Les agriculteurs et les groupes environnementaux s’affrontent sur la restauration de la nature

Les agriculteurs et les groupes environnementaux ont manifesté devant le Parlement européen jeudi au sujet de la proposition de règlement sur la restauration de la nature, alors que les tensions continuent de monter sur la forme future que prendront les ambitions écologiques de l’UE.

EURACTIV.com
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Jeudi, les agriculteurs de l’UE sont descendus dans les rues de Bruxelles avec un objectif clair : « faire en sorte que le règlement sur la restauration de la nature ne soit pas approuvé ». [COPA COGECA]

Les agriculteurs et les groupes environnementaux ont manifesté devant le Parlement européen jeudi (1er juin) au sujet de la proposition de règlement sur la restauration de la nature, alors que les tensions continuent de monter sur la forme future que prendront les ambitions écologiques de l’UE.

Le règlement, proposé en juin 2022, vise à inverser le déclin drastique de la nature en Europe, où 81 % des habitats se trouvent en mauvais état et 1 677 espèces européennes sont menacées d’extinction.

Toutefois, le règlement s’est heurté à une forte opposition de la part de la communauté agricole et de la droite du Parlement européen, les commissions de l’Agriculture et du Développement rural (AGRI) et de la pêche (PECH) ayant déjà voté en faveur de son rejet pur et simple.

Jeudi, les agriculteurs de l’UE sont descendus dans les rues de Bruxelles avec un objectif clair : « faire en sorte que le règlement sur la restauration de la nature ne soit pas approuvé ».

« Il est temps d’appuyer sur le bouton pause, de renvoyer le texte à la Commission et de lui demander réellement comment elle envisage la place des producteurs de denrées alimentaires en Europe dans l’avenir de la restauration de la nature », a déclaré Lode Ceyssens, président de l’association des agriculteurs flamands.

Pour M. Ceyssens, la proposition de loi doit être « radicalement modifiée » pour devenir rationnelle et réaliste au regard des problèmes auxquels les agriculteurs sont confrontés.

Tim Cullinan, vice-président de la section agricole de l’association des agriculteurs européens COPA-COGECA, a déclaré que la communauté agricole avait « observé avec consternation et confusion » l’évolution du règlement au Parlement européen au cours des derniers mois.

« C’est nous qui serions les premiers touchés par ce règlement, c’est nous qui devrions en supporter le coût, c’est nous qui perdrions une partie, voire la totalité, de nos terres pour la restauration des tourbières. Nous vous demandons simplement d’écouter nos agriculteurs et de ne pas ignorer nos conseils », a-t-il déclaré.

Cette protestation intervient alors que les négociations sur le dossier ont rencontré un obstacle majeur, mercredi (31 mai), lorsque le plus grand groupe du Parlement européen, le Parti populaire européen (PPE), a quitté les négociations avant un vote crucial au sein de la commission de l’Environnement, de la Santé publique et de la Sécurité alimentaire (ENVI), chargée du dossier.

Le groupe s’est notamment inquiété pour la sécurité alimentaire du bloc si les règles sur la restauration de la nature proposées devaient être appliquées.

Pas de nourriture sans nature

La manifestation des agriculteurs a été accueillie par une contre-protestation de groupes écologistes qui ont rejeté l’idée selon laquelle le règlement mettrait en péril la sécurité alimentaire de quelque manière que ce soit.

« Sans biodiversité et sans sols sains, il ne peut y avoir d’agriculture ni de sécurité alimentaire — cela aurait dû être clair depuis longtemps », a déclaré Leif Miller, directeur fédéral du groupe écologiste NABU.

De même, Sini Eräjää, responsable de la campagne européenne de Greenpeace pour la protection de la nature, a souligné qu’une nature restaurée est « la meilleure défense [de l’UE] contre les inondations, les sécheresses et les vagues de chaleur, ce qui est essentiel pour la résilience des systèmes agricoles et alimentaires de l’Europe ».

« Deux tiers des terres agricoles de l’UE sont déjà dégradées, [et] ce sont des problèmes comme celui-ci qui menacent réellement de mettre les agriculteurs durables au chômage ou de mettre en péril la production alimentaire — c’est exactement pour cette raison qu’un règlement fort sur la restauration de la nature est nécessaire », a-t-elle déclaré. Mme Eräjää a également reproché à ceux qui protestent contre le règlement de « mener une guerre culturelle artificielle entre la protection de la nature et l’agriculture durable ».

L’eurodéputé écologiste Benoît Biteau, lui-même agriculteur, s’est joint aux partisans du règlement, soulignant qu’il était « insensé » d’opposer les agriculteurs à la biodiversité. « Sans la nature, il n’y a pas d’agriculture possible », a-t-il affirmé.

Ces protestations font suite à une lettre signée par plus de 150 scientifiques en faveur de la proposition de restauration de la nature, dans laquelle ils affirment que la restauration améliore la sécurité alimentaire et ne compromet pas l’activité économique, les bénéfices dépassant de loin les coûts.

« Si l’UE veut restaurer la santé, la productivité et la résilience de ses terres et de ses mers, et faire en sorte que la nature continue à assurer la sécurité alimentaire, l’emploi, l’atténuation du changement climatique et l’économie en Europe, elle doit approuver et mettre en œuvre son règlement sur la restauration de la nature », peut-on lire dans la lettre.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]