchandage de haute intensité qui exige souvent, selon les mots d’un haut responsable européen, « du sang sur le tapis ».

Les lignes de fracture sont bien connues. Les États les plus soucieux de la discipline budgétaire veulent limiter leurs contributions nationales, tandis que les principaux bénéficiaires des fonds européens cherchent à préserver les dépenses existantes. Les défenseurs des politiques traditionnelles, notamment de la politique agricole commune, se préparent également à un affrontement avec ceux qui souhaitent réorienter davantage de ressources vers la défense, la compétitivité et l’autonomie stratégique.

Quels sont les principaux camps en présence et que défendent-ils ? À lire dans l’article de ma collègue Victoria Becker et de moi-même.

Xi-lui dont on ne doit pas prononcer le nom

Autour d’un dîner composé d’artichauts bretons, de bar rôti et d’abricots à la cardamome, les dirigeants européens ont abordé jeudi soir la question de la protection de l’industrie européenne face à la concurrence chinoise.

Selon plusieurs responsables, le ton a sensiblement changé. Des mesures autrefois jugées politiquement délicates en raison du risque de représailles chinoises recueillent désormais le soutien d’un nombre croissant de capitales, y compris Berlin, longtemps considéré comme l’un des États membres les plus exposés économiquement à la Chine.

Plusieurs pays souhaitent que la Commission fasse un usage plus offensif des instruments de défense commerciale existants, notamment les procédures antidumping, dont les enquêtes peuvent aujourd’hui durer plus d’un an.

D’autres poussent Bruxelles à développer de nouveaux outils visant à lutter contre les surcapacités industrielles, estimant que les entreprises chinoises, largement subventionnées, inondent les marchés mondiaux de produits avec lesquels les industriels européens peinent à rivaliser.

L’une des pistes à l’étude consisterait à permettre à l’Union d’imposer des droits de douane sur les importations liées à des situations de surcapacité structurelle. Si un tel mécanisme devrait, juridiquement, rester neutre quant au pays visé, personne ne doute que la Chine constitue la cible principale.

La Commission est également appelée à accélérer ses efforts pour diversifier les chaînes d’approvisionnement et réduire les dépendances industrielles vis-à-vis de Pékin, en particulier dans les secteurs stratégiques.

Meloni contre Sánchez

Giorgia Meloni s’en est prise jeudi soir à Pedro Sánchez lors d’un échange entre dirigeants européens consacré à la migration, estimant que le projet espagnol de régularisation de centaines de milliers de migrants en situation irrégulière aurait des conséquences bien au-delà des frontières espagnoles.

Ce que fait l’Espagne « affecte ses voisins », a déclaré la présidente du Conseil italien, en référence à une initiative soutenue par le gouvernement espagnol qui devrait permettre à environ 500 000 résidents étrangers sans papiers d’obtenir un statut légal. Lire l’article complet.

Tempête israélienne

Kaja Kallas a connu jeudi un anniversaire mouvementé. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, a annoncé qu’il rompait tout contact avec elle après des propos comparant la situation à Gaza à l’Afrique du Sud de l’époque de l’apartheid.

L’attaque, diffusée sur les réseaux sociaux, semblait soigneusement calibrée à la veille du Conseil européen. À son arrivée au sommet, Friedrich Merz n’a d’ailleurs pas tardé à prendre ses distances avec les déclarations de la haute représentante.

Selon l’analyse d’Eddy Wax, Mme Kallas — restée silencieuse pendant six jours face à la polémique — semble avoir choisi de laisser passer l’orage afin de se démarquer d’Ursula von der Leyen tout en abandonnant l’image relativement prudente qu’elle cultivait jusque-là sur le dossier israélien.

La haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité s’est faite ces dernières semaines la porte-voix des nombreux ministres européens favorables à de nouvelles sanctions contre Israël, au risque de se retrouver en porte-à-faux avec certains commissaires européens.

Jeudi, elle a cherché à se présenter comme une défenseure résolue de la position européenne sur le conflit israélo-palestinien. « Je ne peux pas passer mon temps à me battre contre des ombres », a-t-elle déclaré.

Dans le même temps, l’ambassadeur de l’Union européenne en Israël, Michael Mann, a assuré au Jerusalem Post que l’UE ne considérait pas Israël comme un État pratiquant l’apartheid. Lire l’analyse complète d’Eddy.

Trois nouveaux articles à lire sur Euractiv :


Rond-point Schuman


CHANGEMENT DE VOTE : Un porte-parole des CRE a déclaré que le coprésident du groupe, Patryk Jaki, avait rectifié son vote après s’être prononcé contre l’accord commercial entre l’UE et les États-Unis ce mardi. Il a désormais voté en faveur de cet accord.


