Renflouement : la Grèce face à un nouvel ultimatum
Les membres de la coalition grecque devront dire à Bruxelles aujourd'hui (6 février) s'ils acceptent ou non les conditions douloureuses du nouvel accord de renflouement. L'UE commence en effet à perdre patience suite aux hésitations politiques d'Athènes concernant la mise en œuvre des réformes.
Les membres de la coalition grecque devront dire à Bruxelles aujourd'hui (6 février) s'ils acceptent ou non les conditions douloureuses du nouvel accord de renflouement. L'UE commence en effet à perdre patience suite aux hésitations politiques d'Athènes concernant la mise en œuvre des réformes.
Le premier ministre technocrate, Lucas Papademos, a tenté hier (5 février) d'obtenir la signature des dirigeants des trois partis de son gouvernement, afin de valider les conditions d'un renflouement de 130 milliards d'euros dont le pays a cruellement besoin pour éviter un défaut de paiement qui plongerait la Grèce dans le chaos.
M. Papademos a déclaré dans un communiqué que les chefs de partis, qui pourraient être confrontés à la colère des électeurs lors du scrutin législatif d'avril, s'étaient accordés sur des mesures telles que des réductions salariales, entre autres, dans le cadre d'un objectif de réduction des dépenses de l'ordre de 1,5 % du produit intérieur brut (PIB).
Un porte-parole du parti socialiste PASOK a toutefois laissé entendre que de nombreuses exigences imposées par la « Troïka » (les bailleurs de fonds de la Grèce : l'UE, la Banque centrale européenne et le FMI) restaient en suspens.
Les négociations sur ce nouveau renflouement (le second pour la Grèce depuis 2010), assorti d'un accord visant à soulager l'énorme fardeau de la dette grecque via la participation de ses créditeurs privés qui accepteraient d'importantes pertes sur leurs obligations, se sont prolongées pendant des semaines. Cette situation a fait perdre patience à l'UE.
« La situation est très difficile », a déclaré un fonctionnaire du gouvernement grec, sous le couvert de l'anonymat.
Les partis (le PASOK, la Nouvelle démocratie conservatrice et le LAOS d'extrême-droite) doivent à présent faire part de leur décision à un groupe de travail composé de fonctionnaires des ministères des finances de la zone euro. Une réunion des ministres des finances aura lieu cette semaine.
« Les dirigeants politiques doivent en principe rendre leur réponse avant demain midi, afin qu'elle soit présentée à l'Eurogroupe à Bruxelles », a déclaré Panos Beglitis, porte-parole du PASOK.
Questions en suspens
M. Beglitis a clairement indiqué que les trois partis avaient du pain sur la planche avant que le délai ne soit écoulé à midi (10 h GMT).
Les questions les plus épineuses concernent les réformes de la législation du travail proposées par les créanciers de la Grèce et la relance des banques grecques, plongées jusqu'au cou dans les déboires causés par des obligations d'État dont la valeur nominale a chuté.
« Deux grandes questions restent en suspens : le travail et les banques […] Ces questions ont été laissées pour demain », a-t-il déclaré.
Hier soir, aucune réunion du groupe de travail de l'Eurogroupe n'avait été officiellement prévue pour aujourd'hui, mais il est possible qu'une conférence téléphonique ou une réunion d'urgence ait finalement lieu, en fonction de l'issue des négociations à Athènes.
Les Grecs ont été accablés par une récession profonde qui dure depuis cinq ans et par des vagues de mesures d'austérité imposées lors du premier renflouement international en 2010.
Alarmés par la perspective de réductions de budget supplémentaires, les deux principaux syndicats grecs ont déclaré qu'ils appelleraient à un mouvement de grève de 24 heures ce mardi (7 février), en signe de protestation contre des politiques qui, selon eux, n'ont fait qu'entraîner l'économie du pays dans la spirale de la crise.
« Malgré nos sacrifices et malgré le fait qu'ils reconnaissent que ces mesures politiques sont néfastes, ils nous demandent encore plus d'austérité », a déclaré à Reuters Ilias Iliopoulos, le secrétaire général du syndicat du secteur public ADEDY.
L'ADEDY et son homologue du secteur privé, le GSEE, qui rejoindra le mouvement de grève mardi, représentent près de deux millions de travailleurs en Grèce, soit environ la moitié de la main-d'œuvre du pays.
Alors que la Grèce sera confrontée en mars à un remboursement de l'ordre de 14,5 milliards d'euros, une somme qu'elle ne pourra rembourser sans aide extérieure, la tension est à son comble.
Les responsables grecs sont apparus de plus en plus découragés après chaque série de négociations et déplorent le refus catégorique de la Troïka de faire des concessions sur le salaire minimum, la réduction des pécules de vacances et le licenciement d'employés du secteur public.
Le parti Nouvelle démocratie et le LAOS d'extrême droite sont particulièrement réticents à davantage de réductions des salaires et des dépenses qui, selon eux, risquent de plonger la Grèce dans une récession encore plus profonde et d'accabler encore plus le peuple grec en difficulté.
M. Papademos, ancien banquier central, a déclaré que la situation avait progressé lors des négociations qui ont duré cinq heures dimanche dernier. À la table des négociations se trouvaient le leader de Nouvelle démocratie, Antonis Samaras, le chef des socialistes, George Papandreou et le dirigeant du LAOS, George Karatzaferis.
La réduction du budget, qui devra équivaloir à 1,5 % du PIB cette année, représente un objectif supérieur à celui initialement fixé par la Troïka, même s'il était destiné à évoluer en fonction de l'évolution de l'économie grecque.
« Nous avons réellement le sentiment qu'ils traînent des pieds », a expliqué un fonctionnaire de la zone euro.