Renouvelable : la lente progression en France met le pays en porte-à-faux avec les objectifs européens pour 2030

Les derniers chiffres officiels, en date du 7 mai, relèvent que la France a atteint 22,2% de renouvelable dans sa consommation finale d’énergie brute en 2023. L’Hexagone doit atteindre au moins 44 % en 2030, ce qui n'est pas une mince affaire sans ajustements.

Euractiv.com
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Roland Lescure, ministre délégué à l'Industrie et à l'Énergie, et Bruno Le Maire, ministre français de l'Économie et des Finances (D), au début du Conseil des ministres européens de l'Énergie à Bruxelles, Belgique, le 4 mars 2024. EPA-EFE/OLIVIER HOSLET [<a href="http://EPA-EFE/OLIVIER%20HOSLET" target="_blank" rel="noopener">EPA-EFE/OLIVIER%20HOSLET</a>]

Les derniers chiffres officiels, en date du 7 mai, relèvent que la France a atteint 22,2% de renouvelable dans sa consommation finale d’énergie brute en 2023. L’Hexagone doit atteindre au moins 44 % en 2030, ce qui n’est pas une mince affaire sans ajustements. 

La France a atteint 22,2 % de renouvelable dans sa consommation finale d’énergie brute en 2023, en progrès de 1,9 point par rapport à 2022.

Cette hausse s’explique par l’accroissement des capacités de production renouvelable, l’accroissement de la consommation finale brute de renouvelable (+5,6 %) et la réduction de la consommation finale brute d’énergie (-2,6 %) – tendance qui se confirme depuis plusieurs années, note le ministère.

Bien que le ministère s’en félicite, ces chiffres sont insuffisants au regard des objectifs fixés à la France par les textes européens.

Objectifs européens

Pour 2020, la directive sur les énergies renouvelables (RED) visait un objectif de 20 % de renouvelable dans la consommation finale d’énergie brute des 27. En raison de ses capacités supérieures à la moyenne européenne, la France devait atteindre 23 %.

En 2023, la France n’a donc toujours pas atteint l’objectif qui lui était fixé pour 2020. Qu’à cela ne tienne, le gouvernement a annoncé plusieurs mesures depuis 2022 pour accélérer le développement des renouvelables. Dernière en date : l’annonce du calendrier pour l’éolien en mer à horizon 2035 et 2050 et l’accélération des procédures administratives, alors que le président de la République, Emmanuel Macron, se rendra mercredi (15 mai) en Normandie pour inaugurer le parc éolien en mer de 500 MW au large de Fécamp.

Avec cette annonce, la France souhaite participer aux objectifs renouvelables fixés par la révision de la directive RED de novembre 2023 à 42,5 % pour 2030. Pour la France, l’objectif se porte à 44 %, ce que le gouvernement refuse catégoriquement depuis plusieurs mois.

Revoir la répartition de l’effort pour atteindre l’objectif européen

Selon le gouvernement, l’objectif fixé pour la France ne répond pas l’objectif final visé, à savoir de réduire les émissions de gaz à effet de serre. À cette fin, la France revendique en effet la participation de son parc nucléaire. Raison pour laquelle, en décembre 2023, l’ancienne ministre de l’Énergie, Agnès Pannier-Runacher, a demandé, avec 10 autres États membres, à revoir la répartition de l’effort entre les États membres.

« L’objectif de 42,5 % [de renouvelable dans la consommation finale brute d’énergie en 2030] est inatteignable en l’état, c’est-à-dire sauf à rouvrir le règlement gouvernance pour se donner des moyens européens communs pour en financer l’atteinte », complète pour Euractiv un proche du dossier en fonction au ministère de l’Énergie lors des négociations.

En ce sens, la France se refuse d’inscrire tout objectif « renouvelable » dans son plan national énergie – climat remis à la Commission européenne, malgré que l’exécutif européen ait recommandé à la France de revoir sa copie en inscrivant noir sur blanc un objectif « renouvelable », plutôt que « bas-carbone ».

Contacté par Euractiv, le porte-parolat de la Commission européenne rappelle liminairement que le PNEC mis à jour doit être renvoyé d’ici le 30 juin 2024 « en tenant compte des recommandations de la Commission ».

Pénalités possibles ?

Mais quelles pourraient être les conséquences si la France ne suit pas les recommandations de la Commission, alors que le pays marche sur des œufs, n’ayant toujours pas atteint ses objectifs pour 2020 ?

Le gouvernement, par la voie du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, assure pour le moment que « la France ne va pas s’acquitter de pénalités ». La procédure pourrait pourtant l’exiger.

Moins confiante, « la prochaine Commission européenne pourrait nous sanctionner. Sinon, cela remettrait en question sa crédibilité », confie notre source proche du dossier.