Sabotage du Nord Stream : la CIA aurait informé les services secrets belges d’une possible responsabilité de l’Ukraine

Peu après les explosions survenues sur les pipelines Nord Stream qui ont provoqué des fuites en septembre dernier, l’Agence centrale de renseignement américaine (CIA) aurait informé les services secrets belges que l’Ukraine pourrait être à l’origine du sabotage.

Euractiv.com
Nord Stream landfall facilities
epa10167233 Pipes at the landfall facilities of the 'Nord Stream 1' gas pipeline in Lubmin, Germany, 07 September 2022. Gas supplies are being used by Russia to exert pressure on European nations in response to sanctions imposed after it invaded Ukraine. Gazprom, the Russian state-controlled gas company, closed the Nord Stream 1 pipeline from Russia to Germany. [EPA-EFE/HANNIBAL HANSCHKE]

Peu après les explosions survenues sur les pipelines Nord Stream qui ont provoqué des fuites en septembre dernier, l’Agence centrale de renseignement américaine (CIA) aurait informé les services secrets belges que l’Ukraine aurait pu être à l’origine du sabotage.

A l’époque, la Russie avait immédiatement été accusée d’avoir causé les trois explosions survenues sur les pipelines Nord Stream 1 et 2  afin d’exercer une pression sur les pays occidentaux alliés de l’Ukraine en interrompant les approvisionnements en gaz.

Toutefois, samedi (10 juin), le média belge De Tijd a rapporté, sur la base de sources proches du dossier, que plusieurs agences de renseignement, dont l’agence belge (ADIV-SGRS), auraient reçu il y a quelques mois des informations de la CIA selon lesquelles l’Ukraine pourrait être responsable du sabotage.

Les révélations de De Tijd sur une potentielle implication de Kiev interviennent après celles du Washington Post mardi dernier (6 juin). Selon le quotidien américain, trois mois avant le sabotage, l’administration de Joe Biden aurait appris que l’armée ukrainienne avait planifié une attaque secrète contre le gazoduc et que les plongeurs ayant participé à l’attaque relevaient directement du commandant en chef des forces armées ukrainiennes.

Dès lors, le président ukrainien Volodymyr Zelensky aurait été tenu à l’écart de l’opération. Mercredi (7 avril), il a d’ailleurs réfuté toute participation ukrainienne à ce sabotage.

« Je pense que notre armée et nos services de renseignement n’ont rien fait de tel, sinon j’aimerais voir des preuves », a déclaré M. Zelensky.

Samedi, le Wall Street Journal a également rapporté que les attaques pourraient avoir été planifiées en Pologne, une allégation qui fait actuellement l’objet d’une enquête de la part de l’Allemagne.

La ministre belge de la Défense, Ludivine Dedonder, n’a pas souhaité commenter les révélations de De Tijd, déclarant qu’elle ne « communiquerait pas sur le travail du service de renseignement [belge] ni sur les contacts qu’il a avec les services partenaires », a déclaré sa porte-parole.

À ce jour, les instigateurs du sabotage restent inconnus, et la Russie — qui nie pourtant toute responsabilité — est toujours soupçonnée d’en être à l’origine, notamment suite aux révélations faites en avril dernier par des médias nordiques. Selon ces derniers, un programme militaire russe visait à cartographier les parcs éoliens en mer, les gazoducs, les câbles électriques et de communication dans les eaux du Danemark, de la Norvège, de la Finlande et de la Suède.

Des navires similaires à ceux utilisés dans les eaux de ces pays avaient été aperçus en novembre dernier dans les eaux territoriales belges et néerlandaises.

Toutefois, la Russie nie toute implication dans les activités de collecte de renseignements en mer du Nord.

Outre la catastrophe écologique provoquée par les explosions et les fuites qui en ont résulté, le sabotage des gazoducs Nord Stream a également entraîné une instabilité accrue sur le marché du gaz ainsi qu’une hausse des prix.

Par ailleurs, l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022 avait déjà mis en lumière la dépendance de l’Europe à l’égard du gaz naturel russe, mais le sabotage du Nord Stream a poussé la région à chercher d’autres fournisseurs d’énergie.

Les deux gazoducs, qui relient la Russie et l’Allemagne, ont été construits par l’entreprise d’État russe Gazprom. Ensemble, ils devaient pouvoir d’acheminer environ 110 milliards de mètres cubes (mmc) de gaz naturel à destination de l’Allemagne chaque année.

Le groupe allemand Wintershall, l’entreprise énergétique française Engie et la société néerlandaise Gasunie ont également investi dans Nord Stream 1.

Le projet du nord Stream 2 avait quant à lui été plus controversé, l’Allemagne ayant longtemps été la seule à continuer à envisager sa certification. Les États-Unis et de nombreux États membres de l’UE avaient alors demandé à Berlin de mettre un terme au projet par crainte d’une dépendance accrue vis-à-vis de la Russie pour son approvisionnement en gaz.

L’Allemagne a finalement décidé de suspendre la certification du Nord Stream 2 en février, peu avant l’invasion russe, en raison de la reconnaissance par la Russie des deux régions séparatistes du Donbass, en Ukraine.