République tchèque : le populiste Andrej Babiš revient au pouvoir

Le leader du parti populiste ANO, Andrej Babiš, a été nommé Premier ministre par le président Petr Pavel ce mardi 9 décembre. Un retour au pouvoir près de quatre ans après son précédent mandat.

EURACTIV.com
Andrej Babis At European Council
Andrej Babiš, nouveau Premier ministre tchèque. [Getty Images/Nicolas Economou_NurPhoto]

Le reste du cabinet, composé de membres de l’ANO, du parti d’extrême droite Liberté et démocratie directe (SPD) et du parti populiste des Motoristes, devrait être nommé dans la semaine.

La liste des ministres, déjà soumise au président, ne comprend finalement pas l’ancien eurodéputé Filip Turek, dont la candidature avait suscité une vive controverse. Les médias tchèques avaient en effet déniché de vieilles images le reliant à des symboles nazis, tandis que son ex-compagne a porté plainte pour viol et violences répétées — des accusations qu’il rejette.

Petr Pavel a déclaré que cette nomination reflétait « la volonté des électeurs », mais a rappelé à Andrej Babiš que les questions en suspens relatives aux conflits d’intérêts devaient être réglées, notamment ses liens persistants avec le conglomérat Agrofert, qui a reçu d’importantes subventions de l’État et de l’UE malgré son placement dans des fonds fiduciaires au cours de son précédent mandat.

Il a également évoqué l’environnement géopolitique complexe auquel est confronté le nouveau gouvernement, notant que les décisions à venir « ne seront pas agréables pour le public » et nécessiteront à la fois vision stratégique et courage politique.

Le maintien de liens solides avec l’UE et l’OTAN ne devrait pas être remis en question, selon lui.
Andrej Babiš s’est engagé à défendre les intérêts des citoyens « chez eux et partout dans le monde », ajoutant qu’il ferait « le maximum pour que la République tchèque devienne le meilleur endroit où vivre sur toute la planète ».

Éloignement de Bruxelles

L’accord de coalition positionne la République tchèque comme un acteur axé sur la souveraineté à Bruxelles, la rapprochant ainsi des gouvernements eurosceptiques de Slovaquie et de Hongrie.

Le texte de l’accord affirme que l’UE « a ses limites » et ne devrait pas imposer de décisions qui franchissent les lignes rouges nationales, tout en confirmant que Prague restera fermement ancrée dans l’OTAN, avec une continuité attendue en matière de politique de sécurité et de défense.

Au niveau régional, le gouvernement a l’intention de relancer la coopération au sein du groupe régional de Visegrad, aux côtés de la Slovaquie, de la Pologne et de la Hongrie.

Il s’engage également à maintenir l’autonomie monétaire et exclut explicitement l’adoption de l’euro, décrivant la couronne tchèque comme « la clé de la souveraineté économique », avec l’intention d’inscrire son statut dans la Constitution.

En matière de migration, le gouvernement promet une tolérance zéro pour les entrées irrégulières, rejette le pacte européen sur la migration et l’asile et prévoit une nouvelle loi sur l’asile qui limiterait la protection aux cas exceptionnels.

Toutefois, ce sont les politiques énergétiques et climatiques qui risquent de déclencher les conflits les plus vifs avec Bruxelles. La coalition qualifie le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) de « non viable », demande des modifications des quotas d’émissions industrielles et refuse de mettre en œuvre le nouveau système européen de quotas d’émissions (SEQE 2) pour les bâtiments et le transport routier, arguant que ce système imposerait des coûts sociaux excessifs.