Roumanie : des questions de longue date sur les tactiques de défense contre les drones

Les drones russes tombant sur le territoire roumain sont devenus un phénomène récurrent depuis 2023

EURACTIV.com
Dégâts causés par un drone russe qui a percuté un immeuble d'habitation dans la ville de Galați, dans l'est du pays. [Photo : Stringer/Anadolu via Getty Images]

Après qu’un drone russe a blessé deux personnes dans la nuit de vendredi à samedi dans la ville roumaine de Galați, le président Nicusor Dan a sollicité le soutien de l’OTAN et a défendu la décision de l’armée de ne pas l’abattre.

« Les forces armées roumaines ont agi conformément aux procédures établies pour de telles situations, avec l’ordre formel d’abattre le drone dès que les conditions le permettraient sans risque de faire des victimes ou de causer des dégâts au sol », a-t-il assuré.

« La décision de ne pas engager la cible a été prise car les conditions n’étaient pas réunies pour la détruire sans augmenter le risque de mettre en danger la sécurité des civils », a-t-il ajouté.

La question de savoir si c’était bien là la raison principale reste ouverte. Si l’interception d’un drone transportant une ogive de 50 à 90 kg comporte inévitablement un risque de chute de débris, ces risques sont souvent moindres que ceux posés par un impact direct sur un immeuble résidentiel.

Les responsables occidentaux de la sécurité soupçonnent donc que la réticence à abattre les drones russes reflète plutôt la volonté de la Roumanie d’éviter une posture plus conflictuelle envers Moscou.

Les drones russes pénétrant dans l’espace aérien roumain en route vers l’Ukraine sont fréquemment suivis de près par des avions de l’OTAN jusqu’à ce qu’ils atteignent finalement le territoire ukrainien.

Lors d’un incident de ce type survenu en septembre 2025, deux F-16 roumains ont suivi un drone russe pendant près de 50 minutes après son entrée dans l’espace aérien roumain, avant qu’il ne s’écrase finalement en Ukraine.

Les drones russes déviant de leur trajectoire et s’écrasant ensuite sur le territoire roumain sont devenus un phénomène récurrent depuis 2023.

Bien que l’incident de vendredi ait été le premier à faire des blessés parmi les civils, des drones ont déjà frappé des zones habitées et endommagé des bâtiments, notamment à Galați il y a seulement un mois.

Dans le village frontalier de Plauru, situé à l’est près de la frontière ukrainienne, des drones russes se sont écrasés à plusieurs reprises ces dernières années. Des habitants ont rapporté que des éclats d’obus avaient atterri sur les toits lors d’attaques de drones russes contre la ville portuaire ukrainienne voisine d’Izmail.

À la suite du crash d’un drone russe près de Plauru en 2023, un soldat roumain a affirmé à l’auteur de cet article que la région était devenue de facto une « zone de guerre ». Lorsqu’on lui a rappelé que l’endroit se trouvait toujours sur le territoire de l’OTAN, le soldat a répété : « C’est une zone de guerre. »

Dans le même temps, le président de l’époque, Klaus Iohannis, a déclaré publiquement qu’« aucun drone » n’avait frappé le territoire roumain, une affirmation qui a ensuite été contredite tant par les analystes que par l’armée roumaine elle-même.

(bw, mm)