Les capitales


BERLIN 🇩🇪

Friedrich Merz a pris ses distances jeudi avec les propos de la haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, qui avait comparé la situation à Gaza à l’Afrique du Sud de l’époque de l’apartheid, affirmant ne « pas partager ce choix de mots ». Cette mise au point intervient avant un débat des dirigeants européens sur le Moyen-Orient, alors que les Vingt-Sept restent divisés sur l’opportunité d’adopter de nouvelles sanctions contre Israël. Lire l’article complet.

– Magnus Lund Nielsen

PARIS 🇫🇷

Les parlementaires français se sont accordés sur un texte de compromis visant à freiner l’essor de l’ultra-fast fashion, ouvrant la voie à son adoption définitive d’ici à la fin du mois. Initialement conçu comme une réforme environnementale d’ampleur pour le secteur textile, le texte cible désormais principalement les plateformes asiatiques comme Shein et Temu, tout en épargnant largement les distributeurs européens. Il prévoit des pénalités pouvant atteindre 50 % du prix hors taxe d’un produit d’ici à 2030, dans la limite de 10 euros par article.

– Charles Szumski

LONDRES 🇬🇧

Andy Burnham a remporté vendredi une élection législative partielle décisive, faisant son retour à Westminster et ouvrant la voie à une candidature désormais largement anticipée à la tête du Parti travailliste. Le maire du Grand Manchester a recueilli près de 55 % des voix dans la circonscription de Makerfield, traditionnellement acquise au Labour, devançant nettement Reform UK. Les règles du parti exigent en effet d’être député pour briguer sa direction.

– Christina Zhao

MADRID 🇪🇸

La plus haute juridiction pénale espagnole a ouvert une enquête visant les filles ainsi que l’assistante personnelle de l’ancien Premier ministre José Luis Rodríguez Zapatero, dans le cadre d’une procédure portant sur des soupçons de trafic d’influence et de blanchiment liés au sauvetage de la compagnie aérienne Plus Ultra. Le juge d’instruction estime qu’une agence de marketing détenue par les filles de M. Zapatero aurait pu jouer un « rôle déterminant » dans le dispositif présumé. L’ancien chef du gouvernement, entendu mercredi, nie toute implication.

– Inés Fernández-Pontes

PRAGUE 🇨🇿

L’Office européen de lutte antifraude (OLAF) examine la décision des autorités tchèques de reprendre les versements de subventions européennes au groupe Agrofert, fondé par Andrej Babiš. Selon plusieurs médias tchèques, l’examen porte sur la capacité des fonds fiduciaires détenant l’entreprise à prévenir tout conflit d’intérêts. OLAF a confirmé analyser les informations relatives au dossier, tout en précisant qu’aucune enquête formelle n’avait été ouverte à ce stade.

– Aneta Zachová

BUCAREST 🇷🇴

Les tensions politiques se sont encore accentuées en Roumanie jeudi après la mise en cause pour corruption du maire de Bucarest, Ciprian Ciucu, par le parquet. M. Ciucu, qui rejette les accusations, est un proche allié du Premier ministre Ilie Bolojan et un opposant au candidat privilégié du président Nicușor Dan pour le poste de chef du gouvernement. Les proches de M. Bolojan dénoncent une procédure politiquement motivée destinée à peser sur les négociations de coalition. Adrian Veștea a par ailleurs annoncé que le vote parlementaire sur sa candidature au poste de Premier ministre était reporté à la semaine prochaine.

– Matei Rosca

TIRANA 🇦🇱

Le dernier rapport du Parlement européen sur la candidature de l’Albanie à l’UE a ravivé le bras de fer entre les défenseurs de l’environnement et le Premier ministre Edi Rama autour d’un projet touristique lié à Jared Kushner, gendre de Donald Trump. Les ONG ont salué l’appel des eurodéputés à un moratoire sur les nouvelles constructions dans les zones protégées, citant notamment les risques pesant sur la réserve de Vjosa-Narta. M. Rama affirme au contraire que le vote conforte sa position selon laquelle le projet peut être mené à bien s’il respecte les normes environnementales européennes. Les manifestations contre le projet entraient jeudi dans leur dix-huitième jour.

– Bronwyn Jones

VARSOVIE 🇵🇱

Le maire de Varsovie, Rafał Trzaskowski, a limogé jeudi l’ensemble de la direction de l’hôpital Południowy, alors qu’une enquête est en cours sur de présumées irrégularités, notamment des soupçons de traitement préférentiel accordé à certains responsables politiques et de malversations financières. Aneta Gomółka-Siembora, spécialiste de l’audit dans le secteur de la santé, a été nommée directrice générale par intérim et sera chargée de superviser la coopération avec les inspections en cours. Cette décision intervient après un scandale impliquant un ancien élu local accusé d’avoir perçu des rémunérations excessives et mis en place un circuit VIP permettant d’accélérer l’accès aux soins.

– Charles Szumski


Editrices.teurs Nicoletta Ionta, Eddy Wax, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeurs.trices : Magnus Lund Nielsen, Victoria Becker, Pietro Guastamacchia, Bruno Waterfield, Elisa Braun, Martina Monti

Traducteur: Charles Szumski